lundi 11 avril 2016

Bienvenue à Valnuit

Valnuit

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Bonsoir chers auditeurs.


Pour commencer, on m’a demandé de lire cette brève déclaration :


Le conseil municipal annonce l’ouverture d’un parc à chiens aux coins des rues Lecomte et Couchant, près de Chez Raphael. Il souhaite rappeler à tous que les chiens ne sont pas autorisés à entrer dans le parc à chiens.
Les gens ne sont pas autorisés à entrer dans le parc à chiens.


Il est possible que vous aperceviez des Figures Encapuchonnées dans le parc à chiens.
Ne les approchez pas.
N’approchez pas du parc à chiens.
La clôture est électrifiée et extrêmement dangereuse.
Essayez de ne pas regarder en direction du parc à chiens et, tout particulièrement, ne regardez pas, sous aucun prétexte, en direction des figures encapuchonnées.
Le parc à chiens ne vous fera aucun mal.



Bienvenue à Valnuit est l’adaptation française, produite par un groupe de bénévoles, d’un podcast américain créé par Joseph Fink et Jeffery Cranor. Vous pouvez l'écouter ou le télécharger ici.
C’est en voyant la sortie du roman dérivé, Bienvenue à Night Vale, chez Bragelonne que je m’y suis intéressée. Je suis tombée un peu par hasard sur la version française, c’est pourquoi je l’ai écoutée en premier. Elle est de qualité. Je n’attendais rien de spécial, mais ça m’a beaucoup plu.


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Ces podcasts sont sous forme d’émissions radiophoniques, toutes animées par Cecil – Émile en français – sur la radio communautaire d’une petite ville perdue dans le désert.
Le quotidien à Valnuit est tout sauf ordinaire. Cecil/Émile enchaîne les récits, avec nonchalance ou véhémence, cependant même les sujets les plus anodins glissent vers l’absurde, le comique, parfois l’effroi. Rien n’est linéaire ou couru d’avance à Valnuit.
On passe par beaucoup de stades en écoutant ces émissions. J’en apprécie l’humour grinçant et les multiples références littéraires ou audiovisuelles, comme celles à Lovecraft ou Twin Peaks.
À Valnuit, toutes les théories du complot sont réelles. La mairie entretient une police municipale perpétuellement à l’affût, la dirigeante du journal local (auquel l’abonnement est obligatoire) a récemment décidé qu’une édition imaginaire pourrait faire l’affaire et la chambre de commerce vient de construire une superbe marina avec les fonds publics… dans le désert, je le rappelle.
Franchement, qui n’a pas envie de séjourner à Valnuit ?
Que vous choisissiez la VO ou la VF, c’est un podcast à écouter absolument.


Ceci est un message de notre sponsor :
Gloire au nuage luminescent !


Merci de votre attention.

dimanche 10 avril 2016

Avril et le monde truqué

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Avril et le monde truqué est un film d’animation, fruit d’une coproduction française, belge et canadienne. Il a été réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares. On doit le scénario à Franck Ekinci, Benjamin Legrand et Jacques Tardi. L’univers graphique a été imaginé par ce dernier.
En bonne trentenaire, j’ai beaucoup apprécié cette animation à l’ancienne. Les décors sont très travaillés et la colorisation superbe. Les personnages, quant à eux, sont évidemment très proches de la bande-dessinée. J’ai lu beaucoup de critiques à ce sujet et cela m’exaspère. À ceux qui trouvent La Reine des neiges plus réaliste, allez vous pendre, on en discutera après.
Bref…
Cet anime met en scène un monde ucrhonique et steampunk, partant du postulat que Napoléon III est mort à la veille de la guerre contre les prussiens, changeant ainsi l’avenir de la France. Mais ce n’est pas tout… Les plus grands savants de l’époque sont mystérieusement enlevés un à un au fil des ans. Le progrès freine, puis stagne. Le charbon est encore l’énergie principale. Il occasionne pollution et guerres. Les quelques scientifiques qui n’ont pas été enlevés sont réquisitionnés par l’État pour créer de nouvelles armes. La famille d’Avril, qui n’est pas étrangère à l’événement déclencheur de cette uchronie, se cache donc pour continuer ses expérimentations et échapper à la fois à l’État et aux kidnappeurs, mais reste au centre de toutes les attentions.
Avril et le monde truqué est vraiment un joli film d’animation. La rêveuse que je suis a adoré les engins steampunk que les personnages empruntent au fil de leurs courses poursuites. Visuellement, c’est très réussi et on se laisse emporter, malgré le scénario très prévisible. On court beaucoup dans cette histoire… Cependant, certains personnages sont très attachants. J’ai particulièrement aimé Darwin, le chat qui parle, et Pops le grand-père d’Avril, brillant et débonnaire. Il est d’autant plus sympathique que Jean Rochefort lui prête sa voix. Et puis il y a Rodrigue et Chimène, qui m’ont quand même bien fait rire…
J’ai passé un bon moment avec cet anime, mais malgré tout quelque chose me gêne un peu. Il défend des valeurs scientifiques qui ne me conviennent pas. Vous me direz, ce n’est qu’un dessin-animé… Justement, ils sont faits pour les enfants. Quelle image de la science souhaitons-nous leur transmettre ? J’aurais préféré plus de nuance dans le propos. Mais bon, chacun est libre de se faire sa propre opinion…
Cet anime reste à voir pour tous les amateurs de Steampunk, mais n’attendez pas trop de l’histoire.

jeudi 7 avril 2016

Alouettes, Testaments T2

Un roman de Jeanne-A Debats, publié chez ActuSF.

Vous pouvez également consulter mon avis sur le premier tome : L'Héritière.

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Présentation de l'éditeur :

Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette. Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités.

Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang...
Je me suis précipitée sur ce roman avec enthousiasme, prenant plaisir à retrouver Agnès, telle une vieille connaissance qu'on croise de loin en loin. Mais j’étais surtout alléchée par le résumé de l’éditeur que je trouvais très prometteur. Mes attentes étaient grandes et ne furent pas déçues. Jeanne-A Debats nous a concocté une intrigue audacieuse et loufoque, tissée avec autant de soin que d’intelligence. Elle a de la suite dans les idées, c’est le moins qu’on puisse dire ! On ne s’ennuie jamais avec elle. J’adore son humour, qui peut se révéler aussi rentre-dedans que subtil et spirituel. Cela faisait longtemps que je n’avais pas autant ri en lisant… Toutefois, il ne faut pas s’y tromper, l’humour reste au service de l’histoire qui est, quant à elle, excellente.
J’aime le théâtre shakespearien, ceci dit Roméo et Juliette n’est pas ma pièce préférée, loin de là. Grâce à Alouettes, je la verrai autrement désormais. L’auteur a su se servir de ce terreau fertile, que ce soit dans les grandes lignes ou le détail, pour créer un récit jubilatoire. Les références littéraires – de tout bord – abondent, à ma grande joie, relevant la saveur de l’intrigue. Je m’en suis délectée.
De surcroît, je ne le dirai jamais assez, j’apprécie l’originalité du contexte et des personnages mis en scène. L'auteur a choisi de nous décrire le quotidien d'une étude notariale au service des surnaturels. C’est une bouffée d’air frais dans le paysage actuel de l’urban fantasy ; ça change des détectives et autres flics chasseurs de démons. Agnès et ses collègues font partie intégrante de cet AlterMonde mais ne sont pas des justiciers, même s’ils ont le devoir de faire respecter un certain équilibre. Dans ce tome, leur tâche va être singulièrement compliquée. Autant dire que la pauvre Agnès, qui est la paléographe de l’étude, ne va pas passer son temps derrière un bureau à compulser de vieux papiers…
Trois années se sont écoulées depuis les événements de L'Héritière. Agnès a un peu changé, elle a mûri. Je me suis sentie plus proche d’elle. C’est une jeune femme pleine de contradictions, elle reste agaçante parfois, mais je l’aime beaucoup. Avec ses qualités et ses failles, elle est un personnage crédible et très contemporain. Elle tient à son indépendance chèrement gagnée et, si elle manque parfois d’à-propos, elle est loin d’être stupide. J’ai particulièrement apprécié les réflexions que lui prête sa créatrice quant à la condition féminine.
En filigrane, on en apprend un peu plus concernant les origines de la jeune sorcière ainsi que le passé de Géraud. Cependant cela reste anecdotique et je suis impatiente d’en savoir davantage.
Les personnages de cette série font indubitablement une grande partie de son charme et de sa richesse. On retrouve évidemment Navarre et c’est intéressant de le voir par le filtre du regard d’Agnès. Celle-ci, malgré le faible qu’elle a pour lui, reste assez lucide à son égard. Les personnages secondaires ne font pas juste de la figuration. Ils ont une histoire, une personnalité qui apporte de la couleur au récit. J’adore Zalia, qu’on voit un peu moins, mais qui est toujours aussi déjantée. Et… Non, je ne dirai rien à propos de mon préféré. Vous verrez.
Alouettes est encore meilleur que L’Héritière. Ce roman drôle, irrévérencieux et sortant des sentiers battus a été un ravissement d’un bout à l'autre. J’ai balayé d’un geste désinvolte les quelques petites invraisemblances qui m’ont fait tiquer sur la fin, parce qu’elles ne pesaient rien face à un tel plaisir de lecture. Et maintenant, j’ai le blues de la dernière page… Vivement la suite !

mardi 5 avril 2016

Inner City

Un roman de Jean-Marc Ligny.

La version publiée chez ActuSF dans la collection Hélios a été remaniée.
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Présentation de l'éditeur :

En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l'extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l'autre côté du périf, la révolte gronde. Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer...
ActuSF poursuit les rééditions des ouvrages de Jean-Marc Ligny avec Inner City, roman Cyberpunk originellement paru en 1996. Cette version a été retravaillée pour prendre en compte les progrès technologiques de ces vingt dernières années.
L’action d’Inner City se déroule dans un futur difficile à situer, mais qui ne doit pas se trouver bien loin de notre propre époque. Paris est coupée de la banlieue, devenue une zone de combat quasi permanent où règne la loi du plus fort, par une barrière qui grille sur place toute personne qui voudrait la traverser sans autorisation. La province, quant à elle, est désertée. Les dictatures fleurissent de par le monde dans l’indifférence générale. Il y a deux types de personnes dans Inner City : ceux qui sont connectés à MAYA et ceux qui ne le sont pas. Entre eux, le fossé se creuse.
MAYA est un vaste réseau virtuel par lequel tout passe, des appels téléphoniques à la livraison des courses, sans parler des jeux et de la vie, de plus en plus virtuelle, de la majorité des connectés. Les inners se perdent dans ce dédale, qu’ils nomment Haute-Réalité, et y laissent parfois leur raison. Kris est psychoriste, elle récupère et tente d’aider les inners en perdition. Cependant, au cours de ses incursions en réalité profonde, elle va être confrontée à un mystérieux tueur dont l’existence même est sujette à conjectures.
Dans ce roman on suit plusieurs personnages. Il incombe au lecteur de placer à mesure les pièces du puzzle. Qui est le tueur ? Comment la société « connectée » en est-elle arrivée-là ? A-t-elle conscience qu’elle ne tient qu’à un fil ? Je me suis plus intéressée à Alice, la grand-mère de Kris qui vit en Bretagne, et à son amie déjantée Betsy, ainsi qu’à Zora et sa bande d’outers en banlieue, qu’au devenir de Kris et Hang qui sont pourtant les personnages principaux.
Je vais être franche, les réalités virtuelles, intelligences artificielles et, de manière générale, les ouvrages qui traitent de l'immersion dans ces « réalités » ne sont pas du tout ma tasse de thé. De fait, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Je n’ai rien contre le Cyberpunk qui, à mon sens, est un genre amenant à la réflexion. Ici, il est question d’immersion dans les réseaux virtuels et de la capacité du cerveau à faire ou non la part entre ce qui est vrai ou pas, la vieille polémique sur la dangerosité des jeux vidéo, mais aussi de l’abrutissement des masses. Les inners deviennent totalement inaptes à la vie en-dehors de MAYA, ils en feraient presque pitié. Ils sont assistés en permanence, dépendant du réseau et des robots qui font tant bien que mal fonctionner leur société déliquescente. À côté de ça, les non connectés ont leur lot de problèmes. Tout dépend de MAYA, même l’électricité. Il n’y a plus de transports, sauf de marchandises… Il est devenu très difficile de survivre en basse-réalité. De ce point de vue, Inner City est intéressant, mais il ne s’agit que du contexte. L’intrigue principale un peu fouillis et le background pas suffisamment développé à mon goût m’ont fait traîner les pieds. J’ai fini par accrocher à cette intrigue au cours des derniers chapitres, quand les événements s’enchaînent de façon plus intense, mais c’était un peu tard.
La fin est ouverte, je commence à avoir l’habitude avec cet auteur et cela ne me gêne pas. Bien au contraire, j’ai cette fois apprécié de pouvoir me faire ma propre idée sur le devenir de certains personnages. Toutefois, il reste des zones d’ombre, des choses que je ne m’explique pas, comme le rôle de Max dans tout ça. Quelles étaient ses motivations et l’origine de son implication ?
J’ai beaucoup aimé la nouvelle bonus qu’on trouve en fin d’ouvrage car elle met en scène des personnages que j’apprécie et qui sont complètement décalés. Elle apporte un peu de légèreté après cette ambiance plutôt sombre et désenchantée.
Inner City m’a laissé une impression mitigée. Je n’étais sans doute pas dans le bon état d’esprit au moment de sa lecture. N’hésitez pas à me faire part de votre opinion, je serais assez curieuse de discuter de ce roman avec d’autres lecteurs.

dimanche 3 avril 2016

Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables

Un roman d'Annie Barrows publié chez Nil (bientôt disponible en poche).


Texte intégral lu par Claire Tefnin pour Audiolib.


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le secret de la manufacture de chaussettes inusables - annie barrows

 

Présentation de l'éditeur :


(J'ai pris le résumé de la version grand format, celui d'audiolib étant complètement à côté de la plaque...)


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Ce n'était pas le projet estival dont Layla avait rêvé.
Rédiger l'histoire d'une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines.
Et pourtant...


Été 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d'une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville.
L'été s'annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a... La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l'enfance... La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu'elle aimait... Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville.
De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l'existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.



J’avais apprécié Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates et j’avais besoin d’un roman tranquille, bien écrit mais reposant, à écouter en tricotant sans perdre des mailles à chaque rebondissement. Vous voyez le genre ? C’est ainsi que j’ai jeté mon dévolu sur Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables. Malheureusement, si outre le titre à rallonge (qui n’est dû qu’à l’éditeur français) il a bien les mêmes défauts que le précédent roman d’Annie Barrows, il n’en a pas les qualités.
Le Cercle est un roman tendre et lumineux, plein de bons sentiments parfumés à la guimauve, mais offrant l’assurance de passer un moment agréable. Même si on voit chaque événement arriver de loin, on a envie d’y croire un peu. Par contre, La manufacture force davantage le trait et perd ainsi toute vraisemblance. Je ne peux pas dire que ce roman est insipide, mais si je l’avais lu et non écouté, je ne suis pas sûre que j’aurais eu la patience d’en venir à bout.
Le début était pourtant prometteur. La narration plurielle est émaillée de courriers, ce qui en général me plaît bien. Le lecteur est propulsé en 1938 dans une petite ville de Virginie-Occidentale, à la rencontre d’une famille déchue de la bourgeoisie du cru. Ces gens recèlent bien des secrets, mais pas de quoi perdre une maille en route… J’avais choisi ce livre en connaissance de cause, néanmoins c’était trop superficiel, sans finesse, sans légèreté.
Cet été-là, lors de la préparation des festivités du cent-cinquantenaire de la petite ville de Macedonia, le statu quo qui règne chez les Romeyn, grâce à un mouchoir habilement jeté sur le passé, va être bouleversé par une fillette et une locataire un peu trop fouineuses. Willa a douze ans et commence à se rendre compte que les adultes lui cachent des choses. Layla en a vingt-quatre, n’est pas très futée, mais essaie de se faire une place dans son nouvel environnement. Cela aurait pu être chouette, mais c’est surtout très lent.
Chez Annie Barrows, les personnages sont caricaturaux. Quand je m’y attends, ça ne me gêne pas outre mesure, cependant c’était trop cette fois. Comme dans Le Cercle, nous avons en bordure d’intrigue quelques personnages fats et arrogants qui en deviennent comiques, mais ils ne parviennent pas à offrir au récit cette aura de loufoquerie qui excuse leur manque d’envergure. Les héros eux-mêmes ne sont pas plus plausibles. La plupart sont sympathiques de prime abord, mais peu le demeurent et la façon dont ils se comportent n’est pas toujours vraisemblable.
Layla est sans nul doute la moins crédible de tous. Elle passe de gamine gâtée superficielle à jeune femme autonome et intelligente d’un claquement de doigts. Elle se fait tout de suite à sa nouvelle condition et à son travail alors que, riche et choyée par ses parents, elle craignait la vie active comme s’il s’était agi d’une maladie vénérienne… L’auteur lui prête des élans de féminisme et de militantisme qui sonnent faux dans sa bouche et le personnage en lui-même est tout simplement aberrant. Le résumé la fait passer pour le personnage principal alors qu’elle reste dans l’ombre de Jottie et Willa, juste là pour remplir les blancs. Selon le besoin de l’intrigue, elle est soit brillante et indépendante, soit ingénue à la limite de la bêtise… Elle m’a exaspérée la plupart du temps.
Les autres sont presque tous des éléments de décor, sauf Willa et Jottie. Cette dernière, touchante et pleine de vie, est celle que j’ai le plus appréciée. Du moins jusqu’aux derniers chapitres… J’avoue qu’à ce moment je pensais surtout qu’il était temps d’en finir, l’histoire s’embourbait trop et versait vraiment dans le mauvais goût. Même Jottie commençait à perdre de sa cohérence… J’ai été déçue par cette fin qui se délite, trop facile, trop empruntée. Tout ça pour ça…
Pour finir, parlons un peu de la version audio. La lectrice grasseye beaucoup, ce qui donne un genre aux personnages qu’ils n'ont peut-être pas, et puis c'est agaçant à la longue. Ceci dit, je comprends sa difficulté à trouver suffisamment de façons différentes afin de marquer le changement de personnage. Cela mis à part, Claire Tefnin est une lectrice très agréable. J’apprécie souvent les audiolib pour la très simple raison que leurs lecteurs sont choisis avec soin. Ils n’en font pas trop (Le Hobbit reste l’exception), contrairement à d’autres qui parviennent à rendre le récit ridicule… (Vous avez déjà entendu des extraits des premiers tomes de Harry Potter ou du Trône de fer ? C’est pathétique…)
Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables est le genre de roman à lire lors des vacances estivales, quand on s’interrompt souvent et qu’on ne veut pas se prendre la tête. Ça peut être une bonne distraction. J’ai brossé un tableau assez négatif, pourtant je l’ai terminé et tout ne m’a pas déplu, même si je vais bien vite oublier cette histoire…

mercredi 30 mars 2016

Les 81 Frères

Premier tome des Chroniques de l'étrange de Romain D'Huissier, publié chez Critic.


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Présentation de l'éditeur :
Sous les néons de Hong Kong rôdent démons et fantômes. C'est le quotidien de Johnny Kwan, exorciste. Mais quand un richissime amateur d'antiquités fait appel à lui pour récupérer un manuscrit de sorcellerie volé dans de mystérieuses circonstances, il ignore que de la réussite de son enquête dépendra l'ordre de tout ce qui vit sous le Ciel. Atteint par la perte de son mentor Eric Tse,. illustre exorciste brutalement assassiné, Johnny, devra naviguer entre rois-dragons avides et triades vengeresses, mais également combattre ses propres démons.



Les Quatre-vingt-un Frères, premier tome des Chroniques de l’étrange, est un roman d’urban fantasy flirtant avec le polar, ce qui est assez typique. Ce qui l’est moins, c’est le décor. L’auteur nous invite à Hong Kong, à la suite de Johnny Kwan, un exorciste taoïste dont le rôle est de maintenir l’équilibre des forces. Sa vie serait plutôt simple s’il n’avait qu’à purifier les espaces chargés d’énergie négative, mais il est également aux prises avec les créatures mythiques qui ne parviennent, ou ne veulent, s’adapter et se fondre dans la société humaine.
Vous vous en doutez, Johnny ne manque jamais de boulot…
Ce premier tome est plaisant. Il trouve son originalité dans son background et dans la mythologie qu'il met en scène. L’auteur nous fait découvrir Hong Kong ainsi que diverses créatures dans le détail, mais sans tomber dans le piège classique du guide touristique. Néanmoins, l’intrigue manque un peu de relief.
Le déroulement de l’enquête est réaliste, tout comme celui des combats. Le personnage fait beaucoup de recherches. Le suspense n’est pas intense, cependant il se maintient jusqu’à la fin. On compte un peu sur la chance mais sans outrance. La magie ne résout pas tous les problèmes d’un claquement de doigts, ce que j’apprécie. C’est vraisemblable, mais plan-plan.
Johnny est le héros type, le chevalier blanc par excellence. Il est dévoué, généreux et courageux… Mais je ne l’ai pas trouvé attachant. Il est bien trop lisse à mon goût. Ceci dit, peut-être ferons-nous mieux sa connaissance dans les prochains tomes et gagnera-t-il un rien de ce charisme qui lui fait défaut.
J’ai apprécié la nouvelle bonus, sorte de préquelle, qui se trouve en fin d’ouvrage. Elle complète bien le récit et donne envie de suivre Johnny dans d’autres aventures, juste pour le plaisir de mieux connaître l’univers dans lequel il évolue.
Rencontrer des créatures surnaturelles auxquelles les romans d’urban ne nous confrontent pas souvent, voire jamais, m’a beaucoup plu. Ce roman est très dépaysant, c’est son point fort. Je lirai probablement la suite.


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
– Un livre SFFF se passant en Orient
– Le premier livre d’une série SFFF.

mercredi 16 mars 2016

L'Ours et la Colombe, Ana l'étoilée T1

Un roman d'Ophélie Bruneau, publié aux éditions du Chat Noir.

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Présentation de l'éditeur :
Ana Montañez au civil, Estrellada de mon nom de sorcière, je vis à Londres où j'exerce le beau métier de praticienne occulte.
Un contrat inattendu me tombe dessus alors que je voulais justement changer d'air : un dénommé Federico Ruiz, nouveau propriétaire d'une maison hantée à Madrid, fait appel à moi pour libérer le fantôme. Un client séduisant, le soleil de mon Espagne natale... Voilà la parenthèse dont j'avais besoin.
En théorie, je ne devrais pas court-circuiter ainsi les Sœurs de Diane, le cercle magique local ; encore moins sachant que ce sont elles, à l'origine, qui ont détecté mes pouvoirs. Pour un simple exorcisme, je peux me le permettre, je suppose. Qu'est-ce que je risque après tout ? Je connais mon métier. Mais les spectres madrilènes ont parfois la peau dure. Je crois que j'avais oublié à quel point.

Ana, dite l’étoilée à cause d’une tache de naissance, est une sorcière réfractaire au côté spirituel de son don. Elle le vit de manière tout à fait pragmatique et en a même fait son métier dans un monde pourtant proche du nôtre qui nie le surnaturel.
Dans ce premier tome, Ana retourne dans son pays natal pour exorciser un spectre. C’est l’occasion d’en apprendre un peu sur sa formation de sorcière et sur son coven d’origine qui, contrairement à elle, est dianique et trouve dans la pratique de la magie une résonnance spirituelle. Ces notions, qui me sont familières, me parlent et ont vite ferré mon attention.
L’Ours et la Colombe est un bon tome d’introduction, il permet de faire connaissance avec le personnage, sans pour autant délaisser l’intrigue principale qui, pour sa part, est agréable à suivre. Le contexte m’a plu, qu’il s’agisse de l’histoire du spectre comme du fait que l’action se déroule à Madrid. Et puis j’ai un faible pour les histoires de sorcières… Cela peut me rendre difficile à l’occasion, mais j’ai aimé Ana et son environnement. C’est une jeune femme moderne et énergique qu’il est plaisant de voir évoluer. Ni faible ni trop badass, elle rafraîchit l’image de la sorcière que l’on peut avoir en Urban ces derniers temps. Pas exempte de défauts, Ana peut sembler irréfléchie parfois, car trop sûre d’elle et fonceuse, mais est loin d’être une gourde. Il est aisé de s’identifier et de s’attacher à elle.
Évoquer l’intrigue de ce roman fort court sans trop en dire s’avère compliqué, néanmoins l’histoire personnelle du fantôme qu’Ana est venue libérer m’a serré le cœur. C’est classique, mais bien amené. Il y a bien quelques effets de manche sur la fin qui m'ont laissée dubitative, cependant rien qui rende le tout invraisemblable.
J’ai apprécié ce premier tome, mais je l’ai lu trop vite. Je suis plutôt curieuse de découvrir la suite des aventures d’Ana, j’espère d’ailleurs que ce sera à Londres, mais pour cela il va falloir attendre un peu…

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Le premier livre d’une série SFFF.