Affichage des articles dont le libellé est romances contemporaines. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est romances contemporaines. Afficher tous les articles

mercredi 5 mars 2025

Cruel Winter with You

Une novella d'Ali Hazelwood. La version audio est lue par Vivienne LaRue.

Cette novella fait partie de Under The Mistletoe, une collection de cinq textes indépendants publiés par Amazon pour les fêtes. Si vous avez un abonnement Prime, vous pouvez les lire gratuitement, sinon ils sont à 1,99€ en numérique ou à 1,79€ l’un sur Audible, il existe également une compilation que vous pouvez acheter pour un crédit. Pour l’instant ces textes ne sont pas disponibles en français.



J’aime bien l’idée de comédies romantiques courtes et modernes à lire durant le temps des fêtes. Cela ne demande pas un grand investissement en temps ni en attention, mais le format court rend aussi le texte plus percutant. C’est la distraction parfaite quand on a une heure ou deux devant soi.
Ce texte-ci nous présente une jeune femme qui rentre chez son père pour les fêtes et se retrouve, à cause d’un caprice paternel, obligée de mettre au clair une situation embarrassante avec le frère de sa meilleure amie.
J’ai beaucoup apprécié la narration à deux vitesses. Une partie de l’intrigue se déroule au présent, l’autre nous conte l’évolution des rapports entre les personnages depuis le jour de leur première rencontre jusqu’à l’instant présent. Je sais que cela ne plaira pas à tout le monde car beaucoup de lecteurs semblent de plus en plus apprécier une chronologie plus linéaire. Pour ma part, je trouve au contraire qu’une narration fragmentée de la sorte apporte du dynamisme au récit. Autrement l’histoire, qui est plutôt simple et courte, serait fort plate.
Ali Hazelwood aime les quiproquos. Ce qui n’est mon cas. J’ai toujours trouvé que c’était un ressort scénaristique de fainéant, quand le quiproquo est au centre du récit cela s’entend, et c’est le cas ici. Heureusement, la narration en deux temps allège cela car on passe davantage de temps dans le passé, à voir comment s’est construit la relation des personnages depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. C’était chouette à lire, drôle souvent, mignon de temps en temps. J’ai levé les yeux au ciel de parfois, mais globalement j’ai passé un bon moment avec cette lecture et ces personnages.
L'interprétation de la lectrice est excellente et apporte une réelle plus-value au texte.

vendredi 17 février 2023

Attention Spoiler

 Un roman d'Olivia Dade, publié chez Hauteville.


Marcus est beau et il le sait. S’il a pris l’habitude de jouer les abrutis auprès des journalistes, c’est pour qu’on lui fiche la paix. Pourtant, en secret, il écrit des fanfictions sur la série dont il joue l’un des personnages principaux. Afin de préserver l’image qu’il a mis tant de temps à construire, mais aussi selon les termes du contrat qui le lie à la production, il ne faut pas que cela se sache.
April est géologue. Elle écrit aussi des fanfictions, mais elle le cache pour des raisons différentes. Tout d’abord elle craint que cela lui fasse perdre son travail, ensuite elle n’a pas vraiment envie de dévoiler son physique à ses amis du fandom. Elle sépare donc ses deux vies avec application. Jusqu’au jour où elle décide qu’elle en a assez de se cacher et que ce n’est qu’une étape avant de, peut-être, pouvoir se rapprocher du gars avec qui elle échange sur le forum depuis longtemps et pour qui elle a le béguin.
Attention Spoiler est une romance sympathique qui se lit toute seule. Les personnages diffèrent de ceux que l’on rencontre habituellement dans ce type de romans et c’est appréciable. Marcus est un gars plutôt gentil et qui, pour un acteur, manque cruellement d’assurance. April est ronde et bien décidée à ce qu’on l’accepte comme elle est. Et quand je dis ronde, ce n’est pas juste une fille qui fait du 42 et qui en fait tout un drame, elle est obèse et elle a décidé que ça n’allait pas l’empêcher de vivre. En outre, elle ne maigrira pas d’un coup en trouvant le grand amour comme on veut souvent nous le faire croire dans les comédies romantiques. Pour couronner le tout, elle n’écrit pas des fanfics parce qu’elle n’a pas de vie, mais parce qu’elle aime ça. Elle adore son boulot, elle a de chouettes amis, dans sa vie l’amour serait juste la cerise sur le cupcake. Pour tout cela, ce n’est pas le genre de personnage qu’on croise tous les jours dans des romances et j’ai beaucoup aimé April.
À côté, Marcus est un peu fade. J’aurais voulu l’apprécier davantage parce que les personnages masculins dans les romances sont souvent toxiques et que ce n’est pas son cas, même s’il est très loin d’être parfait. Comment vous expliquer le problème ? Si vous regardez South Park c’est simple : Marcus est un clone de Principal PC. Et sinon… Je ne voudrais pas faire passer ce personnage pour plus niais qu’il n’est, mais c’est compliqué d’apprécier Marcus alors qu’il a de nombreuses qualités. Il n’est pas bête, cependant ce n’est pas non plus le couteau le plus affûté du tiroir et surtout il est politiquement correct en tout et tout le temps, même dans les moments les plus incongrus. C’est ennuyeux à la longue.
Marcus cache ses failles derrière son personnage public, il joue le rôle de celui qu’il appelle « le golden retriever bien propret » et en fait je n’ai pas vu grande différence avec l’homme qu’il est en réalité, si ce n’est qu’il est moins superficiel en vrai. C’est un bon gros toutou en adoration devant sa maîtresse. J’aurais aimé apprécier ce personnage, atypique en romance, mais il est trop complaisant. Ses rares défauts, ses faiblesses et ses petites lâchetés ne le rendent pas vraiment plus attachant.
April et Marcus ont tous deux des problèmes de confiance et une mauvaise image d’eux-mêmes, en grande partie à cause de leurs parents, et le parallèle entre leurs deux histoires est intéressant. C’est ce qui donne de la profondeur à leurs personnages ainsi que ce qui leur permet de trouver leur équilibre en tant que couple.
Ils sont mignons tous les deux et j’ai passé un moment plutôt agréable avec eux. Cependant je ne peux pas dire que c’est un roman inoubliable. Il n’est pas toujours bien écrit (ou bien traduit) et il souffre de quelques longueurs dues à des répétions.
Le récit est jalonné de résumés de fics ou de pitch de scénarios, de messages privés et autres petits textes qui le complètent bien. C’était une bonne idée et c’est plutôt amusant.
L’autrice a beaucoup d’humour et d’idées saugrenues, peut-être même trop. Les extraits de scénarios sont assez drôles, mais c’est à se dire que Marcus n’a joué que dans des bouses et je veux bien croire que certaines seraient tout à fait vendables, vu la médiocrité de ce qui passe parfois à l’heure actuelle.
Quant à la série qui a fait toute la gloire de notre personnage… Toute ressemblance avec Game of Thrones est pleinement assumée, toutefois si les références vous laissent de marbre, cela n’affectera pas votre lecture. De même, ladite série est aussi inspirée de l’Énéide, mais cela n’a pas grande incidence (et manque de finesse à mon goût d’amatrice de mythologie, bien que j’admette qu’on n’est pas là pour ça).
En tant que lectrice de fanfictions, j’ai apprécié de me retrouver dans ce petit monde que je connais si bien et je dois dire qu’Olivia Dade le décrit de manière très réaliste. Globalement c’est un microcosme plutôt sympa où les gens sont juste de grands gamins qui jouent avec des figurines et se lâchent souvent sans se prendre trop au sérieux, mais il y a aussi pas mal de poussière sous le tapis. Olivia Dade aborde par exemple la grossophobie, dans la vie de tous les jours bien sûr, mais aussi dans le fandom. Parce qu’il faut bien le reconnaître : elle y est présente, c’est même un ressort scénaristique facile pour rendre un personnage détestable au premier coup d’œil ou faire de l’humour à peu de frais. Et cela n’est pas propre à la fanfiction en particulier mais à la fiction en général.
Je me souviens avoir lu une fic il y a des années, vraiment chouette au début, bien écrite, intéressante. Et puis une blague merdique. Bon, on se dit que c’est un cas isolé, une maladresse, et on continue. Une autre blague moisie et encore une autre. Et puis un peu de transphobie en passant parce que l’autrice trouvait ça hilarant. C’est inacceptable. Sans chercher à devenir comme Marcus et Principal PC, il est bon de lutter contre des comportements inappropriés et des préjugés stupides qui pourrissent la vie des gens jusque dans leurs loisirs. Oui l’obésité est un problème de santé sérieux, non ce n’est pas en humiliant les gens qu’il sera réglé.
Olivia Dade aborde aussi des problèmes tels que la dyslexie et l’hyperactivité. Cela fait du bien de voir ces sujets traités dans un roman, parce que ça fait partie de la vie et que ça touche beaucoup de gens mais qu’on en trouve peu de représentations dans les médias, ou en tout cas pas de manière aussi naturelle.
Ce roman est le premier de ce qui est une trilogie (pour le moment). Les volumes suivants mettent en scène d’autres couples parmi les personnages secondaires. Le deuxième tome porte sur Alex, le meilleur ami de Marcus, et Lauren l’assistante qui lui sert de baby-sitter. Je ne sais pas si je lirai ce volume, je n’ai pas particulièrement apprécié la personnalité d’Alex et on sait peu de choses sur Lauren, mais je me laisserai peut-être tenter si j’ai envie d’une lecture drôle et sans prise de tête.

mercredi 21 décembre 2022

Bons baisers de New York

Un roman d'Iris Visser, publié en numérique chez Kobo Originals.

Les autres tomes de la série :


Bons baisers de New York fait parti d’une série, trois volumes pour l’instant, dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Iris Visser propose des comédies romantiques modernes, légères et pleines d’humour. On se laisse facilement emporter dans ses histoires, qui ne sont jamais tape-à- l’œil ni trop dramatiques. On est là pour s’amuser, pas pour pleurer. On peut croire en ses personnages et en leurs réactions car elle n’en fait pas des êtres parfaits ou caricaturaux.
Cette romance est idéale à lire pendant les fêtes car elle se déroule en partie durant cette période et je dois dire que, des trois, c’est ma préférée.
Emma travaille dans l’événementiel et elle a une manie : quand les silences deviennent gênants, elle se met à jacasser. Cela lui vaut d’être envoyée à New York pour un an, parce qu’elle n’a pas su dire non, et si son voyage en avion, assise à côté d’un gars qui tire la tronche, donne le ton de son séjour, elle est plutôt mal barrée…
J’ai beaucoup aimé Emma. C’est une fille sympathique, un peu maladroite mais sans que ça devienne exaspérant. Elle accumule les galères, sinon ce ne serait pas drôle, mais si elle s’en sort ce n‘est pas par enchantement ; elle sait utiliser son cerveau. On s’attache à Emma, on veut la voir réussir dans son travail comme dans ses amours. Et je dois dire que le gars sur lequel elle va jeter son dévolu n’est pas mal du tout...
Iris Visser ne force jamais sur les clichés quand elle en use et même si elle saupoudre souvent ses écrits de rivalité féminine, elle ne prend pas plaisir à noircir le tableau. Dans ses romans, les personnages finissent toujours par exposer leurs griefs et régler avec intelligence leurs problèmes, ce qui est assez rare dans ce type de littérature pour être signalé. J’ai apprécié que cette histoire, aussi focalisée soit-elle sur les amours d’Emma, prenne le temps de développer ses amitiés et sa vie à New York. Suivre la jeune femme dans ses pérégrinations a été un vrai plaisir, d’autant que puisqu’elle arrive à New York en septembre, on vit avec elle les fêtes et les traditions liées à l’automne et l’hiver.
L’autrice a aussi glissé dans ce roman quelques clins d’œil aux autres tomes de la série et on croise même brièvement les deux personnages de Bons baisers de Londres, ce que j’ai beaucoup apprécié.
Je ne suis pas férue de comédies romantiques, mais si Iris Visser en écrit d’autres, je serai au rendez-vous. Si vous avez envie de récits feel good et romantiques, je vous recommande cette série.


vendredi 12 août 2022

Bons baisers de Londres

Un roman d'Iris Visser, publié uniquement en numérique chez Kobo Originals.

Présentation de l'éditeur :

C'est la veille du Nouvel An quand Hannah surprend son petit ami dans l’arrière-cuisine avec une serveuse déguisée en paon. Confrontée à ce nouvel échec, elle ne peut s'empêcher de perdre tout espoir en l'amour. Pour couronner le tout, la voilà obligée de rejoindre son horrible patron, le PDG d'un grand magasin, pour un voyage d'affaires de deux semaines à Londres. La nouvelle succursale ne fonctionne pas comme elle le devrait, et ils sont donc obligés d'intervenir avec l'aide d'une agence marketing.

Une fois sur place, subir l’effervescence des magasins de la ville se préparant pour le jour le plus romantique de l'année – la Saint-Valentin - s'avère être le dernier des soucis d'Hannah. Le fait que son patron révèle un côté de lui plus doux qu’elle ne le pensait et que la femme de l'agence de marketing lui semble très familière sont bien plus troublants.
Hannah semble tout avoir pour être heureuse. Elle a un bon boulot, même si son patron a mauvais caractère, et elle vient de s’installer avec son petit ami. Sauf qu’elle trouve ledit petit ami en train de s’ébattre avec une autre pendant le réveillon du nouvel an et que sa petite vie vole en éclats (enfin en plumes de perruche, ils sont à une soirée déguisée)…
J’ai récemment lu et apprécié Bons baisers d’Ibiza, aussi j’étais plutôt contente qu’on me propose un autre roman d’Iris Visser via le partenariat avec Kobo mis en place par Babelio.
Les deux histoires sont dans la même veine : des comédies romantiques modernes, pleines d’humour, mettant en scène des personnages attachants et crédibles. Bien que ces ouvrages soient présentés comme une série, ils n’ont que leur thème en commun et vous n’y retrouverez pas les mêmes personnages.
J’ai adoré Bons baisers de Londres. C’était drôle et rafraîchissant, le genre de roman qui se lit tout seul. Iris Visser sait utiliser les clichés à bon escient. Elle n’en abuse pas et les détourne sans cesse. Vous croyez qu’elle vous emmène sur une piste maintes fois empruntée et pourtant elle vous surprend au tournant. Soyons honnêtes, on aime tous un peu les clichés quand ils sont finement saupoudrés sur l’ensemble pour apporter juste une petite touche sucrée et réconfortante. C’est ce que vous expérimenterez en lisant ce roman.
L’autrice est aussi un peu taquine. J’ai vu dans ces pages une légère moquerie (sans mépris, attention) envers les codes du genre et en particulier les romances de bureau ainsi que les récits à la mode. Elle nous rappelle que le romantisme est une bonne chose, mais qu’il n’est jamais en vrai comme dans les livres et c’est ce qui rend son texte si attachant. On peut croire à cette histoire et à ces personnages.
Hannah a du caractère, si sa rupture l’a affectée et l’englue dans un cycle de déprime, elle essaie tout de même de s’en sortir malgré les rechutes récurrentes. Elle n’est pas parfaite, c’est juste une femme qui fait de son mieux. Elle a de l’humour aussi et c’est un plaisir de lire ses réflexions ainsi que ses bons mots.
Son homologue masculin a autant de charme qu’il se montre parfois exaspérant, ce qui le rend ambivalent mais humain. Lui aussi est loin d’être parfait. Il est caractériel, grincheux, coureur de jupons, mais également intelligent, attentif (quand il le veut bien) et pas misogyne pour deux sous malgré son côté séducteur. Je suis ravie de voir que ces derniers temps un type d’homme plus respectueux devient davantage courant dans les romances ; un peu de masculinité positive ne fait pas de mal.
Iris Visser nous offre une romance plus réaliste et plus féministe (oui, même quand vous aurez des doutes à ce sujet, faites-lui confiance). J’ai lu ce récit d’une traite et j’ai passé un excellent moment. Je lirai sans aucun doute le prochain roman de cette autrice.


mercredi 6 juillet 2022

Bons baisers d'Ibiza

Un roman d'Iris Visser, publié uniquement en numérique chez Kobo Originals.


Je vous épargne le résumé de l'éditeur qui en dit beaucoup trop.


Si Eva débarque à Ibiza en début d’été, c’est loin d’être pour prendre les vacances qu’elle mériterait pourtant. Appelée au secours par sa cousine, elle est venue pour mettre ses compétences au service de ses grands-parents. Surendettés, ces derniers pourraient bien perdre leur paillote et avec elle le travail de toute une vie. Leurs deux petites filles sont bien décidées à tout faire pour les sortir du pétrin, même si cela veut aussi dire apporter du changement.
Tout en étant une romance, ce récit est aussi celui d’une famille et cela le rend touchant. J’ai beaucoup aimé la relation entre les deux cousines, qui sont très différentes mais complémentaires. L’amitié, même si ce n’est pas le thème principal, a son importance dans ce roman et n’est pas un tissu de clichés. Je dois reconnaître que ça fait du bien car l’amitié, surtout féminine, est souvent traitée de manière très superficielle dans les romans. Mia et Eva se soutiennent en toutes circonstances et même quand l’une émet des doutes sur les choix de l’autre, elle le fait avec bienveillance.
La romance, en revanche, utilise quelques lieux communs, cependant l’autrice en use à bon escient et sans trop insister dessus. On sait bien sûr toujours où l’on va, mais le cheminement est agréable, en bonne compagnie. Eva et Elias sont des personnages vraisemblables et assez sympathiques, si ce n’est attachants. Leur histoire sonne juste. Eva est une fille intelligente, qui ne pleurniche pas sur son sort et qui ne passe pas son temps à douter d’elle pour le plaisir d’être rassurée, même si elle n’a pas non plus une confiance à toute épreuve. Quant à Elias, si quelques clichés cliquettent à ses basques comme des casseroles, il a le mérite de ne pas être le prototype du mâle toxique que l’on retrouve dans les romances bien trop souvent à mon goût. Cela seul suffit à me le rendre agréable, toutefois j’avoue que son background familial ne brille pas par son originalité.
J’ai apprécié que le récit se déroule à Ibiza, ça change de ce qui se fait habituellement. Bien sûr, ce n’est pas très dépaysant pour une méditerranéenne, mais je me suis un peu sentie comme à la maison, ça compense.
Ce fut une lecture très rafraîchissante et pleine d’humour, une jolie romance estivale légère et néanmoins bien écrite, idéale comme lecture de plage.


tous les livres sur Babelio.com

vendredi 7 janvier 2022

L'anti-lune de miel

Un roman de Christina Lauren, publié dans la collection Hugo poche et chez Audible pour la version numérique.


Il me fallait un roman audio sans prise de tête à écouter en tricotant. Alors j’ai jeté mon dévolu sur une romance on ne peut plus classique : des personnages qui se détestent vont tomber amoureux, non sans traverser une pelletée de difficultés plus rocambolesques les unes que les autres. Dans le genre, ce roman-ci est plutôt sympathique, même s’il s’enlise souvent.
Olive est une fille un peu poissarde et complexée, d’autant qu’elle a une jumelle à qui tout réussi. Celle-ci est d’ailleurs sur le point de se marier au début du roman, tandis qu’Olive nage dans son marasme, ayant perdu son emploi quelques mois auparavant et pris du poids à cause de sa déprime. Néanmoins, les deux sœurs s’adorent et s’entendent à merveille (ouf, on échappe au cliché de la jalousie entre frangines !). Aussi quand Ami se voit privée de sa lune de miel par une intoxication alimentaire qui a touché tous les invités du mariage à l’exception de sa sœur et de son beau-frère, elle trouve tout naturel d’offrir à sa jumelle le voyage qu’elle avait eu tant de mal à gagner. Le hic est bien sûr que le mari d’Ami veut offrir son billet à son frère Ethan qui ne s’entend pas du tout avec Olive… S’ensuivent, bien entendu, de multiples mésaventures et quiproquos.
Ce n’est pas la romance du siècle, mais ça se laisse écouter. J’ai apprécié que l’héroïne soit latina, que sa famille la soutienne (on a si souvent droit à un entourage toxique dans les romances...) et malgré les grandes facilités et les clichés magistraux que se permettent les autrices, elles ont aussi insufflé un peu d’originalité à leur histoire.
En revanche, j’aurais sans doute mieux fait de lire ce roman plutôt que de l’écouter. Sophie Loubière ferait mieux d’arrêter la narration de livres audio pour retourner écrire des polars (quoique Dans l’œil noir du corbeau ne m’ait pas laissé un souvenir impérissable). Elle prend dans les premiers chapitres un accent affecté qui exaspère et donne de la protagoniste une image beaucoup plus niaise qu’elle n’est censée l’être. Sa façon de parler devient heureusement plus naturelle au fil de l’écoute. Elle est une lectrice agréable quand elle ne surjoue pas. Je déplore cepedant son incapacité à aligner ne serait-ce que deux mots en espagnol, toutefois la faute ne lui incombe pas, bien entendu. Personne n’a la science infuse. C’est un problème très récurrent dans les livres audio, c’est pour cela que je me permets de le soulever. On devrait fournir aux narrateurs un guide phonétique pour les termes étrangers. Ça paraît superflu ? Non, ça éviterait que des prénoms soient massacrés ou que m’hija (ma fille) devienne « mia » à l’oral…. Ce serait quand même le moindre des respects pour l’œuvre, les auteurs, les auditeurs et aussi les narrateurs.
Enfin bref, si vous cherchez une romance moderne et sympatoche, celle-ci en vaut bien une autre.

mardi 28 décembre 2021

Dans tes bras

Un roman de Talia Hibbert, publié exclusivement en numérique dans la collection Kobo Originals.


C’est parti pour une petite romance de Noël.
D’un côté nous avons Abbie, revêche mais juste assez pour cacher ses faiblesses. Parce qu’Abbie a grandi dans une tribu de garçons et qu’apparemment être gentille équivalait à tendre le bâton pour se faire battre, même si ses frères l’adorent. Et puis la vie ne l’a pas aidée à s’ouvrir aux autres. Elle sort d’un mariage désastreux et pense que le seul mec qui l’intéresse vraiment est devenu inaccessible. Donc Abbie est dévorée par toutes sortes d’angoisses, mais elle travaille là-dessus.
De l’autre côté nous avons Will, qui a grandi juste à côté de chez Abbie et qui s’est quasiment fait adopter par la fratrie. Il est devenu acteur, a conquis le monde entier, mais il reste le gars simple qu’il a toujours été. Le fait de n’avoir pas toujours eu la vie facile l’aide bien à garder les pieds sur terre.
Bien sûr ces deux-là sont amoureux depuis l’enfance, mais n’ont jamais osé se le dire… Peut-être en trouveront-ils l’occasion durant ces fêtes de Noël, censées se passer en famille dans la ferme écossaise de la grand-mère d’Abbie. En tout cas, c’est ce qu’espère Will. Et il a un plan.
Bon, disons-le tout de suite, je n’ai pas été enchantée par cette romance. C’est mignon, ça se lit vite et ça commençait plutôt bien, mais ça manque de relief. Ce roman est un squelette sans muscles ni chair. Il n’est pas abouti et c’est là son problème majeur. 
On dirait que l’autrice a voulu terminer son histoire le plus vite possible. Cela est flagrant dans la façon dont elle ébauche à peine ses personnages secondaires. Par exemple, les trois frères d’Abbie, dont deux sont plus âgés et un est son jumeau, ne semblent pas avoir de partenaires ni d’enfants. Certes, ils ont le droit, mais ça fait beaucoup d’adultes de plus de trente ans célibataires dans la même famille, non ? Ce sont des plantes vertes dans un décor en carton. Néanmoins cela pourrait passer, si la romance était plus construite. Pas forcément plus profonde (je n’en attendais pas tant), mais plus vivante.
Malheureusement, dans le même esprit d’économie d’intrigue ou de descriptions, il ne se passe pas grand-chose. Will dit « je veux » et Abbie répond « j’ai peur », pendant une centaine de pages (le roman en compte 119). Le schéma est vraiment répétitif car la majeure partie du récit se concentre sur l’analyse des sentiments des personnages. On se focalise sur l’un ou sur l’autre et sur leurs questionnements qui tournent en spirales. Ils ressassent leurs désirs et angoisses parce qu’ils ont peur du rejet et surtout de n’être pas aimés en retour autant qu’ils aiment, chacun étant persuadé que ses sentiments sont si forts que l’autre ne pourra pas le supporter… L’autrice aurait pu rendre cela plus vivant en racontant certains de leurs souvenirs, pour montrer comment ils sont tombés amoureux ou en les faisant davantage interagir durant ces retrouvailles, toutefois elle a préféré les monologues intérieurs. On sort de ce roman sans réellement connaître Abbie et Will.
Je trouve cela dommage parce que pour une fois le personnage masculin n’est pas un gars toxique. Will respecte les limites de la femme qu’il aime et c’est bienvenu quand on sait que la romance fait plutôt la part belle aux pervers narcissiques en général. En revanche, si Abbie est un personnage plutôt crédible (pas forcément sympathique, mais dont on peut en tout cas comprendre le comportement) je me suis souvent demandé de quelle planète venait Will… Comme si être gentil était forcément synonyme d’abruti dans la tête de l’autrice... il a le QI d’une huître et la capacité d’attention d’un chiot. Sérieusement, j’ai essayé de l’apprécier mais il est complètement à l’ouest les trois quarts du temps. J’ai même eu pitié. C’est à se demander comment ce gars retenait ses dialogues. Ceci dit, il explique lui même qu’il doit tout à sa belle gueule et qu’il ne se sert pas souvent de son cerveau. Au moins il en a conscience et sa créatrice aussi… Alors oui, un gars distrait peut avoir un certain charme, mais lui raisonne et agit comme un enfant.. C’est perturbant. Enfin, au moins il m’aura fait rire. De consternation, mais c’est déjà ça.
J’ai bien conscience d’être aussi revêche qu’Abbie dans cette chronique, cependant j’ai vraiment essayé de voir les bons côtés de ce roman. Je crois qu’il aurait gagné à être étoffé. N’en attendez pas trop, mais si vous voulez une lecture rapide et peu exigeante, une romance moderne sans macho ultra possessif, il pourrait vous plaire.


tous les livres sur Babelio.com

mardi 7 décembre 2021

Dash & Lily


Dash & Lily est une série d’une seule saison en huit épisodes d’environ vingt-cinq minutes chacun. Elle est tirée du roman Dash & Lily’s Book of Dares de Rachel Cohn et David Levithan. Ce roman a eu deux suites. Je ne l’ai pas lu, mais c’est le fait d’en avoir entendu parler qui m’a fait m’intéresser à la série lors d’une journée à buller pendant les vacances de Noël de 2020. Je n’avais pas lu le résumé puisque je connaissais vaguement celui du livre et je pensais qu’il s’agissait d’un film… Autant dire que j’ai été très surprise par le générique de fin du premier épisode. Or, il se trouve que Dash & Lily c’est comme les schokobons : on n’en mange qu’à noël, mais quand on en prend un, il est difficile de s’arrêter. Bon, je vous rassure tout de suite, ce n’est pas aussi écœurant et vous ne risquez pas d’être malade si vous enchaînez les épisodes comme moi l’an dernier, même si vous êtes allergiques aux séries pour ados et aux films de Noël.
Tout commence avec un carnet rouge d’une célèbre marque, déposé dans le rayon d’une librairie tout aussi célèbre, juste à côté de Franny & Zooey de Salinger. Dash, dix-sept ans, promène sa déprime de fin d’année dans ledit rayon (ses deux parents lui donnent la vive impression de ne pas vouloir de lui pendant les fêtes et le bonheur ambiant l’étouffe). Bien sûr il tombe sur le carnet, l’ouvre et y découvre les énigmes laissées par une fille de son âge.
Comme Dash, Lily est une solitaire, mais dans son cas ce n’est pas par choix. Elle peine à se faire des amis, elle se trouve trop bizarre et elle n’a pas les mêmes centres d’intérêt que les jeunes de son âge. Et c’est encore plus dur cette année car elle se retrouve seule avec son frère (qui débute une nouvelle relation amoureuse et n’est pas disposé à passer du temps avec elle). Lily adore Noël, mais le fait d’être privée de sa famille et de voir tout le monde en couple autour d’elle lui pèse, d’où le carnet rouge, véritable bouteille lancée à la mer.
Dash et Lily vont apprendre à se connaître par l’entremise de ce carnet. Ils vont se défier aussi, sortir de leur zone de confort, s’aider à grandir un peu également. Mais vont-ils finir par se rencontrer ? Et surtout l’image qu’ils se sont faite l’un de l’autre sera-t-elle à la hauteur ?
Résumé comme cela, on pourrait croire à une histoire de romance à trois sous, mais c’est beaucoup mieux que ça. Cette série a été une excellente surprise. C’est mignon tout plein et bien dans l’esprit de Noël, c’est drôle et intelligent.
J’ai beaucoup aimé les deux personnages principaux. Dash est un gars un peu grincheux et dépressif, trop intelligent pour son propre bien, mais qui au fond a juste du mal avec les interaction sociales. Quant à Lily, derrière tout son enthousiasme et son côté optimiste guimauve, elle cache de nombreuses blessures ainsi qu’une grande envie de trouver sa place. Ce que j’aime particulièrement chez elle, c’est qu’elle ne veut pas pour autant cesser d’être elle-même, ce qui serait une solution de facilité. Je les ai trouvés l’un et l’autre aussi crédibles qu’attachants.
Les personnages secondaires sont moins fouillés, mais se jouent des clichés pour la plupart, ce qui est somme toute rafraîchissant. J’aurais vraiment voulu une deuxième saison qui leur aurait donné plus d’espace. Ceci dit, la première a une bonne fin et se suffit à elle-même. Je l’ai revue avec plaisir et je pense qu’elle est en train de devenir un de mes classiques de Noël.

De Rachel Cohn et David Levithan, j’ai lu La playlist infinie de Nick et Norah. Je ne l’ai pas chroniqué, mais c’est un chouette livre. Norah est un rien geignarde, cependant je me dois de saluer une romance YA moderne qui sort des clichés habituels.


lundi 1 juin 2020

Dans les pas de Valeria

Un roman d'Elisabet Benavent, publié chez Archipel.
La version audio est chez Lizzie.

Présentation de l'éditeur :
Elles sont quatre amies de toujours qui vivent à Madrid. Complices et inséparables, elles se connaissent sur le bout des doigts et se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur...
Valeria, 27 ans à peine, commence à s'encroûter avec son compagnon de toujours - elle déprime ; Lola s'est entichée d'un super coup - mais il est fiancé ; Carmen est amoureuse d'un collègue, mais elle n'ose pas se lancer - elle est un peu complexée ; Nerea, la sainte- nitouche du groupe, vient enfin de rencontrer un homme à sa hauteur - mais...
Tout bouge lorsque Valeria rencontre Victor, un homme ô combien séduisant ; lorsque Lola décide de réagir ; lorsque Carmen parvient à séduire son collègue et découvre que le nouveau petit ami de Nerea n'est autre que... son propre boss - qu'elle déteste ! Leur amitié survivra-t-elle à ce drame ?
C'est drôle, c'est vif, ça pétille et ça passe aussi vite qu'une soirée entre filles. On s'est à peine embrassées qu'il est déjà l'heure de se quitter. À regret.

Dans les pas de Valeria est le premier tome d’une tétralogie ; une adaptation vient de sortir sur Netflix. À force de voir ce livre un peu partout, cela a titillé ma curiosité.
Je suis partie d’un très mauvais pied avec ce roman car j’avais opté pour la version audio et j’ai trouvé la narratrice exécrable. Elle ne met aucune expression dans sa lecture et cela donne l’impression que les personnages sont encore plus stupides qu’ils ne le sont déjà. En outre, j’ai constaté qu’il manquait un bout de phrase dans le premier chapitre. J’en ai eu confirmation quand je me suis décidée à passer à la version numérique, lasse que j’étais de la lectrice. C’est peut-être un incident isolé, n’ayant pas été plus loin que le chapitre six pour l’audio je ne peux l’affirmer, mais cela me fait douter de la qualité de l’enregistrement.
Enfin bref, revenons au récit. Malgré le changement de support et mon opiniâtreté à finir ce roman, je n’ai pas réussi à lui trouver de qualités. Faisons simple, c’est Sex and the City à Madrid. Nous avons Valeria, l’aspirante écrivain dont le mariage bat de l’aile et qui trouve son inspiration dans les aventures sexuelles de ses trois meilleures amies, Carmen l’accro au boulot, Lola la délurée — peu importe de quoi les autres parlent, elle trouvera toujours moyen de placer une allusion sexuelle, de préférence aussi vulgaire qu’incongrue — et Nerea la coincée — ce n’est pas moi qui le dis, ce sont ses amies — avec de très hauts standards. Si tout cela ne te rappelle pas quelque chose, c’est que tu es très jeune. Pour moi, c’est juste une mauvaise contrefaçon avec des coutures qui craquent de tous les côtés.
Que dire… Il est très difficile de s’impliquer dans la vie de ces personnages tant l’autrice nous les rend inconsistantes. Elles n’ont aucun relief, elles n’éveillent ni sympathie ni émotions car leurs histoires sont contées de façon trop superficielle. C’en est aussi étonnant que navrant. Je me suis contentée d’attendre que ça passe.
Ce roman est composé de dialogues et des commentaires de Valeria sur sa vie ou celle des trois autres filles. Les chapitres sont courts et les ellipses nombreuses. La forme de la narration ne sied pas au récit. Le fait que ce soit Valeria qui raconte les histoires des autres contribue à les rendre plus creuses étant donné qu’elle n’est pas omnisciente. Le style est d’une platitude affligeante, elle pourrait nous résumer le bulletin météo que ce serait du pareil au même, elle se contente d’énumérer des faits. Quand on sait que le récit est majoritairement composé de baise et de crêpage de chignon, ça ne fait pas rêver.
Le texte est jonché de phrases toutes faites et de clichés du genre « Telle une tigresse, elle ne versait jamais une larme, mais faisait pleurer les autres. » ou encore mieux : « Victor était une arme de destruction massive... » C’est la version moderne du « canon », j’imagine...
Pour Valeria, il n’y a que deux types de femmes : celles qu’elle se ferait si elle n’était pas hétéro (oui c’est elle qui le dit. Apparemment on ne peut pas trouver une autre femme belle sans devoir se justifier sur sa sexualité) et les guenons. Charmant... Et je vous passe d’autres remarques du même acabit. Je pourrais vous dire qu’avec ce roman l’image de la femme prend un coup dans l’aile, mais celle des homme est en train d’agoniser dans le caniveau. Machos, misogynes, manipulateurs, lâches et abrutis, ils ont tout pour plaire. Il n’y a pas un personnage pour rattraper l’autre.
J’espérais un roman moderne et amusant. Il l’est peut-être pour d’autres. Valeria et ses copines m’ont donné l’impression d’être des concepts plus que des personnages. On veut leur donner un genre, une impertinence et une modernité formatées, mais elles sont juste creuses et vulgaires. Entendons-nous bien, je ne suis pas prude, elles peuvent s’envoyer la terre entière, tous les machos et les bourrins qu’elles veulent, et parler de cul sans arrêt, cela ne me choque pas, mais là c’est juste une énumération d’ébats sans aucune autre finalité. Elles n’ont aucune personnalité. Je ne sais pas quelles femmes elles sont censées représenter...
Je ne comprends vraiment pas l’engouement qu’a provoqué ce roman. J’essaierai peut-être la série, parce qu’on dit qu’elle est assez différente et que je suis curieuse, mais j’en ai terminé avec les romans.

mercredi 25 mars 2020

Meilleurs ennemis

Un roman de Sally Thorne publié chez Harlequin.

Présentation de l'éditeur :
Le jour où Lucy rencontre son nouveau collègue, Joshua Templeman, elle n’en revient pas : il est à tomber ! Sauf qu’il ne lui faut pas plus de deux secondes pour découvrir qu’il est aussi froid, cynique, impitoyable… absolument détestable ! Alors, quand leurs chefs respectifs les mettent en concurrence pour une promotion, Lucy est prête à tout pour le battre. Car, si elle gagne, elle sera sa boss. S’il gagne… elle démissionnera. Autant dire qu’elle n’a pas le choix : elle doit gagner. Mais lorsque, un soir, dans l’ascenseur, ce traître de Josh l’embrasse fougueusement, elle est complètement déstabilisée. Se serait-elle trompée à son sujet depuis le début ? Ou est-ce une tactique de Josh pour lui faire perdre ses moyens ?
J’ai déjà lu une romance de Sally Thorne, Drague Interdite, qui ne m’a pas vraiment convaincue car l’infantilisation permanente du personnage principal féminin m’exaspérait. Cependant, comme les commentaires sur le net disaient combien Drague interdite était inférieur à son précédent roman, j’ai rangé le titre dans un coin de ma tête pour redonner une chance à cette autrice. 
Meilleurs ennemis part sur un postulat on ne peut plus classique de la romance : deux personnages qui se détestent vont finir par tomber amoureux. Bien qu’elle soit rebattue, je n’ai rien contre cette approche. J’aime bien voir des personnages s’apprivoiser. En revanche, je ne pense pas, au contraire de l’autrice, que la haine et l’amour soient interchangeables, loin de là. Des gens peuvent apprendre à se connaître et aller au-delà de leurs désastreuses premières impressions ou maladresses, mais quand on va trop loin dans la mesquinerie, les coups bas et les injures ou que les sentiments changent d’un coup sans qu’on sache vraiment pourquoi, ça n’est plus crédible. Pire, ça devient ridicule.
Ici, nous avons Lucy et Josh, tous deux assistants de direction dans une maison d’édition. Si on en croit ce que raconte Lucy, ce sont eux qui font tout le boulot, pourtant ils semblent passer leurs journées à se provoquer et à jouer à des jeux débiles plutôt que de travailler. Par exemple, au début du roman, Josh imite Lucy, il reproduit chaque geste qu’elle fait… Oui, on est en maternelle. Ceci dit, ça semble idiot mais pas bien méchant. Cependant, on apprend que Josh se montre régulièrement méprisant et moqueur envers Lucy que tout le monde aime. D’ailleurs c’est ce qu’elle ne supporte pas. Tout le monde l’aime, bordel ! Alors pourquoi pas lui ? Parce que Lucy est charmante, il faut que ça rentre dans votre petite tête, l’autrice y tient. Même ses défauts sont des qualités. Faites avec !
Ce genre de niaiseries est un peu saoulant, néanmoins le problème majeur de cette romance est surtout l’incohérence. Ni les mots ni les actes ne semblent avoir de valeur pour Sally Thorne. Par exemple, on nous dit que Lucy est tout à fait apte à se défendre toute seule, on l’encense pour cela, pourtant elle se laisse marcher dessus tout au long du roman. Ses rares colères contre Josh sont suivies d’une capitulation. Au mieux elle pleure auprès de sa patronne parce que Josh l’a détruite. Oui, elle utilise bien ce mot. Ce n’est pas un terme anodin, pourtant il semble l’être dans ces pages.
Dans un paragraphe elle a peur de lui, vraiment peur (elle pense qu’il est capable de la tuer), le paragraphe suivant parce qu’il la coince dans l’ascenseur et lui roule la pelle de sa vie, elle est folle de lui. Et quand je dis folle… Une vraie junkie, soudain elle n’arrive plus à se passer de lui alors qu’il la dégoûtait. Elle rôde en bas de chez lui, s’accroche à lui comme un bébé koala (ce n’est pas une métaphore, elle fait vraiment ça) et elle a juste peur qu’il la largue. Là je ne comprends plus… Il suffit qu’un homme soit beau et embrasse bien pour qu’on lui pardonne tout ? Cinq minutes avant tu avais peur qu’il te frappe, cocotte !
Lucy est un personnage tout en contradictions, mais des contradictions qui ne veulent pas dire grand-chose. Elles sont là juste pour remplir les pages… Elle harcèle Josh pour l’accompagner à un événement et ensuite elle tente de se défiler, sans vraie raison d’un bout à l’autre de cette partie de l’intrigue. Ce personnage n’a aucune logique. Mais on s’en fout, c’est une femme, on sait qu’elles sont comme les chats...
Quant à lui, c’est un cliché sur pattes. Il est canon, il passe sa vie à faire du sport pour être bien foutu, mais justement le pauvre chéri n’est apprécié que pour son corps. Et puis il a des problèmes avec son père… Alors il n’a pas confiance en lui. Cela est censé justifier le fait qu’il agisse comme un connard. Mais en vrai c’est un pervers narcissique. Il passe ton temps à « éduquer » Lucy. Il lui montre combien son style de vie est merdique parce que lui est parfait en comparaison et qu’une femme ne sait pas vivre toute seule, genre ne serait-ce que s’alimenter correctement. Voilà, voilà…
C’est tout à fait normal de menacer les hommes avec qui elle parle et de lui arracher son téléphone des mains. C’est très romantique (non, ça ne l’est pas, c’est un comportement de taré qui ne doit pas être encouragé !) Je ne cherche pas à transformer les romances en essais féministes, mais personne ne voit le problème ?
Je sais bien que les romances ne sont pas connues pour leur valorisation de la femme, mais quand même, à partir du moment où elles se modernisent, ne peut-on espérer une petite évolution et au moins qu’on n’infantilise pas autant les femmes ? Je sais aussi qu’il y a bien pire dans la description d’une relation malsaine (hello dark romance, plaie de la société), mais c’est d’autant plus perturbant que la façon dont se comporte Josh est présentée comme normale et romantique alors qu’elle est dangereuse.
Sally Thorne a un vrai problème avec ses personnages féminins. Elle nous présente ces femmes comme étant indépendantes alors qu’elles sont tout le contraire. Il n’y a pas de mal à s’appuyer sur quelqu’un, qu’on soit une femme ou un homme d’ailleurs, mais ici cela franchit une limite de manière très insidieuse. C’est malsain et destructeur de normaliser ainsi ce qui n’est rien d’autre que de la maltraitance psychologique. Toutes les déclarations d’amour du monde n’y changeront rien.
Meilleurs ennemis a eu tant de succès qu’il est en cours d’adaptation cinématographique. Cela me laisse perplexe.

samedi 26 octobre 2019

Drague interdite

Un roman de Sally Thorne, publié chez Harlequin.

Présentation de l'éditeur :
Darcy se sent piégée. Les dernières volontés de sa grand-mère sont très claires : si Darcy et son frère jumeau veulent toucher leur héritage, ils doivent rénover le cottage qu’elle leur a légué. Et qui son frère a-t-il choisi pour les y aider ? Tom, son meilleur ami. Un fruit défendu aussi connu sous le nom d’homme-idéal-crush-de-toujours que Darcy aimerait beaucoup croquer. Cela fait dix ans qu’elle s’arrange pour ne pas le croiser, car son frère a été très clair  : Tom est hors limites, impossible pour elle de l’approcher sans déclencher une guerre nucléaire familiale. À présent, elle va devoir cohabiter pendant des semaines avec lui et feindre l’indifférence sous le regard soupçonneux de son frère. Une torture. D’autant que Tom est toujours aussi sexy mais surtout… célibataire.

Darcy a vingt-six ans, un problème cardiaque et un manque de confiance en elle phénoménale. Elle a laissé tomber son travail de photographe pour être serveuse dans un bar, elle fuit à l’autre bout du monde à la moindre contrariété, mais il faut la comprendre, elle n’est pas aidée par ses proches… Ils la traitent, il faut bien le dire, comme une incapable. 
Petite, Darcy était celle que sa famille laissait à la maison avec sa grand-mère au moment des vacances, pour aller skier ou visiter Disneyland, problème cardiaque oblige. Alors forcément, en grandissant elle a développé ce caractère qui exaspère tant ses proches et surtout son frère jumeau. Tout un poème celui-là… Jamie est un connard narcissique qui passe son temps à la traiter de débile et de pute, mais ce n’est pas grave, c’est son frère, ça ne compte pas… 
Vous sentez mon agacement, n’est-ce pas ? Eh oui, ce qui aurait pu être un livre sympa qui aide à passer le temps entre deux rendez-vous médicaux s’est révélé une source inépuisable d’exaspération. J’ai particulièrement détesté Jamie. 
Elle est mignonne Darcy, elle a conscience d’être une petite conne trop couvée, mais c’est bien la seule qui assume ses défauts. Elle est amoureuse depuis l’enfance de Tom, meilleur ami qu’elle se dispute sans cesse avec son frangin, mais ne se trouve pas assez bien pour lui (il faut dire qu’on le lui rabâche). Et Tom ce cliché sur pattes, est bien gentil mais n’a pas assez de personnalité pour réagir. Alors forcément, quand ils se retrouvent en tête à tête pour rénover le cottage de grand-maman décédée, ça se tourne autour, ça se pose sans cesse les mêmes questions… Et ça pourrait être mignon, si ça ne devenait pas tellement lourdingue. 
Néanmoins, ce que je n’ai pas aimé dans ce roman n’est pas l’histoire d’amour balourde, c’est la façon dont cette pauvre Darcy est traitée : trahie par tout le monde, traitée au mieux comme une enfant, au pire comme une crétine… Mais ce n’est jamais grave, parce qu’elle aime ces gens. Tout va bien dans le meilleur des mondes, l’amour gagne toujours à la fin et il justifie tout. 
C’est dommage, ça aurait pu être l’histoire sympa et sans prise de tête que j’espérais.

lundi 12 février 2018

L'année du flamant rose

Un roman d'Anne de Kinkelin, publié chez pocket.
*

flamant-rose

Présentation de l'éditeur :

Louise, Ethel, Caroline. Trois amies, joyeuses mais solitaires, partagent tout, leurs peines et leurs bonheurs, leur passion aussi pour les belles choses. Toutes trois sont des créatrices, des faiseuses de rêves, dans leurs ateliers qui se font face dans un passage parisien.
Louise, joaillière, crée des bijoux qui réjouissent le coeur et les yeux. Ethel, corsetière, réveille les sentiments et les sens des amoureuses éperdues (et des autres). Caroline, relieuse, redonne vie aux livres anciens, tout en rêvant la sienne. Toutes trois, passionnées, sont amoureuses de l'amour, mais celui-ci leur semble inatteignable…
Le jour où Louise s'entiche d'un flamant rose empaillé, superbe et quelque peu étrange, qu'elle installe dans son atelier, son regard sur la vie semble changer. Après sa rupture, elle est face à un défi : se relever, tenir debout, comme le flamant sur une patte, pour sa petite fille, Rose, malgré sa fragilité et les obstacles.
Cette année, les trois femmes sauront-elles trouver la force de se reconstruire ?


Sur un coup de tête et au grand dam de son mari qui le déteste d’emblée, Louise achète un flamant rose empaillé. Cette artiste un peu fantasque se sent inexplicablement liée à l’animal, mais prise par ses problèmes personnels elle l’oublie pendant un temps.
Alors qu’elle glisse vers la dépression face à la mort de son père et l’échec de son mariage, le retour du flamant rose dans sa vie va lui apporter la force de se reconstruire. Durant quatre saisons, on suit Louise la joaillère et ses amies : Caroline la relieuse, Ethel la corsetière ainsi que le petit monde qui gravite autour de ces trois femmes en quête de bonheur.
Étant particulièrement sensible à l’artisanat d’art, j’avais envie d’entrer dans l’univers de ces « faiseuses » et de les voir opérer. J’espérais un roman tendre, de la fantaisie et de l’amitié, une histoire dans laquelle on s’emmitoufle pour oublier que la vie est parfois difficile ou décevante. Je voulais rencontrer des personnages avec lesquels j’aurais pu être amie et dont je me serais souciée. Malheureusement, pour diverses raisons, je suis passée à côté de cette histoire. Sans doute mes attentes étaient-elles trop ciblées, néanmoins je pense sincèrement que L’année du flamant rose est le genre de roman pour lequel il n’y a pas de juste milieu : soit on y entre complètement et on l’adore, soit on se contente de rester sur le seuil en jetant à l’intérieur un regard poli mais vite désintéressé.
Le roman est constitué de chapitres courts, ce qui le rend très rapide et facile à lire, malgré le ton emphatique qu’affectionne l’autrice. On aime ou pas les envolées lyriques, question de goût et de caractère, je ne juge pas là-dessus même si cela m’ennuie vite. En outre, je dois reconnaître que la spontanéité de l’autrice transparaît dans son style malgré l’emphase, il sonne vrai et non sur-travaillé. Cela contribue à l’alléger un peu.
Force est de constater qu’au-delà des considérations stylistiques, j’ai surtout peiné à m’attacher à ces personnages à mille lieues de mon pragmatisme. La douce Ethel est sympathique, mais presque inexistante, le grain de folie de Louise est charmant et j’ai fini par l’aimer un peu, en revanche Caroline m’a tapé sur les nerfs du début à la fin. J’ai besoin de m’attacher pour aimer un récit, c’est comme ça. Les nanas qui montent tout en épingle et font des drames à partir de petits riens m’horripilent et, désolée, mais un premier rendez-vous qui ne comble pas vos attentes ou un homme qui ne répond pas à vos avances ne constituent pas de véritables drames.
Je ne me suis pas sentie à mon aise dans cet univers de bobo, que j’ai trouvé plutôt superficiel, mais je ne voudrais pas que vous méjugiez ce roman sous le prétexte qu’il n’était simplement pas pour moi. Il possède d’indéniables qualités.
L’autrice décrit des sentiments, des états d’esprit, plus que des actes. Ces personnages, qui s’écoutent tellement, peuvent sembler nombrilistes. Pour autant, il lui a fallu un certain talent pour permettre au lecteur d’entrer ainsi dans leur tête. Je lui reconnais de surcroît qu’elle ne fait pas de remplissage ni ne donne dans la complaisance, la fin très ouverte en est témoin et j’apprécie ce courage. Il en faut toujours pour ne pas céder à l’envie de satisfaire le plus grand nombre. Rares sont les lecteurs qui ne se sentiront pas frustrés par une telle fin, pourtant je la trouve raccord avec l’ensemble.
L’édition poche est agrémentée d’une nouvelle bonus. Ce texte court et lumineux est agréable à lire, mais il concerne la rencontre des trois amies et ne vous renseignera guère sur leur devenir.
Il est clair que L’année du flamant rose ne me laissera pas un souvenir impérissable. Je vous encourage toutefois à vous faire votre propre idée. Si vous êtes amateur de poésie, avez l’esprit romantique et croyez aux signes, cela pourrait vous enchanter.