mercredi 11 juillet 2012

Vampires d'une nuit de printemps

Un roman de Lia Vilorë, publié par les éditions du Petit Caveau.


Présentation de l'éditeur :
Cher journal,
Désormais, mon nom est Fáil, Lía Fáil, et je suis un vampire.
Sans déconner ?
Punaise de pouvoir idiot, et tu réponds à l’écrit en prime !
Ben, depuis le temps, je sais que tu ne sais pas t’empêcher d’écrire tes tracas alors…
Ouais… pas faux…
Alors, vas-y, raconte…
En décembre dernier, je suis devenue un vrai vampire du genre « Kit complet sans les petits inconvénients ». Avec le sexy garde-du-corps écossais en prime.
Tu vas en faire des envieuses ! 
Ouais… surtout qu’à l’heure qu’il est, c’est le seul à ne pas vouloir ma tête pour un crime que je n’ai pas commis !
Qui est ? 
Toute ma nouvelle famille m’accuse d’avoir assassiné notre Maître, celui qui m’a créée. Mais je te jure : j’ai rien fait !
Ça me rappelle quelque chose…
M’en parle pas !
***
Bourré de références cinématographiques, de traits d’humour et de rebondissements, l’auteur nous propose de suivre les pas de son héroïne, Lia Fáil, dans une enquête qui lui permet de vivre maintes péripéties. un récit moderne et original, teinté d’humour pour le moins mordant !

Si vous avez réussi jusque-là à ne pas lire le résumé de quatrième de couverture, c’est très bien car il vous aurait dévoilé une trop grande part de l’intrigue et sincèrement elle vaut d’être découverte petit à petit. Plusieurs petites surprises vous attendent au détour des pages et il serait bien dommage qu’en trois ou quatre paragraphes la moitié du roman vous soit déjà dévoilée…
Retenez juste qu’il s’agit de l’histoire d’une jeune femme, un brin paranoïaque, catapultée bien malgré elle dans un cercle de vampires et dont l'initiation est plus que controversée. Vous avez l’impression d’avoir déjà lu ça ? Non, rassurez-vous, vous allez être très surpris.
Si j’ai eu quelques petits soucis en début de lecture pour m’immerger dans cette histoire, Vampires d’une nuit de printemps s’est bien vite révélé être un roman fort distrayant et bourré d’humour. J’ai vraiment retrouvé avec ce récit les impressions qui avaient été les miennes lors de la lecture de la nouvelle Le sang du soleil, incluse dans l’anthologie Or et Sang. À savoir que si l’histoire est délicieusement originale, le tout est quand même un peu fouillis.
Le background est complexe, Lia Vilorë a réellement travaillé sa mythologie, mais certaines choses demeurent plutôt tarabiscotées. Le style de l’auteur, par moment taillé à la serpe, n’arrange sans doute pas les choses. Ceci dit, sa vivacité compense aisément cela, tout comme la qualité de l’histoire et des personnages font vite pardonner les quelques invraisemblances qui ont pu me gêner et qui sont surtout présentes lors de la grande enquête qui occupe une moitié du roman. Et même si j’ai pesté contre ces vampires si peu perspicaces, j’ai vraiment beaucoup aimé les suivre dans leurs découvertes.
Lía, surtout, est un personnage très attachant, malgré ses faux-airs d’enfant terrible, elle est vraiment marrante, sa psychologie est parfaitement construite et cohérente. Elle sort aussi des sentiers battus, une vraie bouffée d’air frais ! Son pouvoir crée des situations très drôles et est littéralement le sel de ce roman. Une lecture aussi déjantée que celle-ci fait beaucoup de bien parfois.
La narration est, la plupart du temps, assumée par le personnage de Lía qui est au coeur de l'intrigue. Il y a toutefois quelques coupures narratives centrées sur d’autres protagonistes. Celles-ci offrent une diversion bienvenue car, à long terme, l’agressivité et la paranoïa de Lía peuvent se révéler épuisantes pour le lecteur. Cependant, ces passages de mise à distance n’en paraissent pas moins un peu plats et superficiels en comparaison. Cela est probablement dû en grande partie au fait qu’ils sont écrits à la troisième personne et entrent peu dans le détail des pensées ou ressentis de nos personnages, alors que, par contraste, nous sommes littéralement plongés dans les émotions de Lía qui raconte son histoire à la première personne. Les personnages secondaires sont pourtant tout aussi riches et intéressants. Ils peuvent certes sembler un peu caricaturaux parfois, mais ils ont une vraie histoire, ils ne sont pas voués à faire tapisserie.
Alors oui, il y a quelques petits défauts dans ce premier roman, mais rien d’insurmontable et en regard de la verve et l’humour dont fait preuve l’auteur, ce ne sont que de petits accrochages qu’on ignore joyeusement. Vampires d’une nuit de printemps est un roman auquel on ne peut contester son originalité, ce qui est bienvenu dans le contexte actuel alors que tous les livres de vampires ont tendance à se ressembler. Rien que pour cela, il vaut la peine d’être découvert.
La génialissime couverture dépeint parfaitement l’ambiance décalée de ce récit. Et rien que pour son sous-titre, moi j’dis « respect » ! Non je ne vous dirai pas quel est ce fameux sous-titre… D’abord parce que ça fait partie des surprises de l’histoire et ensuite parce qu’attiser votre curiosité afin de vous inciter à vous jeter sur ce livre me semble être le meilleur des plans.

mercredi 4 juillet 2012

Mère-vieille racontait

Un roman de Radu Tuculescu, paru aux éditions Ginkgo.


Présentation de l'éditeur :
Mère-vieille racontait est la « chronique d’une mort annoncée » : celle d’un hameau perdu de Transylvanie, (multiethnique et multiconfessionnel, du nom de Petra), qu’une « ancienne », pierre angulaire du village, s’efforce de retarder en ressuscitant les histoires passées de tous ses habitants, les vieux surtout… (les jeunes ayant migré en masse vers la ville).
Un étranger, visiteur de passage se trouve pris dans les rets de ce monde en marge du réel. (Devenue sur le tard une lectrice férue de grande littérature, « Mère-vieille » mêle inextricablement des détails de Boulgakov, d’Italo Calvino, etc… aux véritables souvenirs).
Le narrateur même s’en fera le dépositaire, puis le transmetteur, après la mort de la conteuse.
Si, en parlant de cette histoire authentique – la plupart des protagonistes, de « Mère-vieille » à la jument du facteur, ont bel et bien existé ou vivent encore –, le traducteur fait référence aux romans de Gabriel García Márquez, ce n’est pas par hasard : la même ambiance, à la fois locale et universelle, enveloppe celui de Ţuculescu.
On y trouve aussi une évocation de l’érotisme féminin dionysiaque plus fort encore que celui de l’Éloge des femmes mûres de Stephen Vizinczey.
Guy de Maupassant disait : « Le Réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. […] J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des Illusionnistes. »
Mère-vieille racontait est un roman sur le crépuscule d’un monde qui, se refusant à l’extinction biologique, se nourrit des sèves innombrables du souvenir, telle l’unique source de vitalité.


Dans Mère-vieille racontait, Radu Tuculescu nous conte la vie la vie de tout un village, celui de la grand-mère de sa femme. Cette dernière lui ayant transmis ses histoires, il se met en devoir de ne pas les laisser périr en même temps que les derniers habitants de Petra, village perdu dans la campagne de Transylvanie.
Étrange ouvrage que celui-ci, dans le fond, comme dans la forme.
Le style est poétique, bien qu’un peu pesant. Les mots vont et viennent avec les anecdotes, se répétant comme la vague revient lécher le sable. L’histoire est aussi fragmentée que cyclique. Mêmes anecdotes, mêmes mots pour les raconter, inlassablement… Parfois quelques précisions y sont ajoutées, mais pas toujours. C’est un peu répétitif, décousu et donc, sur le long terme, épuisant pour le lecteur, mais ça fait aussi partie de l’histoire en elle-même, ça laisse l’impression d’entendre mère-vieille radoter ou de voir l’auteur et narrateur gamberger. En effet, toutes ces histoires lui donnent à réfléchir, le hantent même, pourrais-je dire.
Dans ce récit, le temps est des plus curieux. Il est figé, comme la vie de ce village déserté par les jeunes, dans lequel les vieux attendent simplement la mort, s’accrochant à l’alcool pour certains, aux souvenirs pour d’autres. C’est un peu glauque, mais c’est la réalité vue de près. Bizarrement, ce temps figé semble parfois se contracter, précis, aigu dans sa représentation de la réalité et d’autres fois il se dilate, versant dans le fantastique, voire le réalisme magique ou la divagation.
La réalité s’effiloche, la magie ou l’étrange arrivent d’un coup au détour du récit, puis ils partent comme ils sont venus. La vérité se dilue dans la mémoire vacillante de mère-vieille, ses dernières lectures influencent sa façon de percevoir le passé, s’y mêlent jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer le vrai du faux. Et si mère-vieille, parfois, ne voulait tout simplement pas dire la vérité ?
Le narrateur lui-même pense à un moment que mère-vieille a inventé une histoire à partir d’une lecture (la référence n’est pas citée, mais il s’agit de la nouvelle de Gogol intitulée Le nez) et il s’avère au final que l’essentiel de l’histoire était vrai.
C’est difficile à suivre et pourtant très plaisant de voir la réalité à travers toute sorte de différentes lunettes, avec en plus le filtre du regard du narrateur qui souvent extrapole, glose, délire aussi un peu. C’est qu’il y a parfois des zones d’ombres dans l’histoire, qu’il ne comprend pas tous les mots de la langue de mère-vieille également, mais aussi qu’il cherche à s’approprier le récit, ne souhaitant pas s’effacer de celui-ci.
Je me serais personnellement passée de ses incursions à lui, même si je sais qu’il n’aurait pu manquer d’être subjectif dans son récit. J’ai trouvé qu’il en faisait trop, s’intéressant davantage aux cancans du voisinage et aux histoires de fesses des uns et des autres, qu’à l’aspect, incroyablement riche au demeurant, de la vie de ce village et de son histoire.
Je suis également restée perplexe face à sa tendance à toujours ramener le tout vers un érotisme qui alourdit le récit et qui m’a paru vraiment dérangeant par moment. Ce n’est sans doute pas tant ces histoires elles-mêmes qui m’ont dérangée, mais sa façon de les raconter. Question de perception, j’imagine…
Pour ce qui est de la forme, le roman est divisé en trois parties, la dernière contenant de surcroît un épilogue.
La première, Fragmentation, porte très bien son nom. Les scènes sont numérotées, selon les visites de Radu chez mère-vieille et ce qu’elle lui a raconté.
C’est une collection d’histoires diverses qui finissent souvent par se rejoindre en motif, comme un patchwork. Ça semble aller au gré du hasard, mais au final ce n’est pas le cas. Pourtant, si c‘est plaisant d’une certaine façon, c’est aussi un peu pesant, ça alourdit l’intrigue, ça ne laisse pas aller le lecteur car il a besoin de toute sa concentration pour suivre l’histoire et c’est parfois un peu difficile de s’y retrouver.
La seconde partie, Le Voyage, est plus fluide. On suit toujours ce principe de flux et reflux dans l’enchaînement des anecdotes, mais avec plus de cohérence et de logique car il s’agit de conversations survenues le même jour entre différents protagonistes, bien qu’entrecoupées de quelques délires de l’auteur.
La troisième partie est composée de deux chapitres et de l’épilogue. Le premier raconte la mort de mère-vieille et son enterrement (ceci n'est pas un spoiler, le début du livre étant très clair à ce sujet). Puis, dans le deuxième, recoupant toutes les histoires entendues jusque-là, l’auteur nous livre sa version des noces dont on a tant parlé au cours du récit, des noces fantasmagoriques durant lesquelles a disparu un des personnages les plus emblématiques de ce village, la Margolili qui n’a cessé, dans sa vie comme dans sa mort de hanter les esprits de ses compatriotes.
L’épilogue enfin, fort court, est la partie qui m’a le plus émue dans la terrible prise de conscience du narrateur sur le contraste qui existe entre son éducation, sa façon de voir la vie, et la réalité cruelle des mœurs de ce village.
Je ne peux pas dire que j’ai vraiment apprécié cette lecture, que j’ai trouvée longuette et répétitive, pourtant, par bien des aspects, elle fut édifiante. Ce fut une intéressante escale dans un temps figé, incertain, qui se contracte et se dilate comme une vague de chaleur qui tend à perdurer. Est-ce le souvenir qui s’étire, encore vivant, pesant sur le présent ou une simple image rémanente de quelque chose de définitivement révolu et illusoire ? Peut-être bien un peu des deux à la fois.

A noter qu’il y a un glossaire à la fin de l'ouvrage, même si le contenu de celui-ci m’a laissée perplexe étant donné que la majeure partie des expressions, termes et proverbes choisis par la traductrice sont extrêmement connus et qu’il n’y est que rarement fait mention du texte original et de sa signification littérale.
A-t-on vraiment besoin qu’on nous explique des expressions comme « les carottes sont cuites », « laideron », « jachère » ou « bourré comme un coing » ? J’en doute fort…
Le mélange des différents argots m’a aussi semblé un peu bizarre, artificiel, mais j’admets volontiers qu’il doit être difficile de transposer un langage familier sans piocher dans divers parlers, alors, je ne vais pas chipoter.




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vendredi 29 juin 2012

L'Aube de la guerrière

Un roman de Vanessa Terral, publié aux éditions du Chat Noir.


Présentation de l'éditeur :
« Marre de jouer les éboueuses ! De ramper dans les divers infra-mondes à traquer les monstres les plus tordus de la Création. Et maintenant, on nous envoie sans équipier, direct au casse-pipes ! Trop de boulot, qu’ils disent. Trop de manifestations. Il paraît que c’est à cause de la fin du monde. Quel monde, déjà, je ne sais pas trop… Mais quelle fin en plus ?! On a déjà eu droit à l’éclipse de 1999, au bug de l’an 2000, à l’ère du Verseau qui s’est glissé quelque part là-dedans et maintenant à décembre 2012 grâce à cette connerie de calendrier maya ! N’importe quoi…
Remarquez, je devrais quand même me méfier ; je suis bien placée pour savoir qu’en matière de légendes, il n’y a pas de fumée sans feu. La preuve : moi, ça fait trois semaines que je suis un ange guerrier.»
À peine décédée, Solange est envoyée à l’armurerie divine. Le Livre de saint Pierre a parlé : guerrière par prédisposition naturelle, mais ange sans grande valeur, elle ne sera d’aucune utilité dans la guerre qui oppose les siens aux démons. Autant l’utiliser près des Fosses, ces lieux dispersés dans les plans qui ont pour point commun d’abriter des Larves et autres créatures de cauchemar. Lesquelles ont une fâcheuse tendance à fuguer…
Un job qui n’a rien de bien intéressant – à part une meilleure connaissance des différents types d’effluves méphitiques – jusqu’à ce qu’elle découvre que les démons aussi envoient des guerriers dératiser les abords des Fosses. Dont Terrence et Aghilas… ce dernier possédant le même Don qu’elle, un pouvoir très rare visiblement : le Feu des Ténèbres.

A la base, les histoires d’anges sont loin d’être mon délire, peu importe le genre, je passe en général mon chemin et quand je ne le fais pas, je le regrette souvent… Ce qui ne fut pas le cas cette fois-ci. L’aube de la guerrière est une des rares histoires d’ange à ne pas m’avoir exaspérée ou ennuyée. Au contraire, j’ai beaucoup aimé ce roman.
Si certains poncifs de l’urban fantasy à la mode sont-là, le faux triangle amoureux (qui n’est jamais qu’une diversion, on sait toujours comment ça va finir…) ou encore l’héroïne un peu casse-pieds, l’auteur a su trouver de quoi rendre son récit prenant et original, en ajoutant un brin d’humour très agréable.
Solange, ange guerrier tout juste passé de l’autre côté, est un peu perdue et on apprivoise ce nouveau monde avec elle, sans que cela devienne pesant. L’univers et sa mythologie sont riches et bien construits. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la vision de l’auteur, son explication de l’après-vie en rapport à nos croyances et le fait qu’elle nuance ses personnages. Ici, tout n’est jamais d’un bloc, avec des méchants d’un côté et des gentils de l’autre… C’est rafraîchissant et tellement plus humain.
L’auteur n’a rien laissé au hasard quant à la construction de son univers et je dois avouer que ses références me parlent particulièrement, je ne me suis donc pas sentie perdue. Le tout, intrigue comme background, m’a semblé très cohérent, bien qu’émaillé de quelques raccourcis qui se sont révélés plus frustrants que réellement gênants en cours de lecture.
Le style, quant à lui, est particulièrement vif et évocateur, il génère une grande empathie entre le lecteur et le récit. Les descriptions rendent le tout très vivant, sans délayer l’intrigue. J’ai notamment eu envie de me doucher à chaque rencontre avec des larves… J’avais l’impression d’y être.
Naïve, un peu lente à la détente aussi, Solange est loin d’être parfaite mais, toute grande gueule qu’elle est (et elle l’est ! Bien que ce soit un peu justifié par la transformation qu’elle subit…) elle reste très humaine et accessible. Son passé est tragique, mais ses faiblesses sonnent juste et au fond c’est un personnage sympa et attachant. De mon point de vue, elle ne souffre pas autant que ses consœurs des défauts qui sont monnaie courante dans l’urban à la mode…
Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants, mais auraient mérité un peu plus de place dans l’histoire. Ceci dit, un roman à la première personne ne s’y prête pas non plus.
Au final j’ai trouvé ce roman très plaisant et efficace. J’espère bien qu’il y aura une suite, que Solange en soit ou non le personnage principal.

mardi 26 juin 2012

Quelques chroniques...

Comme je ne peux pas publier toutes mes chroniques sur ce blog, j'ai décidé de mettre de temps en temps les liens de celles que j'ai le plus envie de partager quand même avec vous.
Cette fois, on retourne en arrière de quelques mois pour :
- Idlewild de Nick Sagan. (Un vrai coup de cœur celui-ci, une lecture extrêmement prenante.)
- Edenborn, la suite de l'ouvrage cité ci-dessus.
- La Dame Sombre d'Ambre Dubois.

En attendant de nouvelles chroniques en direct de ce blog, bonne lecture !

dimanche 24 juin 2012

Wingman T1

Un manga de Masakazu Katsura, publié chez Tonkam.


Résumé de l'éditeur :
Kenta Hirono est un jeune collégien rêveur dont le souhait le plus cher est de devenir un vrai héros, un justicier qui combat les forces du mal !! Et son voeu va être exaucé quand il recueillera Aoi Yume, la princesse du Royaume de Podream. Cette dernière vient de fuir son monde pourchassée par l’infâme Rimel qui a renversé son père et veut désormais s’emparer du Dream Note, un cahier où tout se qui y est écrit ou dessiné devient réalité…


Tonkam a commencé fin avril à rééditer en volumes doubles cette série (la première version française n’avait pas été entièrement publiée.)
Vous vous souvenez sûrement du dessin animé, kitschissime, qui passait au club Dorothée dans les années 80… Avec son héros à la voix nasillarde et ses mimiques, sans parler de ses répliques, navrantes de stupidité, ses Wingnanas en petites tenues et ses histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres… Censément drôle, souvent absurde, jouant sur les clichés de tous bords, ce D. A. était vraiment space…
Certes, mes souvenirs ne sont plus de la première fraîcheur, mais je pense qu’il était assez fidèle au manga, en tous cas pour ce premier volume. C’est toujours aussi kitsch et décalé, sans doute même un peu plus trash, ce qui compense la vivacité en moins, et le héros est encore plus abruti, si tant est que cela soit possible.
J’ai été très déçue par les dessins qui, à la longue, se révèlent bien trop fouillis pour garder l’intérêt du lecteur. Les combats sont particulièrement ennuyeux tant ils ressemblent juste à une masse de traits de crayons… Il n’y a guère que l’histoire pour se rattraper, alors autant vous dire tout de suite que nous ne sommes pas sortis de l’auberge…
Dessin ou intrigue, ce manga ne casse pas trois pattes à un canard, mais c’est aussi un peu l’idée de base. Ça commence comme une parodie, avec ce collégien qui se prend pour un héros et qui veut surtout qu’on le regarde, qui préfère étudier ses poses, qu’il souhaite charismatiques, plutôt que s’entraîner à se battre… C’est toujours plus facile d’engueuler ses copains qui dorment en cours, affublé d’un costume bien voyant, que de se mettre vraiment en danger pour venir en aide aux autres… Kenta Hirono est un petit morveux qui a des idées bien arrêtées sur la grande valeur de sa petite personne et le culte qu’il voue à sa copine de classe, la gentille Miku…
D’une niaiserie qui n’est pas touchante plus d’une seconde (et encore), ainsi que d’une dévotion toute canine, cette pauvre Miku en prend plein la gueule… Toujours prête à trouver des excuses à ce brave Kenta quand elle le découvre dans des situations embarrassantes (ce qui arrive très régulièrement), elle pourrait paraître d’une stupidité sans limite s'il ne s’avérait pas au final que les apparences étaient effectivement trompeuses…
Avec des méchants plus bourrins les uns que les autres, il n’y a guère que cette peste d’Aoi, tout juste débarquée de sa dimension de rêves en papier, et la prof principale de Kenta (rendue pour le moins hystérique par le comportement du gamin, ce qui se comprend) pour amener un peu d’ambiance…
Mais au-delà de ça, Wingman c’est aussi un peu (et pas forcément de façon très subtile, faut l’avouer) une réflexion sur les rêves dans lesquels on se réfugie. Ça nous dit que nous pouvons soit être totalement passifs et rester des enfants, soit apprendre de nos rêves et évoluer, mais ça nous dit aussi qu’il y a un moment où il faut les lâcher et revenir dans la réalité, avec ou sans bagage…
En cela, ce manga garde un certain intérêt, mais au fond il est surtout réservé aux nostalgiques…

Sirellia

 Un roman d'Alissandre, publié chez Sortilèges éditions.

Présentation de l'éditeur :
Les feuilles virevoltaient dans les airs, légères comme des plumes. J'entendais au loin, cette douce mélopée qui résonnait dans mon corps et accompagnait le souffle du vent. Puis cette voix m'appelant : « J'ai besoin de toi Clément ».

Lorsque j'ai fait ce rêve, je n'imaginais pas combien les songes pouvaient être réels. Ni ce que cela impliquait pour mon avenir. Un soir d'automne, mes doigts ont frôlé une inscription magique qui s'est envolée dans un halo bleuté sous mes yeux incrédules, ce n'était que le commencement.
J'ai la chance d'avoir rencontré un peuple doté de capacités surnaturelles, vivant en secret au cœur de l'immense forêt millénaire. Mais ce privilège a un prix, suis-je prêt à risquer ma vie pour les protéger ?
Clément est un jeune homme qui semble être tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Peu sociable, il préfère passer son temps à lire de la fantasy, ainsi qu’à rêver de quêtes grandioses et d’un fabuleux destin qui n’attendraient que lui… Cependant, il aperçoit un jour des symboles étranges sur un arbre et reçoit la visite d’un personnage des plus curieux qui lui pose beaucoup de questions, mais disparaît sans la moindre explication... A-t-il rêvé, entraîné par ses désirs de voir le merveilleux débarquer enfin dans sa vie ? Et qui est cette charmante jeune fille fraîchement arrivée dans son lycée et qui semble s’intéresser tout de suite à lui ?

Avant tout chose, j’aurais une petite remarque concernant la couverture.
Je la vois avec mon regard d’adulte, aussi je ne sais pas si mes remarques ont vraiment un quelconque intérêt. Par exemple, les couleurs, que j’ai trouvées superbes, sembleront peut-être ternes à un public plus jeune.
Le fait est que la représentation du personnage principal en premier plan me gêne beaucoup. Le trait un peu rude le fait paraître plus vieux et nettement plus antipathique qu’il ne l’est et je trouve cela bien dommage. Certes, ce n’est pas la couverture qui fait le roman, mais ça freine parfois sérieusement le lecteur potentiel…
Enfin, intéressons-nous plutôt au contenu, car c’est quand même ce qui importe le plus.

C’est un roman pour la jeunesse, et si je ne dis pas « young adult », c’est que je pense sincèrement qu’on ne peut pas l’apprécier au-delà d’un certain âge. Aussi, sans vouloir être réductrice, je le conseillerais quand même davantage à un public ayant dans les 10-14 ans et de préférence féminin, même si le personnage principal est un garçon.
La maturité est évidemment différente pour chacun, on ne grandit pas tous à la même allure, mais s’il y a des romans qu’on peut lire et apprécier à tous les âges de la vie, celui-ci n’en fait pas partie. Non qu’il soit mauvais, mais l’histoire est un peu naïve et manichéenne pour l’adulte que je suis. Ceci dit, je reste persuadée que c’est un roman qui enchantera le public auquel il est destiné.
Après, il faut admettre que quand on a la bonne trentaine et qu’on a été nourri à la fantasy depuis toujours, on aura vraiment l’impression de lire ce livre pour la centième fois. Le jeune héros solitaire qui se réfugie dans les livres, peu sûr de lui et qui rêve de magie, ainsi que d’une destinée qui irait bien au-delà de sa petite vie tranquille de lycéen, on connaît. L’enchaînement des situations, la facilité avec laquelle les personnages acceptent leur nouvelle vie ou encore les « incroyables hasards » et rebondissements tellement prévisibles qui jalonnent l’histoire sont un peu simplistes et laissent dubitatif. Ça commence plutôt bien, avec des dialogues qui tiennent la route, mais ils finissent par s’infantiliser peu à peu. L’histoire d’amour aussi est bien mignonne, mais relativement puérile… Le rythme est très lent et l’intrigue générale, ainsi que l’univers décrit, ne sont pas assez originaux pour que le lecteur chevronné dépasse ces défauts.
J’aurais aussi quelques reproches à faire au style en lui-même, pas que ce soit vraiment mal écrit, mais c’est un peu hésitant au niveau du vocabulaire et il y a de nombreuses erreurs de conjugaison, surtout en ce qui concerne le passé simple. C’est de l’ordre du détail au fond, car c’est aussi bien écrit que bon nombre d’ouvrages pour la jeunesse que j’ai lus récemment, mais je crois que, quand on écrit pour cette tranche d’âge, on doit d’autant plus être attentif à ce genre de choses.
Je n’ai pas non plus apprécié le fait que, si l’univers « réel » dans lequel évolue Clément est rigoureusement identique au nôtre, les noms de lieux soient inventés et sonnent terriblement « fantasy ». Je pars du principe que quand on prend le parti de situer tout un pan de son histoire dans la réalité, on doit le faire pleinement ou alors ne donner aucune précision géographique. Mais cela ne contrariera sans doute que moi…
Je reste très mitigée au final car, si je pense que ce n’est pas au mauvais livre, je trouve quand même qu’il manque beaucoup de maturité dans le fond comme dans la forme et, si suite il y a, espérons que l’auteur saura se détacher de l’influence de ses lectures de jeunesse et prendra un peu plus d’assurance dans l'exploration de son univers.

dimanche 3 juin 2012

Meurtre à Shakespeare

Lily Bard T1, de Charlaine Harris, publié chez J'ai Lu.

Résumé :
Je m'appelle Lily Bard et je mène une petite vie tranquille à Shakespeare, Arkansas, où je me suis installée pour oublier mon passé. Aujourd'hui, tout a changé. En rentrant, j'ai fait une macabre découverte : le cadavre de mon propriétaire. Après avoir paniqué et mis mes empreintes partout, je me suis éclipsée... Je n'ai plus le choix, il faut que je retrouve l'assassin avant que l'on ne vienne sortir les squelettes de mon placard...


Avant toute chose, parlons un peu de la couverture qui, de mon point de vue, n’est pas du tout adaptée au contenu de ce roman… Le crâne, la référence à Hamlet, il y a quelque chose de pourri dans la ville de Shakespeare, oui, bon, admettons que ça a un minimum de sens… Mais pour la subtilité, on repassera… Sans compter que, figurativement, on est vraiment à côté de la plaque, mais bref, passons…
Le fait est que je n’aurais jamais posé les yeux sur ce livre si l’avis de Lilie ne m’avait pas donné envie de le lire et s’il n’avait été de surcroît le livre du club de lecture de V&S pour le mois de mai.
Enfin, ne nous égarons pas… Comme le titre le laisse entendre, il s’agit d’un polar, mais il est en fait plus proche du roman de mœurs que du roman noir. Pour autant, l’enquête n’est pas inexistante, même si elle se déroule d’une manière un peu inhabituelle. L’intrigue tient la route, de petits indices, discrets, mais bien présents permettent au lecteur d’en arriver à ses propres conclusions sans qu’on lui mâche le travail. En soi, c’est bien pensé et plaisant à lire, mais je crois que les vrais fans de polars ne s’y retrouveront malheureusement pas. Et si vous découvrez l’identité du coupable trop tôt, vous risquez de vous ennuyer sérieusement, surtout sur la fin…
Si l’histoire me rappelle les romans de mœurs, c’est parce qu’elle s’attache surtout à décrire la vie dans une petite ville, apparences trompeuses, petites mesquineries quotidiennes et comportements humains, à travers le regard d’une personne qui voit tout ce que ses voisins peuvent cacher dans l’intimité de leurs foyers. Lily est femme de ménage, elle sait tout des manies de ses employeurs, de leur façon de vivre, des petits détails qui échappent même à leurs plus proches amis. Et Lily est observatrice, elle retient tout, même si elle ne souffle jamais mot à quiconque de ce qu’elle apprend ainsi. C’est ce pourquoi ses clients l’apprécient à sa juste valeur. Une femme de confiance, ça n’a pas de prix…
Elle analyse tout, mais n’est pas forcément très objective. Si la plupart des conclusions auxquelles elle arrive sont exactes, elles sont parfois si hâtives et péremptoires qu’elles pourraient aussi bien être erronées… Ainsi, Lily est un peu agaçante, surtout quand elle juge son prochain de la manière si peu amène qui est la sienne.
De prime abord, le personnage de Lily peut sembler particulièrement antipathique. Femme froide, voire revêche, attachée au moindre petit détail et plutôt paranoïaque, ce n’est que petit à petit qu’elle a pu gagner mon intérêt. Pourtant, on sent bien dès le début que son attitude est due à un traumatisme, que la distance qu’elle impose aux autres ou que sa manie de remarquer le moindre détail tient plus de l’instinct de protection que d’un caractère véritablement austère ou fouineur.
Charlaine Harris a su la rendre très réelle, très humaine derrière toute cette froideur et, surtout, très crédible. La lecture pourra peut-être sembler pénible à certaines personnes, avec les interminables listes de tout ce que Lily doit faire chez ses employeurs, ses spéculations parfois inutiles, ses petites tendances à juger les autres à l’emporte-pièce ou à passer du tout au rien, mais tout ceci a un sens quand on connaît l’histoire de cette femme. C’est ce qui fait que le propos de l’auteur semble si vrai.
J’ai apprécié que Charlaine Harris ne cherche pas à nous faire plaindre Lily. On peut éprouver de la compassion pour elle en apprenant ce qui lui est arrivé, bien entendu, mais jamais elle n’inspire la pitié. C’est admirable en soi, ça prouve que c’est bien écrit, réfléchi, et c’est ce qui m’a le plus touchée. Lily est une femme tenace et courageuse, c’est tout à son honneur, mais ce sont sa pudeur et sa dignité qui m’ont le plus marquée.
J’ai fini par l’apprécier et c’est heureux, car les personnages secondaires, tout en étant relativement intéressants, sont passablement caricaturaux, comme s’ils avaient manqué de travail, ce qui amoindrit un peu l’envergure du récit.
Le style est à la mesure du personnage principal, il est plutôt rugueux, très froid et sec (ciel, on croirait que je parle météo…) et quand on n’arrive pas à cohabiter avec le narrateur, la lecture devient toujours difficile. C’est le risque majeur de l’écriture à la première personne… Je me suis attachée à Lily et je l’ai comprise, mais je sais que certains lecteurs trouveront forcément sa compagnie pénible, alors je ne peux que les encourager à continuer leur lecture car je crois sincèrement que cette histoire en vaut la peine.
Il y a par contre quelques petits soucis avec la traduction. J’ai trouvé certaines phrases bizarres, parfois elles m’ont même donné l’impression d’avoir été traduites mot à mot, le choix de certains adjectifs m’a laissée perplexe et, surtout, il y a de très nombreuses fautes dans les noms de gens et de lieux. Alors, bien sûr, on peut se dire que Charlaine Harris a le don de donner des noms à coucher dehors à ses personnages, mais le moindre des soins qu’on peut apporter à une traduction est d’être sûr de ne pas écorcher les noms des personnages…
Je ne saurais pas vraiment dire ce qui m’a plu dans ce roman. Peut-être le fait que l’histoire de Lily semble si vraie, peut-être l’atmosphère pesante de cette petite ville qui cache tant de secrets ou l’enquête elle-même, simple mais efficace… Quoi que cela ait pu être, ça m’a fait dépasser la froideur de l’héroïne et ignorer l’ennui qui pointait quand même son museau de temps en temps.
Ce n’est pas le roman du siècle, ce n’est pas forcément non plus un bon polar, mais j’ai apprécié cette lecture et, si mon avis reste néanmoins un peu mitigé à son sujet, je sais que je lirai la suite en espérant qu’elle me convaincra davantage.