vendredi 14 février 2020

Des Mirages plein les poches

Un recueil de Gilles Marchand, publié chez Points.


Des Mirages plein les poches est un recueil composé de quatorze nouvelles. Le mot qui me vient le plus facilement pour les décrire n’est pas en français ; si je tente néanmoins de traduire ce qu’il m’évoque, je dirais qu’elles anesthésient votre esprit aussi bien que l’est celui des personnages. Poétiques et souvent dérangeantes, flirtant avec l’absurde et la folie clinique, ces nouvelles sont très bien écrites, mais pas forcément agréables à lire. Si certains textes m’ont émue, d’autres ont généré un malaise persistant, voire nauséeux. 
Le Fil, parfaite ouverture pour ce recueil, met le lecteur dans l’ambiance. Un brin de bizarrerie par-ci, un éclat de symbolisme par-là, c’est une mise en bouche qui dénote par rapport aux autres textes, tout en mettant en garde le lecteur. Les textes que vous trouverez dans ce recueil retricotent la réalité pour vous la montrer sur l’envers. En tricot, le côté envers n’est pas toujours joli à regarder, même s’il peut l’être autant ou même plus que l’endroit de temps en temps. C’est aussi là qu’on rentre les fils, qu’on cache ses erreurs et les petits aménagements qui font de l’endroit quelque chose de présentable. Pour moi, cela résume bien cet ouvrage.
Les personnages sont étranges, touchants, déroutants ou effrayants, ils font de la norme une idée creuse. Ils dérivent et jouent sur les perceptions, les leurs autant que les vôtres. Vous ne saurez pas toujours où vous mettez les pieds et vous trouverez parfois dans le dernier lieu que vous auriez aimé visiter. Pour autant, vous ne serez pas à l’abri d’une bonne surprise.
J’ai été particulièrement émue par certains textes, comme Un café et une guitare qui m’a bouleversée, ou encore Mon bateau, plus positif, qui parle de la poursuite des rêves malgré les écueils.
D’autres sont plus perturbants. Tel est le cas de Syllogomanie de proximité, dont la chute est excellente.
J’ai aimé l’humour caustique de We wish you, qui nous présente une mère décidée à créer un vrai Noël de série télé. Dans Rappel, j’ai suivi avec plaisir les flâneries mentales du personnage.
Cependant, ma nouvelle préférée, celle qui restera sans nul doute dans un petit tiroir de ma mémoire, est Deux demi-truites. Le narrateur est un jeune garçon qui voit la vie, et les difficultés de celle-ci, avec une sagacité tranquille. C’est un très beau texte, conté avec une grande intelligence.
On notera que j’ai eu une préférence pour les récits positifs et porteurs d’espoir, sans doute est-ce mon état d’esprit du moment. Cela explique l’avis mitigé que m’a laissé ce recueil car ce n’est pas ce qui prédomine dans ces histoires. Quelquefois, j’ai eu l’impression que le propos me passait au-dessus de la tête ou que je ne me sentais pas suffisamment concernée. Et de temps en temps j’ai eu envie de secouer mes chaussures pleines de boue à la fin d’un texte, sensation désagréable au possible, mais probablement voulue...
J’ai un faible pour les nouvelles. C’est pour moi le meilleur moyen de découvrir un auteur car c’est un format exigeant. Après cette lecture, je serais bien en peine de dire si je relirai un jour Gilles Marchand car l’expérience n’a pas été très convaincante, toutefois la qualité de son travail est indéniable. Si vous n’avez rien contre les récits doux-amers teintés de folie, faites-vous votre propre idée.

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