vendredi 11 mars 2016

Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie

Un ouvrage publié chez Mnémos et composé par le Collectif Jadis (c'est mieux expliqué sur le site de l'éditeur que je ne pourrais le faire moi-même).


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jadis




Présentation de l'éditeur :


UNE VILLE INFINIE


JADIS, un monde urbain où se succèdent à perte de vue jardins, ruines et palais à l'architecture fantasque inspirée de la Renaissance...


JADIS, la cité aux mille vies où chacun peut défier Dame Fortune, tisseuse du destin, pour gravir la Pyramide des Fanfreluches.


En ce jour, Maestro, le célèbre artiste, a convoqué trente plumes des plus affûtées. Son défi : que chacune narre la plus extraordinaire et la plus mouvementée des aventures qu'il lui ait été donné de vivre !


UN JEU LITTERAIRE


Charlotte Bousquet, Mathieu Gaborit, Régis Antoine Jaulin et Raphaël Granier de Cassagnac ont choisi un personnage parmi les trente dessinés par Nicolas Fructus.


Ensemble, ils ont exploré pour vous JADIS.


Pendant un an, ils se sont livrés à un exercice passionnant, poussant loin l'écriture d'un récit à plusieurs mains. Ils ont échangé textes et illustrations, se sont lancé des défis et finalement rencontrés, pour jouer une pièce de théâtre ou se dire la bonne aventure.


De ces échanges est née l'histoire que raconte ce livre. Hommage vibrant aux inventions de Léonard de Vinci, aux récits picaresques de Don Quichotte, autant qu'aux mousquetaires d'Alexandre Dumas, JADIS compose une uvre de fantasy baroque, un livre-monde foisonnant et magnifiquement illustré, un récit aux personnages inoubliables.


4 récits haletants et originaux dont une pièce de théâtre !


Plus de 100 illustrations dont les 22 lames du tarot de Dame Fortune !



"Ami, que tu sois majestès ou hypocritès, ta place dans la Pyramide est déterminée par le fil que Dame Fortune tisse pour toi sur son rouet. S'il vient à se rompre, elle le teindra à nouveau et le remettra sur son ouvrage. Tu reviendras toujours, différent et oublieux de ta vie passée, après autant de petites morts. À moins que tu ne croises la route d'un sieur, et qu'il ne brûle ton fil à jamais..."


Il est vraiment très difficile de parler de cet ouvrage à la fois magnifique et pluriel. Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie est un livre-univers, décrivant un monde fascinant dans ses moindres détails. Celui-ci prend des allures mythiques, ou en tout cas semble largement nourri de mythologies et de littératures plus que familières. Il a toutefois sa propre personnalité ainsi que son symbolisme qui le rend très évocateur. Connu et inconnu s’entrelacent et créent une impression troublante, comme un rêve en train de s’échapper.
Cependant, Jadis est aussi un récit de destins entremêlés, une intrigue globale aux multiples ramifications. Les personnages en sont les voix. Ils se croisent, s’éloignent, se rejoignent, chacun dévoilant de nouvelles facettes de l’histoire. Les personnages principaux étant chacun écrits par un auteur différent, le lecteur peut apprécier une diversité de styles qui ajoute encore à l’immersion dans cet univers complexe et rend la lecture plus vivante.
Mon protagoniste préféré est Desiderio, à cause de ses ressemblances avec Cyrano, mais tous sont passionnants. On ne s’ennuie pas une minute dans leur sillage.
L’ouvrage est constitué de feuillets épars dans lesquels les héros content leur quête personnelle. Ils sont liés par un événement dont ils ne sont pas sûrs de comprendre l’origine ni le but, mais aussi confrontés à leurs propres démons. En suivant leurs aventures, on découvre la cité de Senanq, mais aussi le monde jadisien dans le détail.
Un lexique très complet se trouve en fin d’ouvrage. J’ai, pour ma part, préféré le lire une bonne fois pour toutes que de devoir y revenir sans cesse en cours de lecture. Mais on peut tout à fait suivre sans avoir envie de chercher la moindre référence.
Le récit est organisé en carnets. Les changements de personnages, et donc de fils narratifs, entretiennent le suspense. Cependant, on peut aussi choisir de lire les récits de chaque protagoniste séparément avant d’en venir à la scène finale et l’épilogue. Des notes permettent de remettre tous ces passages dans l’ordre et de les suivre chronologiquement si on le souhaite. Je suis fainéante, je me suis contentée de suivre l’ouvrage de façon linéaire et je ne m’en plains pas, les ruptures temporelles ou narratives ne me gênent pas, bien au contraire. J’ai toutefois apprécié qu’il soit possible de découvrir cette histoire de multiples façons.
L’intrigue est prenante, tissée de meurtres (or, en Jadis les meurtres peuvent avoir plusieurs dimensions) et de mystères. Qui est l’ennemi ? Qui est l’instigateur de tout cela ? Est-ce une manipulation de l’Optimate Maestro, ou bien un simple motif picaresque de Dame Fortune sur sa tapisserie ?
Les illustrations sont magnifiques et très travaillées. Elles ne sont pas qu’un décor et sont parfaitement intégrées au récit. Elles sèment des indices, elles sont aussi importantes que les mots avec lesquels elles forment une fresque grandiose.
La finesse avec laquelle les auteurs et l’illustrateur ont poli leur création est admirable. Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie est un ouvrage superbe et de très grande qualité, un vrai chef-d’œuvre dont je vous conseille chaleureusement la découverte. L’univers riche qu’ils ont tissé ferait une excellente base pour un jeu de rôle.

vendredi 4 mars 2016

La Stratégie des as

Un roman de Damien Snyers, publié chez ActuSF.
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Présentation de l'éditeur :

Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis... Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m'a proposé ce contrat juteux, je n'avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n'était pas qu'une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu'on m'a gentiment offert de force risque bien de m'éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j'ai sauté à pieds joints dans le piège. L'amour du risque, je vous dis. Enfin... c'est pas tout ça, mais j'ai une vie à sauver. La mienne.

Damien Snyers est un jeune auteur belge. Il signe avec La Stratégie des as un premier roman nerveux, mélange réussi de fantasy et de steampunk, dans la plus pure tradition des films de casse.
Roman de Fantasy autant que d’aventures, La Stratégie des as nous offre une histoire de voleurs comme on les aime. On a des personnages pleins de ressources, une pierre précieuse à la réputation magique, des plans ingénieux, des méchants particulièrement sournois et du suspense. Que demander de plus ?
James est un elfe sans le moindre scrupule. Il vit de petites arnaques et de vols sans grande envergure avec ses acolytes, jusqu’à ce qu’on leur propose un coup qui pourrait changer leur vie. D’emblée, James se laisse séduire par la rétribution pécuniaire et s’engage sans même demander l’avis de ses complices. Il aime le risque, seulement ce travail va se révéler bien plus dangereux et délicat que prévu. C’est un plaisir de suivre tous les préparatifs du vol, autant que de voir se dévoiler petit à petit ce qui se trame dans l’ombre.
Les personnages sont vraiment intéressants. Si James est celui qu’on apprend le mieux à connaître, étant donné qu’il est le narrateur, il distille suffisamment d’informations sur ses compagnons pour qu’on comprenne leur situation. On se rend vite compte que Jorg et Élise n’ont pas eu trop de chance dans leur vie ni la possibilité de faire beaucoup de choix. Cependant, James est différent. Tous assument leur vie de criminels, mais lui semble en outre l’apprécier. Il est arrogant, égoïste, pourtant on se prend à l’aimer, à vouloir qu’il gagne, car l’affection qu’il porte à ses amis laisse entrevoir un peu de bonté dans sa personnalité retorse.
Ce roman se lit très vite, il est certes court, mais surtout très agréable. Même pendant la préparation du vol, on ne s’ennuie pas, bien au contraire. Et puis James est un narrateur à la parole vive, son franc-parler le rend attachant. J’ai aussi beaucoup aimé les titres des chapitres pastichant des œuvres célèbres. C’est le genre de détails qui m’amuse et me séduit toujours.
Par contre, la quatrième de couverture nous promet un peu de Steampunk, or je le trouve très anecdotique. On se rend compte bien vite qu’on est en terrain uchronique, toutefois ce n’est qu’un décor de fond, pas du tout exploré. C’est dommage, ce monde semble vraiment très différent du nôtre, malgré des mythes religieux communs. J’aurais bien voulu savoir ce qui l’a fait diverger à ce point… Ceci dit, malgré la curiosité que cela éveille, l’intrigue ne souffre pas de ce manque d’informations.
Les derniers chapitres sont chargés de suspense et d’adrénaline. J’ai adoré cette fin. Cependant, l’auteur n’en reste pas là et nous propose ensuite une nouvelle concernant un personnage que l’on a rencontré en cours de route. Il n’y avait pas de place dans le roman pour l’histoire de Mila, mais j’ai été ravie de pouvoir la connaître, savoir comment elle-même s’était trouvée embringuer dans cette histoire. Ce bonus est particulièrement bien vu.
La Stratégie des as est un chouette roman, une belle découverte. J’aurais volontiers passé un peu plus de temps dans cet univers.*

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
- Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

mercredi 2 mars 2016

Les Oiseaux de lumière

Un roman de Jean-Marc Ligny, réédité chez ActuSF.


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Présentation de l'éditeur :


Dans l’espace volent les majestueux et intrigants oiseaux de lumière. Qui sont-ils, d’où viennent-ils ? C’est pour percer leur mystère que le célèbre baroudeur Oap Täo se lance à leur poursuite, en compagnie de Frieda Koulouris, qui espère bien faire de ces créatures le sujet de son prochain divertissement... Accompagnés de la mystérieuse Hu-Reï, ils s’engagent dans un voyage qui les fera se confronter aux dangers de l’espace... et à eux-mêmes.


Indisponible depuis trop longtemps, ce roman voit de nouveau le jour après son Prix Tour Eiffel 2001. Il se déroule quelques années après La Saga d’Oap Täo et peut se lire indépendamment. Jean-Marc Ligny y signe une science fiction délicieuse, porteuse de questions, dans la lignée de romans comme Inner City et AquaTM. Un space opera sensuel et rock ‘n’ roll autour de l’altérité, comme on en rencontre rarement.



Ce roman s’inscrit dans le cycle Chroniques des nouveaux mondes, mais il peut se lire indépendamment.


Les Oiseaux de lumière est un roman space op’ qui commence à toute allure. On y rencontre (ou retrouve, c’est selon) Oap Täo, contrebandier célèbre de la Voie lactée, contraint pour se renflouer d’accepter un travail qui ne l’emballe guère : traquer un oiseau de lumière pour le compte d’un « oligarche ». Autant le dire tout de suite, les ennuis ne font que commencer pour le vieux baroudeur, il n’a pas la moindre idée de l’histoire tortueuse dans laquelle il met les pieds.
La première partie du roman est très fun et enlevée, pleine de jeux de mots, de références, de retournements de situation et de poursuites interstellaires. On ne s’ennuie pas un seul instant. Et puis Oap Täo est un personnage sympathique, l’archétype même du vieux pirate à la moralité élastique mais au grand cœur que l’on apprécie toujours. Cependant Oap Täo n’est pas vraiment le personnage central, même si son rôle reste important et c’est là que mon avis commence à se mitiger.
Frieda Koulouris, l’une de ses vieilles connaissances, entre vite en scène. Je l’ai appréciée au début. Femme de tête, mais idéaliste. Elle a les pieds sur terre (ou plutôt sur Rigil-K) mais n’a pas pour autant renoncé à tous ses rêves. Seulement Frieda aime bien atermoyer sur ses propres désirs, elle les analyse beaucoup. Vraiment beaucoup. Au début ça passe, avec l’humour ambiant, le mystère qui entoure les oiseaux de lumière et la traque échevelée dont les personnages sont l’objet, mais au fur et à mesure que ces sujets sont éclairés ou trouvent leur conclusion, les histoires de cul et de cœur de Frieda ainsi que de ses comparses deviennent vraiment soûlantes.
Le lecteur, qui est loin d’être naïf, a compris bien avant eux où on l’emmène. Il s’y dirige pépère, sur les petites routes de campagne, et il apprécie le paysage qui est pour le moins exotique. Ce n’est pas désagréable, même si ça reste un peu superficiel, mais au bout d’un moment ça réveille le gamin qui demeure en chacun de nous et qui a envie de secouer l’épaule du parent qui conduit pour lui demander : « quand est-ce qu’on arrive ? »
La première partie du récit, celle qui est typique du roman d‘aventure, passe en un éclair, mais ensuite on passe à un second niveau de lecture, plus onirique, métaphysique, voire même mystique. Cela peut plaire, mais personnellement je ne suis pas cliente. Le contraste entre les deux n’a pas aidé. Le temps est devenu très long, ce que la situation des personnages, qui sont eux-mêmes englués dans l’attente, n’a fait qu’amplifier.
Les Oiseaux de lumière est un roman sympa, mais qui manque de consistance. Il laisse un peu perplexe, comme si on avait lu à la suite deux histoires différentes, mais comportant les mêmes personnages. C’est une impression voisine de celle que l’on a lorsque l’on s’est endormi en lisant et qu’on a fait un rêve délirant lié au bouquin qu’on parcourait. C’est assez spécial. La fin peut, en outre, laisser un goût d’inachevé, même si ce n’est pas forcément dérangeant pour tout le monde.

vendredi 26 février 2016

Challenge à la recherche de Faerie

Le Petit Peuple et la féerie font partie de mes sujets de lecture favoris. Ce n'est pas raisonnable, mais je n'ai pas pu résister à ce challenge organisé par Meli du Bazar de la Littérature (suivez le lien pour le billet d'origine. Vous y trouverez toutes les précisions nécessaires ainsi qu'une liste de suggestion de lectures).
Si les livres sont bien entendu au centre de ce challenge, les autres supports ne sont pas exclus. Vous pourrez parler d'art, de séries, de films, etc.


Le challenge se déroulera du 1er mars 2016 au 28 février 2017.


Cinq niveaux ont été définis :
Troll : aucun palier, vous vous lancez comme ça, au feeling.
Farfadet : de 1 à 5 livres.
Leprechaun : de 5 à 10 livres.
Kelpie : de 10 à 15 livres.
Ondine : plus de 15 livres.


Je ne surprendrai personne en assumant ma nature de Troll. :P


Si le cœur vous en dit, rejoignez-nous sur les chemins de Faerie. Ce challenge promet de belles découvertes !


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vendredi 12 février 2016

Les Neiges de l'éternel

Un fix up de Claire Krust, publié chez ActuSF.


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Présentation de l'éditeur :


Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.
Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.


Jeune lilloise, étudiante en métiers de la rédaction, Claire Krust signe ici un premier roman envoûtant, cruel et poétique.



Les Neiges de l’éternel est un fix-up en cinq parties, comme une suite de tableaux partageant ambiance et personnages. Elles s’apparentent à des nouvelles qui peuvent tout à fait se lire séparément, mais composent ensemble un puzzle élégant, bien qu’incomplet en quelque sorte. Elles ne sont pas présentées de façon chronologique et chaque partie se focalise sur un personnage différent. Les unes et les autres se recoupent, mais laissent des zones d’ombre dans l’histoire globale.
L’action se déroule toujours en hiver, saison des mystères et de l’introspection. Les personnages semblent souvent très seuls, coupés du monde, même quand ils sont entourés. Ils nous sont présentés à un moment clé de leur existence, le récit se recentre alors sur eux. On a pu ou non les rencontrer auparavant dans d’autres chapitres, à d’autres époques, mais ils nous apparaissent différents selon qu’ils sont vus par d’autres ou que l’on partage leurs sentiments quand l’histoire se focalise sur eux. Ils évoluent beaucoup tout au long de l’ouvrage. Il faut dire qu’il y a un siècle d’écart entre l’événement déclencheur et sa dernière conséquence connue. Seule la dernière partie m’a semblé un peu convenue, tout en restant néanmoins agréable à lire.
Dans ces récits, Claire Krust instille un fantastique diffus, presque du réalisme magique. Elle a su créer une histoire de fantôme très intéressante, sur fond de saga familiale dans un Japon féodal fantasmé. Les personnages ne sont pas forcément attachants, car souvent très égoïstes, mais on ne peut s’empêcher de s’inquiéter de leur devenir, d’espérer une alternative plus heureuse ou tout simplement plus humaine. Ils sont très bien construits, on ressent leur humanité, leurs forces comme leurs faiblesses.
J’ai beaucoup aimé la forme morcelée de la trame ainsi que le fait qu’on soit plus dans le ressenti que dans l’action. L’ambiance douce-amère, presque cotonneuse alors que l’on se laisse imprégner de l’hiver qui règne dans ces nouvelles, m’a séduite. Le récit est lent, presque contemplatif, mais prenant.
Par contre, j’ai été très agacée par les coquilles : des mots qui manquent, des « si tenté » à la place de « si tant est », etc. Cela mis à part, j’ai passé un très bon moment avec Les Neiges de l’éternel.


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CRAAA


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
- Un livre SFFF se passant en Orient

vendredi 5 février 2016

Fêlures

Un recueil de nouvelles de Rozenn Illiano.
Disponible auprès de l'auteur en numérique et en papier, ou sur TheBookEdition en impression à la demande.


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Ce n’est pas tant la nostalgie qui guide ces mots, mais bien quelque chose qui s’apparente plus à une blessure ancienne, de celles qui s’imposent à vous dès que le temps change, qui font vriller vos os sous l’humidité de l’air ou la tension des tempêtes. Je crois que c’est pour cela que je guette, à la fin de l’été, le moment où les journées raccourcissent. Parce que le jour se couche tôt, parce que la nuit s’empare du paysage alors que le soir n’a pas encore sonné. Un rythme d’ailleurs, un rythme d’autrefois posé sur les méridiens du Pacifique. Si j’attends la venue de l’automne et la promesse de l’hiver, c’est pour rejeter en bloc la chaleur et le soleil. Pour noyer dans le froid ces souvenirs doux-amers de jour mourant, de montagnes baignées d’orage. — La Boussole


Huit nouvelles parcourues de failles et de rêves sans issue, d’inévitables séparations et de retrouvailles au pied des tombes.


Ce livre comprend huit nouvelles qui ont été préalablement publiées dans le recueil Le Rêve du Prunellier (Unseelie Éditions, indisponible), ou sur Onirography.com et Wattpad. Elles ont été revues et corrigées pour la présente édition. Ce faisant, ces nouvelles ne sont pas inédites. Pour en savoir plus, rendez-vous sur la page du livre.



Sommaire :
- Échos du froid
- Poe
- Le corbeau et l’écrivain
- Amélia des Tours
- L’attrape-rêves, L’attrape-rêves – 1
- Un parfum de pluie et de rouille, L’attrape-rêves – 2
- La Boussole, L’attrape-rêves — 3
- Souvenirs d’encre


Ma première lecture des écrits de Rozenn Illiano s’est faite avec Le Rêve du Prunellier, un recueil que j’ai vraiment beaucoup aimé. Ce fut donc avec plaisir que j’ai ouvert son dernier ouvrage, recueil de nouvelles également, dans lequel j’ai retrouvé certains textes du Prunellier, retravaillés et parfois assez différents des originaux, ainsi que de nouveaux récits.
Le style de Rozenn est toujours aussi délicat. Elle entremêle Fantasy douce et Fantastique avec sensibilité et poésie. On est dans le ressenti, le sensoriel. Pris individuellement, ce sont de beaux textes, mais il est dommage d’en découvrir certains sans le contexte créé par Le Rêve du Prunellier. En lisant ce recueil, on ne peut qu’approcher superficiellement l’univers, vaste et réfléchi, de Rozenn. Sans Layla des Tours, La Forêt d’Adria ou encore D’hiver et d’ombres – pour ne citer que ceux-ci – on ne réalise pas que ces récits s’imbriquent et forment une trame complexe. Amélia des Tours est probablement celui qui pâtit le plus de leur absence, alors que Poe, en sa qualité d’hommage, juste en lisière de la trame principale, était déjà un peu à part et se lit très bien seul.
Dans Fêlures, l’ambiance est douce-amère. Échos du froid donne le ton. Ce texte que j’aime énormément propose une suite à La Reine des Neiges d‘Andersen. J’apprécie son ambiance presque déliquescente, les dernières illusions qui se délitent dans un monde hivernal.
Poe ainsi Le corbeau et l’écrivain forment en quelque sorte un diptyque. La première laisse flotter un peu d’espoir quand la seconde n’est que noirceur. Ce sont deux magnifiques textes. On n’a pas besoin d’être lecteur d’Edgar Allan Poe pour les apprécier, ceci dit ça reste un plus.
Vient ensuite le cycle de l’attrape-rêve, plus onirique – forcément – et peut-être aussi plus personnel. J’ai été un peu moins touchée par ces textes, un brin trop lyriques pour moi. J’avais préféré la première version d’Un parfum de pluie et de rouille. Par contre, La Boussole m’a laissée une forte impression, il m’a beaucoup plu.
Le Dernier texte enfin, Souvenirs d’encre, a un thème assez classique, mais je l’ai néanmoins trouvé plaisant, surtout dans ses mises en abyme.
Rozenn Illiano est une rareté dans le paysage littéraire actuel de la SFFF, un auteur à découvrir si ce n’est déjà fait.


Découvrez également les avis d'Acr0 et de Chani.


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CRAAA


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- Un recueil de nouvelles SFFF

samedi 30 janvier 2016

Plaguers

Un roman de Jeanne-A Debats publié chez l'Atalante.

plaguers
Présentation de l'éditeur :

La terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Seul atout de l’humanité : les réacteurs Alyscamps qui puisent l’énergie dans les dimensions non exprimées de la réalité.
Dans ce monde les adolescent sont victimes d’une étrange maladie, la Plaie, qui les rend capables de créer ex nihilo, semble-t-il, toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.
Le monde les rejette.

Quentin est un Plaguer, sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées partout où elle passe. Ils se rencontrent lors de leur incarcération dans la Réserve parisienne…

Chez Jeanne-A Debats, aucune crainte des ambiguïtés de la nature humaine, aucune inhibition quant à notre évolution. Une vraie rencontre de l’émotion et de la raison.
L’action de Plaguers se situe environ un siècle après le nôtre. Ce qui reste de la couche d’ozone ne filtre plus suffisamment les rayons du soleil, les humains doivent porter des masques dehors et oxygéner leurs habitations, la flore est moribonde, les animaux ont quasiment tous disparus… Et sur cette planète en pleine déliquescence des adolescents mutent subitement, sans qu’aucune thérapie génique ne puisse restaurer leur ADN. Ils sont affligés de ce qu’on appelle la Plaie, un pouvoir sur les éléments ou le vivant, les effets diffèrent selon l’individu. Est-ce un don ou une malédiction ? Cela reste à voir.
Comme toujours, quand l’humanité ne comprend pas, elle rejette ce qui est différent. Ces adolescents, à défaut de pouvoir être éradiqués car trop nombreux, sont relégués dans des réserves. Plaguers nous conte l’histoire de ces jeunes par la voix de Quentin, un plaguer qui fait naître des sources. Extirpé de force de son milieu privilégié, il va devoir s’adapter, trouver sa place parmi ses camarades et surtout grandir.
J’ai lu ce roman à toute vitesse, les chapitres courts m’y ont aidée, mais j’étais surtout prise dans l’histoire. Jeanne-A Debats a une façon de raconter qui me fait toujours cet effet. Le fait que je me sente proche de ses personnages y est probablement pour quelque chose, mais j’aime aussi beaucoup son style. Et puis l’intrigue est vraiment prenante.
Plaguers est un roman d’apprentissage, avec tout ce que cela implique. Les personnages se cherchent, se découvrent. Je me suis passionnée pour leurs destins et attachée même aux plus exaspérants. Ce sont leurs failles, réelles, plausibles, qui les rendent ainsi. Ils sont réfléchis, bien construits. Ça fait du bien pour une fois de ne pas tomber sur des caricatures d’adolescents. Et même si on les voit évoluer derrière le filtre du regard de Quentin, ils offrent différents points de vue sur leur société.
J’ai aimé découvrir la vie en communauté au sein de la réserve. Elle semble au départ en totale anarchie. À mesure que Quentin prend ses marques, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Cette organisation m’a semblé un peu trop idyllique par moment, je me demandais comment elle pouvait tenir debout, surtout avec autant de jeunes, qui plus est nantis de pouvoirs parfois dévastateurs. Je m’en suis méfiée aussi, c’est dans ma nature… Pourtant j’ai aimé cet endroit, je m’y serais presque sentie à la maison.
Si comme moi vous avez été nourris aux comics et à la SF dès l’âge le plus tendre, vous pensez peut-être que l’idée de départ est plutôt convenue. Les X-men, tout ça, tout ça… Bref. Non, ce n’est pas le cas. L’auteur a su insuffler de l’originalité à son récit. C’est très loin de ce que l’on pourrait en attendre en se fiant au résumé.
Cela donne à réfléchir sur l’humanité et son devenir. Malgré les épreuves que subissent les personnages, j’ai trouvé ce récit empreint d’espoir et de tendresse. Cette lecture m’a laissé un sentiment de nostalgie et je pense qu’elle continuera longtemps de me trotter en tête.

sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
- Une œuvre de SF écrite par une femme.
- Lire un livre de cli-fi (climate fiction). Ou éco-fiction (pour écologie fiction).
- Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste.