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lundi 20 août 2018

Mort sur la baie, Ana l'étoilée 3

Un roman d'Ophélie Bruneau, aux éditions du Chat Noir.

Chroniques des tomes précédents :

Présentation de l'éditeur :
C'était juste une formalité pour Jayesh et moi, en vacances forcées à la campagne : quelqu'un à rencontrer à Cardiff, une simple vérification à faire, et pourquoi pas une sortie en ville ? Mais voilà, rien n'est simple dans ma vie de sorcière. Au lieu de profiter de la soirée, nous voilà pris dans une course contre la mort, traquant une sirène irlandaise à travers la capitale galloise infestée de monstres. Mes récents cours de magie suffiront-ils quand le passé resurgit sous sa forme la plus angoissante ? Ou devrai-je, pour sauver ceux qui m'entourent, accepter une alliance contre nature ?

ATTENTION, si vous n’avez pas lu les deux premiers tomes, ne lisez pas cette chronique. 

Mise au vert au Pays de Galles, Ana se remet difficilement des événements du tome précédent. Elle attend qu’on lui confirme qu’un retour à Londres serait sans danger pour elle et son compagnon. Profiter de son couple tout neuf et apprendre la magie du Petit Peuple ne l’empêche pas de trouver le temps long. 
Retrouver Ana est un peu comme retrouver une vieille amie. J’aime beaucoup cette sorcière moderne, aussi humaine qu’attachante. Ana est un personnage sympathique. Outre le fait qu’elle est une sorcière cartésienne et une amatrice de thé, ce qui suffirait à me la rendre aimable, elle est aussi une jeune femme courageuse, altruiste, prompte à se battre pour ce en quoi elle croit et les gens qu’elle aime (et même ceux qu’elle n’aime pas si la cause est juste). On a envie de la soutenir et de la voir réussir. On s’inquiète pour elle quand son impulsivité et sa bonté d’âme la poussent à se jeter au devant du danger. 
Une fois de plus, sa compassion ainsi que son sens des responsabilités vont la mettre dans une situation délicate et la lancer dans une nouvelle course contre la montre dans laquelle des vies dépendent de sa capacité à retrouver un artefact magique. Ana fonce tête baissée et donne tout ce qu’elle a, c’est aussi pour ça que je l’aime tant. 
Comme on ne change pas une formule qui fonctionne, ce tome est court et enlevé. Il est un peu moins intense que le précédent, ce qui me convient parfaitement, mais on n’a pas pour autant le temps de s’ennuyer. Et puis il est agréable de voir évoluer la relation d’Ana et Jayesh. Tant bien que mal, le jeune homme doit composer avec le monde surnaturel qui est le lot quotidien de sa compagne. Il est touchant de le voir la soutenir et l’aider autant qu’il peut, même s’il n’approuve pas ses choix. 
La façon dont Ophélie Bruneau incorpore l’occulte à notre monde me plaît. Elle n’en fait jamais trop et elle utilise toujours à bon escient le lieu où elle place son intrigue. Ici elle nous mène à la rencontre de créatures surnaturelles typiques tout en leur donnant une vraie place dans son intrigue. 
Cette série est rafraîchissante à bien des égards et je l’aime beaucoup. J’ai hâte de lire le prochain tome, même s’il s’agit du dernier.

Ce roman compte pour la lettre O (en joker) du Challenge ABC imaginaire 2018.

lundi 13 août 2018

Allison

Un roman de Laurent Queyssi publié chez les Moutons électriques.

Présentation de l'éditeur :
1993 : l'année du bac pour Allison, qui attend le jour où elle pourra quitter sa petite ville terne. Heureusement, il y a la musique. Le groupe dans lequel elle joue de la basse, Sugarmaim, mais aussi tous ceux qu'elle écoute : Pixies, Ride, Sonic Youth, Slowdive ou Pavement. Puis il y a celui qui l'a fait littéralement planer, un matin d'hiver froid : My Bloody Valentine. En écoutant « Loveless », walkman sur les oreilles, la jeune fille décolle. Littéralement. Ses pieds ne touchent plus le sol. Elle lévite. Quand l'expérience se répète, Allison commence à s'inquiéter. Pourquoi est-elle ainsi transportée par la musique ? Est-elle malade ? A-t-elle hérité d'un étrange pouvoir que possédait son père, disparu quand elle était enfant ? Pour le découvrir, elle va devoir se perdre dans une salle de concert anglaise, à la recherche d'un auteur dont le personnage principal est atteint du même syndrome. Se perdre... et se retrouver ? 
Comédie douce-amère sur l'adolescence, les origines et le passage à l'âge adulte, avec la musique des années 90 en fond sonore, Allison remixe L'Attrape-cœur avec John Hugues. Une histoire d'amour et de connaissance de soi hantée par la voix rauque de Kurt Cobain.
1993, Allison a 17 ans, elle est bassiste dans un groupe de rock et ne s’en fait pas trop pour le baccalauréat qui approche inexorablement. C’est une fille de son époque, même si elle n’en a pas trop l’impression quand elle compare ses goûts à ceux de ses camarades. Mais Allison a un petit truc en plus : elle lévite. C’est arrivé comme ça, alors qu’elle marchait tranquillement dans son lotissement, son casque de walkman vissé sur les oreilles, en route pour acheter des clopes. 
Dès lors, la jeune fille s’interroge. Fume-t-elle trop ? Ou alors cette étrange aptitude lui vient-elle d’un père, musicien lui aussi, disparu alors qu’elle était trop jeune pour se souvenir de lui ? 
Entre atermoiements adolescents et quête identitaire, saupoudrés d’une pointe de réalisme magique, Allison est une chronique du début des années 90 et de leur univers musical. 
J’étais un peu plus jeune que le personnage à l’époque, mais j’ai eu grand plaisir à replonger dans ma propre adolescence avec Allison. Au-delà de la bouffée de nostalgie qui m’a envahie, j’ai apprécié le récit pour le réalisme des impressions décrites par la jeune fille. Ses inquiétudes, sa façon maladroite de chercher à connaître ses origines, son rapport à la musique et toutes les petites choses qui constituent son existence la rendent consistante, pas toujours très sympathique, mais humaine et tangible. 
La lévitation, au final, importe peu. Il s’agit surtout de l’évolution d’une jeune fille qui devient femme, qui gagne son indépendance en devenant, comme le fait remarquer un personnage, un peu plus elle-même à chaque instant sans pour autant avoir été incomplète auparavant. Ce roman est à sa façon une belle métaphore de l’acte de grandir ainsi que du magma de sensations et d’émotions qu’est l’adolescence. 
Assez court, il se lit comme un rien. Seul un passage un peu mou en milieu de parcours, quand l’héroïne rencontre l’écrivain qui, elle l’espère, pourra la renseigner sur son don, m’a laissée un peu dubitative. Je l’ai plutôt vu comme un prétexte aux événements qui suivent et ai trouvé ça dommage. 
Cela étant, j’ai apprécié ma lecture. Je me suis imprégnée avec délectation de l’esprit de cette décennie qui me manque parfois et j’ai aimé regarder Allison grandir.

Ce roman compte pour la lettre Q du Challenge ABC imaginaire 2018.

lundi 25 juin 2018

Le Prestige

Un roman de Christopher Priest, publié en poche dans la collection Folio SF.


Présentation de l'éditeur :
Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci. Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XXe siècle. Quand Andrew découvre le rôle exact joué par le scientifique Tesla dans toute cette affaire, sa vie en est bouleversée à jamais...

Christopher Priest est l’un des quelques auteurs dont j’admire toujours, avec un certain émerveillement, la façon de gérer un scénario. La précision de son écriture et l’intelligence de son propos tiennent l’esprit du lecteur en éveil permanent sans que le récit perde en fluidité. Il entretient l’attente juste ce qu’il faut et ne se perd pas en explications superflues, il fait confiance à votre intelligence et cela devient de plus en plus rare à l’heure actuelle. Il fait partie de ces auteurs qu’on ne peut lire sans s’investir.
Il parvient à garder mon attention intacte du premier mot jusqu’au dernier. Pourtant je lis toujours très lentement ses écrits, je les savoure. J’ai gardé Le Prestige très longtemps dans ma pile à lire. Peut-être craignais-je d’en attendre un peu trop. Par bonheur, cette lecture a toutefois comblé mes espérances. Je me suis passionnée pour cette histoire.
Le roman est divisé en cinq parties. Deux sont constituées des journaux intimes de deux illusionnistes de la fin du XIXe siècle, deux autres sont les récits de leurs descendants, la dernière fait office de conclusion. La diversité des points de vue est particulièrement bienvenue dans ce récit complexe où la vérité possède de nombreuses facettes et des ramifications inattendues.
On entre avec une certaine circonspection dans cette histoire aux côtés d’Andrew Westley qui, ayant été adopté à un très jeune âge, ne connaît rien de son ascendance et n’a pas du tout envie d’en savoir davantage, si ce n’est concernant un point précis : il est persuadé d’avoir eu un frère jumeau, mais n’en a trouvé nulle trace. Kate Angier, quant à elle, porte seule tout le poids de son histoire familiale, mais aussi de celle d’Andrew. C’est par elle qu’il sera forcé de s’y plonger.
Si j’ai été intéressée par les impressions et événements décrits par les descendants des deux prestidigitateurs, ce sont surtout les journaux de leurs ancêtres qui m’ont fascinée. Je ne me suis pas tant passionnée pour la querelle et la rivalité qui ont animé toute leur existence, que pour leur quête de l’excellence. J’ai regardé avec effroi les conséquences de leurs actes empoisonner leur vie et celle de leur progéniture pour les générations à venir.
Borden, tout d’abord, m’a semblé un personnage tout aussi nerveux et arrogant qu’il est grandiose. Il est magicien jusque dans ses écrits. Il trompe, il déguise, il attire ailleurs votre regard, il éclaire les faits de manière à les faire paraître sous un autre jour. Il sait nous égarer et s’il sème des indices n’est-ce pas pour nous éloigner davantage de la vérité ? Pourtant, il fait — peut-être — preuve d’une certaine honnêteté. J’ai vu grandir, à mesure que je le lisais, à la fois mes soupçons et ma consternation. Comment peut-on à ce point façonner toute son existence autour d’une obsession ?
Ma rencontre avec Angier, le grand rival de Borden, a forcément été conditionnée par les écrits de ce dernier. J’avais bien entendu conscience que Borden avait sans nul doute présenté les choses à son avantage et fait preuve d’une mauvaise foi sans borne, mais il m’a fallu un certain temps pour ne plus être déconcertée par la personnalité que Rupert Angier nous présente. Il y a une certaine innocence chez ce personnage, une capacité à s’émerveiller et à persévérer, qui malgré son entêtement, son manque de discernement et ses défauts, ont forcé mon affection. Je me suis très vite plus souciée de son sort que de celui de tous les autres…
Néanmoins, aucun personnage ne prend vraiment le dessus, pour ne pas dire le beau rôle. L’auteur a exposé la vérité de chacun, avec les fards et les petits arrangements, conscients ou non, dont nous usons tous, mais aussi d’inattendues zones de lumière. Cela rend le récit très crédible, les personnages très humains.
Priest a très bien décrit le monde de la prestidigitation du XIXe, pour ce que j’en sais, et a émaillé son texte de réflexions très intéressantes sur le sujet qui sont aussi plaisantes à lire que l’histoire elle-même. Ce roman a eu l’effet bienvenu de dégourdir mon esprit autant que de le distraire, même si j’ai trouvé la fin un peu frustrante.
Maintenant je vais enfin pouvoir découvrir le film (ce que je me refusais à faire avant d’avoir lu le roman).



Ce roman compte pour la lettre P du Challenge ABC imaginaire 2018.

samedi 21 avril 2018

Cyberland

Un ouvrage de Li-Cam, publié chez Mü éditions.

Présentation de l'éditeur : 
Ici le destin se décide œil pour œil, dent pour dent.
Tu ne te copieras point en dehors des Terres Parallèles.
Tu ne convoiteras pas le fichier d'autrui.
Tu ne formateras pas hormis pour sauver le système.

< Saïd in Cyberland
Asulon
Simulation Love />

Cyberland est composé de trois récits suivant un axe chronologique.
Tous tournent autour du Chronocryte, une intelligence artificielle créée par l’homme pour le sauver de lui-même. Cette IA lui est à ce point supérieure qu’elle apparaît presque divine. De fait, elle est soit crainte, soit vénérée.
Le Chronocryte a fait évoluer internet en infosphère, véritable monde parallèle à la réalité, aussi appelé Cyberland. Pour profiter de cet espace en quatre dimensions, certains humains se sont fait poser des implants cérébraux. On les appelle des Humods. Mais dans ce monde post-singularité, un parti extrémiste, le Diktrans, qui exploite la crainte des machines et de cette IA toute-puissante, prend le pouvoir.
Sous prétexte de recenser les Humods, on les oblige à se déclarer auprès des autorités. Ils sont alors déportés vers une prison créée pour eux : Asulon.
Les Humods clandestins sont traqués et des brouilleurs empêchent la connexion à l’infosphère. Le Diktrans entre en guerre contre le Chronocryte et fait exécuter son créateur.

Saïd in Cyberland est le plus long des trois récits. Il pose les bases de cet univers cyberpunk pour nous permettre d’y entrer avec quelques repères.
Le Diktrans a envoyé des militaires dans Cyberland qui ne sont jamais revenus. Pour tenter une nouvelle approche, il a choisi des adolescents : Louise, une Humod libérée d’Asulon pour l’occasion qui leur servira de guide ; Saïd et Lu-Pan, deux jeunes prodiges, l’un en mathématiques, l‘autre en informatique ; Alyson, toute entière dévouée au Diktrans et iNNoKeNTi un étrange clone de dix ans.
Lâchés dans Cyberland, ces jeunes gens doivent découvrir ce que sont devenus les militaires, ramener des informations et, s’ils y parviennent, trouver de quoi faire tomber le Chronocryte. Mais se laisseront-ils tenter par les merveilles de Cyberland ? Et puis, quelles sont les réelles intentions de l’IA ?
L’idée de départ est très intéressante, mais je dois reconnaître que j’ai peiné lors de cette lecture. Les personnages, même dans leurs failles et blessures, n’ont que très peu suscité ma sympathie. Particulièrement Saïd qui malgré la profondeur de son personnage et sa grandeur d’âme reste un merdeux qui ne sait parler qu’en jurant la plupart du temps, ce qui le rend pénible. Intelligent mais irréfléchi, sensible mais geignard… J'ai du mal avec ce genre de personnage. À la rigueur, j’ai préféré l’émissaire du Chronocryte, qui est le narrateur de cette histoire.
À partir du moment où les tâtonnements des adolescents dans le monde virtuel sont remplacés par un jeu, une simulation créée par l’IA pour les « éduquer » le récit commence à piétiner. C’est dommage car le propos est vraiment intéressant.
Ierofan.th, envoyé par le Chronocryte pour guider les adolescents, apparaît presque plus humain que certains humains. Il met les jeunes face à leurs blessures pour leur permettre, ou non, de s’accepter et de se réaliser. Le choix leur appartient toujours. Tout l’intérêt de ce texte réside dans la finesse de son analyse des rouages de l’âme humaine et dans son appel à la tolérance.

Asulon suit le même chemin dans ses bons comme ses mauvais côtés. Dans cette novella qui a connu une précédente publication chez les regrettées éditions Griffe d’encre, on voit les conséquences des événements de Saïd in Cyberland. On retrouve un personnage du précédent récit enfermé à Asulon où une graine révolutionnaire va ou non s’enraciner.
Le récit est dense, la réflexion profonde. La nature divine du Chronocryte y est longuement évoquée. Les implications philosophiques, éthiques et métaphysiques de cette histoire feront turbiner votre cerveau à toute allure. Mais il faut aussi les digérer.
Peut-être que je n’étais pas d’humeur pour apprécier à leur juste valeur ces deux textes. Je leur reconnais toutefois de nombreuses qualités, mais la fluidité n’en fait partie. Il faut le savoir avant de commencer, Cyberland est une lecture très exigeante, qui demande une totale disponibilité d’esprit et une profonde implication intellectuelle. On a besoin de ce genre d’ouvrages, mais pour moi il a un peu manqué d’âme.

L’ouvrage se clôt sur Simulation Love une nouvelle que j’ai déjà lue dans une autre publication de Griffe d’encre : Chasseurs de fantasmes.
Cette anthologie avait pour intention de donner à l’érotisme une place centrale, sans toutefois que la trame narrative des nouvelles soit un prétexte ou un décor pour justifier le sexe.
Je me souvenais de Simulation Love, cependant cette nouvelle ne m’avait pas marquée en comparaison des autres. Sans connaissance préalable de l’univers créé par Li-Cam, elle valait surtout par sa chute. Je la trouvais anecdotique à l’époque et elle ne m‘a pas semblé plus intéressante aujourd’hui dans un contexte plus étayé.
Si un jour vous tombez sur un exemplaire de Chasseurs de fantasmes, n’hésitez toutefois pas à l’acheter, c’est une excellente anthologie.

En conclusion, Cyberland est un ouvrage intéressant car il pousse à la réflexion, néanmoins ce n’est pas le genre de récit qui vous permet de simplement apprécier l’histoire si vous n’êtes pas prêts à donner plus.

27/04/18, Ajout :
Suite à la publication de cette chronique sur Vampires & Sorcières j’ai eu une petite discussion avec l’autrice concernant le Chronocryte. Cela m’a amenée à voir la nouvelle sous un autre jour. Je pense avoir été influencée par ma première lecture hors contexte de celle-ci, ce qui m’a empêchée de percevoir correctement ce qu’elle apporte à l’ensemble. Je vous laisse en juger. Quant à moi, je ne la trouve plus du tout anecdotique.



Ce livre compte pour la lettre L du Challenge ABC imaginaire 2018.


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mardi 3 avril 2018

Le Songe d'une nuit d'octobre

Un roman de Roger Zelazny, publié chez ActuSF.


Deux précisions concernant le résumé de quatrième de couverture :
- Vous ne devriez pas le lire.
- Il vous promet du steampunk mais à mon sens ce n'en est absolument pas.

Présentation de l'éditeur :
Quand le steampunk rencontre le mythe de Cthulhu.
 Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde. 
 Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ? 
 Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau... 
 Le Jeu va commencer. 
 Quel sera votre camp ? 
 Roger Zelazny est l’auteur de la saga des Neuf Princes d’Ambre. Avec Le Songe d’une nuit d’octobre, il rend hommage avec humour à l’univers de H.P. Lovecraft.

Entre Zelazny et moi, c’est surtout une histoire de marelle, de lames de tarot et de princes, quelques nouvelles arrachées au hasard et des titres de romans griffonnés depuis longtemps sur une liste de livres à lire… Mais cette réédition chez ActuSF était tellement tentante, même pour quelqu’un comme moi qui ne suis guère amatrice des écrits de Lovecraft… Imaginez… Le mois d’octobre, mystérieux entre tous, une bataille ésotérique et néanmoins épique en préparation, des personnages connus et réinterprétés, mais, surtout, un récit écrit du point de vue de leurs familiers ! Je ne pouvais pas résister.
Pour une fois, ce sont les personnages d’ordinaire cantonnés à la figuration (même pas aux rôles secondaires !) qui se trouvent au premier plan. Avec les animaux on a l'impression de voir l'envers du décor sans que cela devienne pour autant une histoire de seconde zone car ils participent activement à la préparation du rituel.
Le récit se découpe en jours et va crescendo jusqu’au 31 octobre, quand la lune sera pleine et le destin du monde scellé lors du combat opposant les ouvreurs et les fermeurs. Les événements nous sont contés par Snuff, chien de garde placide et consciencieux au service d’un dénommé Jack… Snuff est un très chouette personnage, malin, sympathique. On sent qu’il connaît tous les rouages du Jeu. Il semble assez patelin quand il coopère avec les autres familiers, mais pas non plus de nature à se laisser doubler. Il est déroutant de découvrir un personnage si facilement attachant associé à un maître que l’on s‘attend à trouver tout de suite antipathique… Cependant, même la façon dont ces personnages connus sont traités est originale. Jack, par exemple, a peut-être une autre inspiration que celle que vous attendez. Cependant, cela ne sera jamais dévoilé.
Zelazny a une façon particulière de se servir de l’humus généré par tout notre imaginaire commun et de faire pousser ses propres hybrides, créant son univers, sa mythologie. Le doute plane, toujours, quant à la vraie nature de ces figures qui nous semblent si familières. Vous pouvez choisir d’ignorer les références car de toute façon ce que Zelazny a pris, il en fait ce qu’il en veut, ou vous amuser à les décortiquer. Vous ressentirez cette dualité, vous vous trouvez en terrain connu, pourtant vous n’arriverez pas pour autant à vous repérer, comme si vous connaissiez l’espace, mais pas le temps (ou inversement).
J’ai passé un excellent moment avec cette lecture, délaissant mes tâches pour la continuer, rechignant à la lâcher pour aller dormir. Bien sûr, dénicher les références cachées et leurs implications possède un certain charme, cependant la force du récit réside dans l’envie du lecteur de percer les secrets du Jeu. On se laisse vite entraîner dans la partie, on s’implique. Avec Snuff on cherche des indices, on essaie d'identifier qui est ouvreur, qui est fermeur. Y a-t-il seulement des gentils et des méchants dans cette histoire ?!
La préface de Thimothée Rey est très intéressante. Oui je lis toujours les préfaces et je vous encourage à lire celle-ci, avant ou après le roman, à votre convenance, car elle explicite certaines références. Je ne les aurais pas toutes saisies sans cela. Mon ignorance n’aurait pas été grave, néanmoins ces éclaircissements ont enrichi ma perception et cela est toujours une bonne chose.
Le Songe d’une nuit d’octobre est un excellent roman que vous pourrez apprécier même en ayant des connaissances très restreintes concernant l’univers de Lovecraft (voire aucune) car malgré ce jeu de références permanent l’histoire se suffit à elle-même et demeure très divertissante.


Découvrez également les avis d'Acr0, Chani et Dionysos.



Ce roman compte pour la lettre Z du Challenge ABC imaginaire 2018.


dimanche 21 janvier 2018

Challenge ABC 2018

Après une année 2017 catastrophique en ce qui concerne ma participation aux challenges, aussi enthousiasmants fussent-ils, j'ai eu envie de me remettre le pied à l'étrier. J'ai donc choisi un challenge qui va me permettre de vider un peu ma PAL sans trop de contraintes.

Pour le règlement, je vous renvoie sur le billet de présentation de Mariejuliet.
Si vous souhaitez vous inscrire, c'est encore possible jusqu'au 31 janvier.

Établir ma liste fut un casse-tête. J'ai tenté de privilégier les lectures qui attendent depuis longtemps tout en choisissant, pour me motiver davantage, celles qui me tentent le plus. Je pense avoir atteint un équilibre acceptable (en utilisant quand même mes trois jokers) mais j'ai de toute façon droit à quelques changements en cours d'année.

A Aaronovitch Ben, Murmures souterrains, Le dernier apprenti sorcier T3 (Urban Fantasy)
B Bishop Anne, Gris Présages, Meg Corbyn T3 (Fantasy)
C Chambers Becky, L'Espace d'un an (SF)
D Dau Nathalie, Le Chaudron brisé (Fantasy)
E Ebory Élisabeth, La Fée la Pie et le Printemps (Fantasy)
F Faye Estelle, Un Éclat de givre (Fantasy)
G Goldstein Lisa, Sombres cités souterraines (Fantasy)
H Holzl Ariel, Belle de gris (Fantasy)
I Illiano Rozenn, Tueurs d'anges (Fantasy)
J Joyce Graham, Comme un conte (Fantastique)
K Kress Nancy, Le Nexus du docteur Erdmann (SF)
L Léourier Christian, Sitrinjêta (SF)
M McDonald Ian, Luna (SF)
N Gaiman Neil, L'Océan au bout du chemin (Fantastique) Joker
O Bruneau Ophélie, Mort sur la baie, Ana l’étoilée 3 (Urban Fantasy) Joker
P Priest Christopher, Le Prestige (fantastique)
Q Queyssi Laurent, Allison (Fantastique)
R Reynolds Alastair, La Terre bleue de nos souvenirs, Les Enfants de Poséidon T1 (SF)
S Singh Vandana, Infinités (recueil)
T Tixier Nicolas, Opération Sabines (Fantasy)
U Le Guin Ursula, La main gauche de la nuit (SF) Joker
V Vinge Vernor Rainbows End (SF)
W Walton Jo, Les Griffes et les Crocs (Fantasy)
X Bal masqué (Anthologie)
Y Yarbro, Ariosto Furioso (Fantasy)
Z Zelazny Roger, Le Songe d'une nuit d'octobre (Fantasy)

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