mercredi 17 juillet 2013

Les Lumineuses

Un roman de Lauren Beukes, publiés chez Presses de la Cité.




1931, Chicago. Traqué par la police, Harper Curtis, un marginal violent, se réfugie dans une maison abandonnée. A l'intérieur, il a une vision. Des visages de femmes, auréolés de lumière, lui apparaissent. Il comprend qu'il doit les trouver… et les tuer. Dans sa transe, Harper découvre que grâce à cette demeure, il peut voyager dans le temps. Débute alors sa croisade meurtrière à travers le XXe siècle : années 1950, 1970, 1990… D'une décennie à l'autre, il sème la mort sur son passage, laissant en guise de signature des indices anachroniques sur le corps de ses victimes. Mais l'une d'elles survit aux terribles blessures qu'il lui a infligées. Et va tout faire pour le retrouver.



Les Lumineuses est présenté comme étant un thriller fantastique. Il y a de ça, cependant, le surnaturel étant avéré, je l’aurais plutôt classé en Science-Fiction pour ma part. En effet, il est ici question de voyages dans le temps et, si au départ cela semble être un prétexte à l’intrigue policière, cet aspect surnaturel va prendre de plus en plus d’importance au fil du récit.
Ces multiples allées et venues qui s’étalent entre les années 30 et 90 se compliquent au fur et à mesure pour former une boucle temporelle complexe, à laquelle s’intègrent toutes les circonvolutions secondaires et qui me laisse quand même un peu dubitative. J’ai un certain mal à adhérer à ce cercle vicieux car il faut bien qu’il commence un jour. Mais quand ? Où ? Cela reste incertain. Ne croyez pas toutefois que l’auteur a bâclé son concept. Il se dévoile au fil des pages, amenant parfois le lecteur sur de fausses pistes pour mieux le remettre, au détour d’un chapitre, sur le bon chemin et lui offrir au final une explication concrète à ce phénomène. L’auteur a su trouver le bon dosage, elle propose sans trop nous en dire non plus. Ainsi, cela appelle à l’imagination tout en restant construit et cohérent. C’est extrêmement bien pensé. Mon problème est venu du fait que j’ai quelquefois du mal avec le concept même du voyage dans le temps, ses paradoxes, ou absences de paradoxes surtout. J’ai donc moins apprécié le dernier tiers du roman dans lequel tout cela prend de l’ampleur. Ceci dit, chacun percevra ce choix de l’auteur avec sa propre subjectivité.
Si ces boucles temporelles sont le canevas des Lumineuses, c’est la traque d’Harper qui le remplit et donne toute sa dimension ainsi que son suspense au récit. L’homme nous est présenté dès le début comme un psychopathe. Le désespoir dans lequel sont plongés les gens de son époque aurait pu faire illusion un moment le concernant, mais l’auteur ne cherche pas à nous cacher son instabilité. Au contraire, elle a choisi d’en jouer.
Harper a un but, une obsession : tuer les lumineuses. Si j’ai ma théorie sur la naissance de cette fixation, l’auteur ne développe pas vraiment le sujet. On sait juste que pour Harper ces femmes brillent horriblement. Elles l’attirent et forment entre elles une constellation qu’il n’a de cesse de relier par les objets qu’il vole à ses victimes enfants, mais aussi adultes au moment de leur mort, pour les déposer auprès des suivantes. C’est un cercle vicieux complexe que lui seul comprend vraiment.
Ces femmes sont toutes différentes, mais ont du caractère, une présence. On les voit peu pour la plupart, mais elles sont passionnantes. Or l’une d’entre elles a pu échapper au tueur et tient entre ses mains, sans le savoir, les fils qui la relient au reste de la constellation. Cette jeune femme, Kirby, est l’un des personnages principaux et c’est sa propre obsession, reliée à celle d’Harper, qui nous offre le deuxième axe narratif de ce roman. Elle veut comprendre et arrêter son agresseur. On ne peut que la comprendre…
Les chapitres sont courts, incisifs, centrés sur divers personnages. Le nom de celui que l’on va suivre est indiqué en début de chapitre, mais l’auteur ne se gêne pas pour brouiller les pistes car un personnage en amène toujours d’autres…. Le récit est écrit à la troisième personne et privilégie ainsi une immersion dans l’esprit de chacun qui, si elle reste légère car l’auteur ne cherche pas à décrypter dans le détail l’esprit des protagonistes, permet tout de même de s’attacher à certains et de comprendre leurs motivations à tous.
Au début, deux histoires semblent se dérouler chronologiquement, dans une narration en deux temps. Mais ensuite cela se complexifie. On suit Kirby à deux époques de sa vie et le nombre des personnages augmente tandis qu’Harper se balade sur le fil du temps, jusqu’à nous embrouiller un tantinet. L’intrigue est volontairement déstructurée et demande une certaine gymnastique mentale, pas trop épuisante non plus, mais qui met les nerfs à rude épreuve. On sait forcément que certaines choses vont arriver, comme on sait dès le départ qui est le serial killer. Cependant, avec une telle structure narrative, le stress monte et le lecteur cherche à se souvenir des détails pour relier les points entre eux. C’est ce fouillis permanent qui fait le charme d’une historie qui serait sinon assez banale (si on excepte également les voyages temporels et qu’on se concentre sur l’aspect thriller du récit). Si vous aimez les histoires linéaires, sincèrement ça ne va pas le faire. De même, si vous lisez beaucoup de thrillers et que vous recherchez de l’originalité, ce n’est pas non plus ce qu’il y a à retenir de ce roman.
Il est prenant pourtant, bien construit dans ses détours, l’auteur sait parfaitement où elle emmène son lecteur. Son point fort est indubitablement ses personnages, même s’ils ne sont que très sommairement brossés parfois. Harper, le psychopathe, est le plus abouti, mais pas forcément le plus intéressant car il paraît souvent un peu caricatural. L’auteur semble en effet avoir voulu remplir le cahier des charges du tueur en série de base, avec toutes les caractéristiques du cas d’école. Ce n’est pas dérangeant en soi, pas non plus trop répétitif ou appuyé, le personnage est cohérent, mais ça manque un peu de profondeur et de subtilité à mon goût. On sent toutefois que Lauren Beukes s’est bien documentée sur les tueurs en séries, autant que sur tout le reste : les évolutions de la ville de Chicago au XXe siècle, les mœurs, les années de mise en circulation de certains objets, etc. Le travail est minutieux et le résultat intéressant pour le lecteur.
L’histoire est plutôt glauque, mais j’ai lu pire dans le genre scènes sanglantes et scabreuses. Néanmoins, les âmes sensibles devraient s’abstenir. C’est dans la forme du roman, avec ces chapitres épars, que Lauren Beukes maintient la tension quant à ce qu’elle va nous raconter. C’est un bon thriller. Il ne s’embarrasse pas vraiment de psychologie, le ton est vif, sans être froid, mais on ne lit pas non plus ce genre d’ouvrage pour la beauté du style. L’histoire est prenante et se lit très vite, c’est le principal.
J’ai trouvé la fin un peu bâclée, mais dans l’ensemble j’ai vraiment apprécié cette lecture.




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