samedi 15 décembre 2012

Vertige. Les étoiles de Noss Head T1

Écrit par Sophie Jomain et publié chez Rebelle.


Hannah, bientôt dix-huit ans, était loin d’imaginer que sa vie prendrait un tel tournant. Ses vacances tant redoutées à Wick vont finalement se transformer en véritable conte de fée… puis en cauchemar. Sa petite vie tranquille, ses idées bien arrêtées, ses projets… tout va changer, brutalement. Elle devra affronter l’inimaginable, faire face à ce qu’elle n’aurait jamais pensé croire un jour, car les légendes n’en sont pas toujours… Leith ne s’attendait pas non plus à Hannah. Il tombe de haut, l’Esprit a choisi : c’est elle, son âme sœur. Pourra-t-il lui cacher sa vraie nature encore longtemps ? Osera-t-il lui avouer qu’il n’est pas tout à fait humain? Il n’a pas le choix, leur rencontre l’a mise en danger. Lui seul peut lui venir en aide.


La quatrième de couverture vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir sur l’histoire, alors je ne vais pas en rajouter.
Vertige est un roman Young adult. En général c’est une appellation qui peut vouloir dire beaucoup de choses différentes, mais dans le cas présent ce roman est très équilibré. Il est jeunesse sans l’être trop, idéal pour des adolescents et néanmoins lisible pour des adultes.
C’est le premier roman de Sophie Jomain, alors il y a quelques petites maladresses. L’auteur passe très rapidement sur certaines choses, mais à l’inverse s’étend beaucoup sur d’autres de moindre importance. Ces longueurs ne sont pas non plus excessives, mais peuvent paraître incongrues face à certains raccourcis. Les rebondissements sont également un peu faciles. J’ai cependant vu des ouvrages d’auteurs confirmés beaucoup plus maladroits alors je ne vais pas chipoter.
Ces petits cafouillages peuvent certes agacer le lecteur exigeant, mais l’auteur se rattrape au niveau du style. C’est un roman bien écrit et très fluide. On le lit plutôt vite. Cet ouvrage n’a pas d’autre prétention que d’offrir une bonne petite histoire d’amour et j’ai apprécié cette simplicité. Pas de monde à sauver, pas de grande leçon d’humanité, c’est rafraîchissant et, même avec des loups-garous, c’est vraisemblable. Sophie Jomain a de plus élaboré une mythologie intéressante à partir d’éléments mythiques peu utilisés habituellement dans les histoires de loups-garous et c’est tout à son honneur.
Je pense que Vertige est un livre que j’aurais vraiment beaucoup aimé à quinze ans, mais je me sens maintenant un peu vieille pour ce genre de lecture. Les histoires d’amours adolescentes et leurs sempiternels balbutiements, même si celle-ci est bien plus sobre que la plupart de celles qui jalonnent la littérature YA, ont tendance à m’ennuyer très vite. Entendons-nous bien, c’est un bon livre, si j’ai levé les yeux au ciel quelquefois durant ma lecture c’est que je suis une vieille grincheuse. Ce n’est pas mièvre, c’est juste une première histoire d’amour avec ce que ça implique de maladresse dans le comportement d’une toute jeune fille qui ne sait trop quoi faire de tous ces changements dans sa vie.
Hannah (Ciel un palindrome ! Excusez, j’ai un peu de mal avec ce prénom…) est un personnage sympathique et crédible, si j'oublie le fait que ses genoux lâchent à chaque fois qu’elle voit Leith (faut pas abuser non plus). J’ai beaucoup apprécié le fait qu’elle soit très rationnelle et ne se laisse pas embarquer à la première occasion sur les sentiers de l’étrange comme si ça allait de soi. Par contre son manque de vivacité d’esprit dans la suite du roman m’a un peu étonnée.
Leith, avec sa tendance à souffler le chaud et le froid, m’a moins séduite que sa compagne. Bien qu’il ait ses raisons pour agir comme il le fait, j’ai trouvé le personnage un peu surfait. Il en va de même avec les personnages secondaires qui sont assez stéréotypés. Les parents d’Hannah, par exemple, sont de vrais hélicoptères de surveillance mais disparaissent du décor quand ça arrange l’auteur. Et ils ne doivent pas non plus avoir de nez… En général quand on reçoit quelques litres de bière brune sur la gueule, on sent la brasserie à des kilomètres. Comment des parents un peu psychorigides peuvent-ils ne pas froncer le nez face au parfum de Guinness de leur enfant unique qu’ils attendent pour être bien certains qu’elle ne dépasse pas son couvre-feu ?
Il y a donc quelques invraisemblances dans cette histoire, de petits accrochages sans réelle importance. Ma seule vraie déception a été ce méchant un peu trop caricatural.
Un détail stylistique m’a également gênée. C’est tout bête, je vous l’accorde, mais ça a vraiment perturbé ma lecture. Dans ce roman, les pensées de l’héroïne et narratrice sont parfois, et inexplicablement, entre guillemets. Or, les guillemets sont comme chacun sait une des marques du discours et ça fait vraiment bizarre de lire ce qu’elle ne peut s’empêcher de penser, mais ne dirait jamais à haute voix, entouré de guillemets. Certes ils peuvent marquer l’ironie ou un double-sens, mais c’était malvenu. L’italique aurait été un meilleur choix.
Oui, j’arrête avec mes délires psychotiques…
Je garderai de ce roman l’image d’un récit charmant, sans être exceptionnel, et qui se lit très vite. Je lirai la suite car j’espère que, la situation des personnages ayant évolué, ce qui a pu me gêner dans cette lecture ne sera qu’un souvenir dans le second tome.

vendredi 14 décembre 2012

Les âmes croisées

Un roman de Pierre Bottero, publié chez Rageot poche.



Nawel vit à Jurilan, le royaume des douze cités. Aspirante comme ses amis Philla et Ergaïl, elle va choisir la caste correspondant à ses aspirations profondes pour le reste de sa vie. Tout indique qu’elle entrera, selon le désir de ses parents, chez les prestigieuses Robes Mages. Mais Nawel s’interroge sur sa place dans cette caste et sur la voie qu’elle doit suivre…

Un roman de fantasy dont les fils croisent Les Mondes d’Ewilan et L’Autre, mais aussi une réflexion profonde sur le destin et la responsabilité, l’ambition et la sincérité, le hasard et la force des rêves.


Les âmes croisées est un superbe roman initiatique qui met en scène une jeune fille, Nawel, au seuil de sa vie d’adulte. De prime abord elle est arrogante, insupportable, mais se révèle pourtant fragile et humaine au fil des pages. Nawel est une jeune fille plutôt paradoxale. Elle abuse allègrement des privilèges de sa caste, mais demeure très naïve envers ce que son statut peut impliquer en retour. Tout se paie dans la vie et notre héroïne ne l’apprendra qu’à ses dépens. Confrontée à la vie, à la véritable nature de sa société, à elle-même et prenant conscience de la valeur de ses propres choix, Nawel évolue tout au long du récit. C’est ce qui en fait un magnifique personnage et donne toute sa poésie à ce roman d’une sensibilité à la fois pudique et sans fard, touchante.
C’est un roman très intelligemment construit et extrêmement poétique. J’ai beaucoup apprécié les écrits introspectifs de Nawel qui ponctuent un récit narré en grande partie à la troisième personne et permettent de se sentir plus proche de ce personnage un peu distant. On apprend ainsi à l’apprivoiser, à comprendre d’où est née cette froideur. Les chapitres sont courts et leurs fins souvent abruptes, demandant parfois quelques retours en arrière. Cela donne un peu l’impression que l’histoire est hachée mais se révèle au final plus homogène qu’on l’imagine et surtout très adapté aux aléas du récit.
Au début du roman Nawel est telle qu’on l’a façonnée et ne le sait pas, jusqu’au jour où un événement va détruire à jamais l’équilibre si parfait de sa petite vie de privilégiée. Le vernis commence à se craqueler et elle s’aperçoit que tout ce qui fait sa vie est vacuité, parfois même illusion. Elle se rend compte que ses ambitions sont celles de ses parents, que ses choix ne lui appartiennent pas et qu’elle est aussi abjecte qu’eux. Alors Nawel part à la reconquête d’elle-même et c’est ce qui fait la beauté de son histoire. Rien n’est simple ou lisse dans son passage à l’âge adulte. C’est une quête personnelle qui peut parler à chacun d’entre nous car malgré la fantasy de cet univers, les sentiments sont vrais et accessibles.
Au-delà du récit lui-même, ce livre m’attriste toujours autant car c’est le dernier de son auteur. Je ne peux m’empêcher à chaque fois de songer avec compassion à sa famille. Et puis, très égoïstement, j’aurais bien aimé avoir la suite car je me suis attachée à Nawel. Ce ne serait pas forcément nécessaire ceci dit car le roman se révèle très symbolique, surtout dans cette situation où il se fait écho de la vie elle-même au point que cela en devient troublant. Je ne peux vous l’expliquer davantage, il faut lire le livre et décrypter ce qui se cache entre les lignes. C’est triste et beau à la fois.
Ce qui se passe derrière la porte doit rester le secret de ceux qui en franchissent le seuil.
C’est un excellent roman pour les jeunes comme les adultes, pas édulcoré, bien écrit, vif et efficace, qui implique pas mal de réflexion et habitera longtemps l’imaginaire de ses lecteurs.

Ce livre a été relu pour le club de lecture de V&S (il partage le mois de décembre 2012 avec le premier tome d'Apocalypsis d'Eli Esseriam que je vais lire bientôt).
J'en profite pour l'ajouter à mon défi lecture de 2012 pou ne pas être trop ridicule vu le peu de livres qui y figurent.

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jeudi 13 décembre 2012

Bienvenue T1

De Marguerite Abouet et Singeon.
Une BD publiée chez Gallimard jeunesse, collection Bayou.

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Petite séquence émotion. J'avais le même carton à dessins. Enfin pas tout à fait, le mien était vert et noir, mais avec des rubans, exactement comme celui-ci. C'est une rareté à notre époque où on les préfère plus pratiques, avec des élastiques. Oui, j'ai bien conscience que ça n'intéresse que moi, mais cette BD m'a rappelé de nombreux souvenirs.

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A noter qu’il s’agit de ce format moyen que l’on trouve de plus en plus souvent en BD et qui est un peu plus haut et large qu’un roman en grand format, mais beaucoup moins qu’une BD classique. C’est un format que j’apprécie vraiment, Il n’est pas trop lourd ni trop encombrant et est très agréable à lire.
L’ouvrage comporte une centaine de pages, de quoi bien entrer dans une très bonne histoire et profiter un minimum de la lecture. Les BD sont souvent trop courtes…
Celle-ci est censée être un ouvrage jeunesse, mais je suis dubitative sur le sujet. Je ne sais pas à quel âge est destinée la collection Bayou, mais personnellement je conseillerais plutôt cet album à partir de 17 ans. Ce n’est évidemment que mon point de vue.

Enfin, passons aux choses sérieuses…
Bienvenue est une jeune femme de 21 ans, étudiante aux beaux-arts, elle partage une chambre de bonne avec sa cousine Lola qui veut devenir actrice. Perpétuellement fauchées, les deux jeunes femmes sont vraiment en galère au début de ce tome et doivent absolument trouver du boulot. Tandis que Bienvenue joue les nounous, Lola s’essaie aux castings de danseuse.
Il s’agit d’une BD très réaliste (plus dans le scenario que le dessin) et c’est un vrai régal. Bienvenue est une fille sympa, malgré son côté un peu grincheux et caustique. On peut néanmoins avoir envie de la secouer pour lui remettre les idées en place, lui montrer aussi qu’elle reproche aux autres leur égoïsme et leur inattention, mais qu’elle n’est guère mieux au final. C’est toutefois un personnage attachant et très crédible, tout comme l’épatante galerie de personnages secondaire qui l’accompagne. Tous ont une histoire, pas encore parfaitement développée évidemment, mais que l’on sent poindre dans ce premier volume et qui donne envie d’en savoir plus.
Le récit est prenant, les personnages attachants. Ils sont bourrés de défauts, mais n’en paraissent que plus humains. Bienvenue se plaint tout le temps, de sa vie, de ses proches, de son prénom. Elle n’a pas tort ceci dit, avec un tel prénom tous les faux départs de la vie ne paraissent que très ironiques.
Le ton est très juste, l’histoire est simple mais extrêmement crédible, elle nous montre le quotidien d’une jeune fille pas très sociable et les interactions qu’elle a pourtant avec les autres (un peu malgré elle parfois), les voisins à problèmes, les enfants, ses profs et condisciples, ses amis et sa famille. Toutes ces personnalités qui se croisent, avec leur vie, leurs soucis, tissent une histoire commune dans laquelle les joies et les peines s’équilibrent.
On s’attache vite à tout ce petit monde et l’histoire file sans qu’on s’en rende compte, pour laisser le lecteur sur sa faim à la dernière page. Le récit est consistant, mais j’ai pourtant été désappointée par cette fin. C’était un arrêt un peu brutal pour moi. Cela ne manque pas de logique ceci dit, cette BD étant avant tout une tranche de vie prise dans le vif.
Le dessin en lui-même me plaît bien sans être vraiment remarquable, des traits pas toujours très fins en ce qui concerne les visages, mais une certaine classe dans la représentation de la ville, les décors en général, l’usage de la couleur. Ça fait un peu BD des années 50, sans que je sache vraiment comment l’expliquer. On a des couleurs pleines à la texture simple, mais agréable, à mi-chemin entre cet aspect rétro et quelque chose de plus moderne.
Pour une obscure raison ça me rappelle certains tomes de l’espiègle Lili que je lisais quand j’étais gamine, puis surtout Tom-Tom et Nana, probablement parce que les enfants que garde Bienvenue leur ressemblent beaucoup (surtout la fillette). Je vous avouerai toutefois que je me suis plus concentrée sur l’histoire que sur le dessin.
J’ai été un peu gênée par la police d’écriture. Ce n’est qu’un détail et c’est évidemment très subjectif, mais le côté irrégulier est un peu pénible à lire dans mon cas et esthétiquement parlant ça n’apporte rien de bien spécial. La simplicité est encore ce qu’il y a de mieux.
Quoi qu’il en soit, cet ouvrage a été un énorme coup de cœur et pas seulement parce qu’il me rend un peu nostalgique en me rappelant ma vingtaine. Bienvenue est une très belle découverte. Maintenant il me faut la suite et ça tombe bien, elle vient tout juste de paraître, je vais donc pouvoir me jeter avidement dessus.

mercredi 12 décembre 2012

Challenge "Je lis des nouvelles et des novellas"

Ou comment participer à un challenge qui m'enthousiasme du début à la fin.


J'ai choisi le niveau intermédiaire de "Joyeuse lectrice":
Niveau "Joyeux lecteur/Joyeuse lectrice" ou encore "Je lis des nouvelles et des novellas et j'aime ça" : lire et chroniquer 12 nouvelles ou recueils ou novellas.

Mais je vois loin, avec un peu de motivation et si le temps ne file pas trop vite, comme on peut changer de niveau en cours de route, j'arriverai peut-être au très ambitieux palier suivant qui demande 24 recueils, anthologies ou novellas. Tout un programme !

Je suis une grande lectrice de nouvelles, de recueils, d'anthologies, de novellas, donc ça ne devrait pas être très difficile, n'est-ce pas ?
Moui, le problème en fait ce n'est pas de les lire, mais de les chroniques et c'est en cela que résidera tout le challenge. C'est un format très difficile à commenter, surtout pour l'anthologie. Mais ça me forcera à le faire et c'est une bonne chose car j'espère que ça vous donnera envie de lire certains de ces ouvrages à côté desquels on passe trop souvent. Et puis c'est aussi un bon moyen de découvrir certains auteurs.

Souhaitez-moi donc bonne chance, le challenge démarre aujourd'hui et finira le 11/12/13 !

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Livres lus :

- For I Have Sinned de Darynda Jones (nouvelle).
- Gilles a suivi Jeanne de Valérie Simon (nouvelle).
- Sanshôdô : la voie des trois vérités de Jean Millemann (recueil de nouvelles).
- Nous finirons bien par en venir à bout... de Laurent Queyssi (nouvelle)
- Le Rêve du Prunellier de Rozenn Illiano (recueil de nouvelles)
- L'assassinat de la maison du peuple de Sylvie Denis (novella)
- La Suriedad d'Estelle Faye (nouvelle)
- Fin(s) du monde, 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse des Artistes Fous (anthologie)
- Sang d'ocre de Lydie Blaizot (novella)
- Villa Giudita et autres nouvelles de José Wolfer (recueil de nouvelles)
- Le livre qui rend dingue de Frédéric Mars (novella)
- Vampire Blues, Ladainian Abernaker ep1 de Lydie Blaizot (nouvelle)
- La plage du Xenos et Éclipse partielle de Graham Joyce (nouvelles)
- A Bloody Melody de Maëlig Duval (nouvelle)
- L'après-dieux de Maëlig Duval (novella)
- Ainsi commence la nuit de Vanessa Terral (recueil)
- À n’importe quel prix de Claire et Robert Belmas (nouvelle)
- Chronique de la vallée de Jacques Boireau (nouvelle)
- Dedans, dehors de Sylvie Denis (nouvelle)
- Clamatlice de Vanessa Terral (mini recueil de nouvelles)
- Au service des insectes de Cindy Van Wilder (nouvelle)
- L’héritage et autres nouvelles de Megan Lindholm / Robin Hobb (recueil de nouvelles)
- Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques des Artistes Fous (anthologie)
- L'ombre du maître espion, Le Baron Noir T1 d'Olivier Gechter (novella)
- La boîte de Schrödinger – spéciale Halloween (anthologie)
- Nouvelles en vrac : Voler (de ses propres ailes) de Cécile Duquenne, La clé de l'eau d'Agnès Evans, Carpe Sesamum d'Esteban Bogasi.
- Nouvelles en vrac (2) : 1888 de Céline Etcheberry, En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri, Hérésie minérale de Stéphane Desienne, Anastasis d’Aude Cenga.
- Nouvelles en vrac (3) : Beef de Joey Burger, Trois coups contre ma porte de Michael Roch, Louie de Lou Wagram, Cosmic Karma de Jérémy Semet.

dimanche 25 novembre 2012

Le rôdeur d'ombre, Les Chroniques de Siala T1

 Un roman d'Aleksei Pekhov, publié chez J'ai lu.

Présentation de l'éditeur :
Jamais les Terres désolées n'avaient connu pareil rassemblement ; des milliers de géants, d'ogres et d'autres créatures maléfiques unissent leurs forces pour la première fois de leur histoire sous une bannière unique. Bientôt, l'Innommable et ses armées seront aux portes de la cité d'Avendoom. À moins que Harold l'Ombre, Maître Voleur, ne trouve un moyen de les arrêter. Secondé dans sa quête par une princesse elfe, dix Cœurs sauvages - les combattants les plus valeureux que les Terres désolées aient jamais comptés - et un bouffon aux multiples surprises, Harold doit réussir là où des armées de guerriers et de mages ont échoué.
Décidément, les voleurs ont la côte dans les publications fantasy du moment. Harold, le héros et narrateur des Chroniques de Siala, en est un, qui plus est parmi les meilleurs. C’est justement cette habileté qui va lui valoir bien des déboires. Forcé d’accepter un contrat pour ne pas finir ses jours en prison, Harold n’a pas idée de l’imbroglio dans lequel il va se trouver impliqué. Et le lecteur non plus d’ailleurs… 
Si Harold est un personnage sympathique et attachant qu’on a forcément envie de voir réussir, ne serait-ce que parce qu’on compatit à ses malheurs, on n’en a pas moins l’impression de s’enliser un peu dans cette histoire, avec une quête qui n’en finit pas de démarrer. Harold est toujours en train de chercher quelque chose, par exemple le plan de la ville pour trouver celui d’une nécropole, et si possible dans un endroit très dangereux… Et c’est comme ça tout au long de l’histoire. À la fin du roman, la quête principale commence à peine et on se dit que de nombreux passages, bien qu’ils soient bourrés d’action, n’ont pas servi à grand-chose.
Non seulement l’habitué de fantasy connaît déjà tout ça (la quête pour mettre la main sur un objet magique d’une importance capitale, les compagnons de voyage de races multiples, le voleur au grand cœur et tout ce qui s‘ensuit), mais en plus il trouvera le récit un peu longuet, avec toutes ces péripéties qui n’en finissent pas de contrarier le voyage de nos héros. 
Harold étant le narrateur, on voit tout ce qui se passe à travers le filtre de son regard, mais l’auteur a trouvé un excellent moyen pour nous plonger dans des scènes du passé sans les faire raconter par un tiers et sans non plus céder à la facilité. Par contre, si les événements prennent beaucoup de place dans le récit, les personnages sont quant à eux peu développés, ce qui est très dommage. J’ai une certaine affection pour Harold et Kli-kli, le bouffon, m’intrigue beaucoup. L’improbable duo du nain et du gnome aide également à faire passer les longs chapitres, même si on en sait peu sur eux au final. Les autres personnages sont à la fois plus stéréotypés et légers, il est difficile de s’attacher à eux.
L’univers en lui-même est très classique et il n’y a pas de grandes difficultés pour y entrer. Toute incompréhension peut être éclaircie en allant consulter le glossaire très complet qui se trouve à la fin de l’ouvrage. Ceci dit, le lecteur qui ne souhaite pas s’embarrasser avec ça et arrêter sa lecture n’a pas non plus besoin de le faire quand il a déjà lu de la fantasy. Si parfois les noms de races changent, on devine facilement de quel archétype il est question.
C’est un bon livre, très bien écrit et assez plaisant, même si l’originalité n’est définitivement pas une de ses qualités. Il s’agit, me semble-t-il, d’une trilogie et la quête principale est donc très délayée pour pouvoir s’étaler sur les trois volumes. L’auteur l’additionne donc de multiples petites quêtes. Il est possible que l’intérêt du lecteur s’en ressente, d’autant plus que tout est très prévisible. Mais ça se laisse lire, c’est un bon moment de détente, plus appréciable encore quand on n’a pas lu de fantasy depuis longtemps.

mardi 20 novembre 2012

Les Chroniques d'Oakwood

Un fix up de Marianne Stern, publié aux éditions du Chat Noir.


Présentation de l'éditeur :
Oakwood, son église, sa grange abandonnée, ses tavernes, son cimetière. Et ses sorcières, au grand dam des prêtres qui se succèdent sans parvenir à éradiquer les diableries.
Lorsque la nuit tombe, les ombres s'étirent et drapent le hameau d'un manteau de noirceur, laissant à la lune le soin d'épier les plus sombres desseins. Cruelles malédictions et engeances démoniaques arpentent alors librement les rues aux faveurs de l'obscurité ; mieux vaut ne pas s'attarder en-dehors des logis, au risque de rencontrer la Mort au détour d'une bâtisse.
Pourtant, le vieux cimetière attire bien des convoitises... Certains affirmeront avoir aperçu la lueur chétive d'une lanterne au detour d'une tombe, d'autres diront avoir entendu des hurlements déchirants briser la torpeur nocturne. Les plus folles rumeurs circulent au village, mais ses habitants s'accordent à dire qu'il ne se trame rien d'anormal.
Entre spectres, pentacles, corbeaux et cadavres, quelques téméraires se risquent toutefois à des errances en solitaire. L'un en quête de l'être aimé, l'autre animé par une vengeance inassouvie, ou tout simplement, à la recherche du repos éternel. Or tous ignorent que dans l'ombre, la demoiselle d'Oakwood veille...

Avec ce roman, Marianne Stern nous entraîne à Oakwood, petit village du début du XVIIe siècle, probablement anglais, recelant de nombreux et très sombres secrets. Qui sont donc ces prêtres fanatiques, ces sorcières, ou prétendues telles, ces puritains à la mentalité étriquée, sans parler des âmes damnées errant dans le cimetière ? 
Pour le découvrir, nous suivons tout d’abord les pas de Lynn, petite fille muette, maltraitée par son père, jusqu’à ce que, peu à peu, son histoire se mêle aux autres. Et il s’en passe des choses à Oakwood où la plus grande noirceur empèse les âmes de gens en apparence bien sous tous rapports. 
Ces chroniques portent bien leur nom. C’est un ouvrage entre le roman et le recueil, composé de plusieurs nouvelles (et une chanson), toutes reliées entre elles par divers éléments et personnages récurrents. Le dédale chronologique que forment les textes ajoute à l’intérêt de la lecture. On ne sait jamais si l’on va se diriger plus avant dans l’histoire ou faire un bond dans le passé et apprendre ainsi de nouvelles choses qui éclaireront sous un autre angle les événements que l’on connaît déjà. J’ai trouvé le procédé vraiment plaisant. Il faut dire que l’ouvrage est très bien construit, de manière à ce que ces cassures de la continuité apportent toujours quelque chose de particulier au lecteur quand il remet en place les morceaux manquants du puzzle. 
Je me suis attachée à certains personnages et ai été frustrée de ne plus les voir au chapitre suivant, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce puzzle chronologique, on ne sait jamais sur qui ou quoi on va tomber en tournant la page et, malgré tout, ceux que l’on espère reviennent toujours. 
Les histoires et les personnages donnent l’impression de valser et c’est d’autant plus frappant que l’écriture de Marianne Stern est très musicale, tout en étant également pointue dans les descriptions. J’ai eu l’impression de parcourir Oakwood tant ses mots sont évocateurs. 
Cette histoire de sorcière, sombre et très réaliste, sur fond d’un fantastique maîtrisé, est vraiment agréable à lire et magnifiquement écrite. On est loin de la magie tapageuse et des clichés qui nourrissent actuellement les récits de sorcellerie. Dans ces chroniques, rien n’est évident ou facile, les ténèbres sont partout et certains chapitres sont assez glauques, néanmoins ce n’est jamais pesant. Si vous voulez une histoire de sorcière à l’ancienne, c’est le livre qu’il vous faut absolument et puis, pour ne rien gâcher, la couverture est juste sublime.

jeudi 15 novembre 2012

Charley Davidson T1, Première tombe sur la droite

Un roman d'urban fantasy de Darynda Jones, publié par Milady.


Charley Davidson est détective privée et faucheuse. Son boulot consiste à convaincre les morts « d’aller vers la lumière ». Mais ce n’est pas toujours si simple : parfois Charley doit les aider à accomplir quelque chose avant qu’ils acceptent de s’en aller, comme retrouver l’assassin de ces trois avocats. Ce qui ne serait pas un problème si Charley ne passait pas son temps à faire des rêves érotiques provoqués par une entité qui la suit depuis toujours… Or, il se pourrait que l’homme de ses rêves ne soit pas mort. Il pourrait même être tout à fait autre chose…


"J'aurais moins de troubles de l'attention s'il n'y avait pas autant de jolies choses brillantes."

On n’a pas arrêté de me dire beaucoup de bien de cette série, notamment une amie qui m’assurait que j’allais adorer Charley et que si je devais commencer une nouvelle série (j’ai plutôt tendance à freiner des quatre fers ces temps-ci pour ce genre de choses) ça devait être celle-ci, alors j’ai fini par me laisser fléchir. Et puis ça m’évoquait la série tv Dead like me, que j’avais appréciée, même si je me doutais, avec raison, que ce bouquin n’avait pas grand-chose à voir avec cette dernière…
C’est clair, on est bien loin de Dead like me, d’ailleurs le terme de faucheuse pour désigner Charley est franchement abusif. Elle fauche que dalle, mais je vais vous laisser découvrir quel est exactement son rôle en lisant le livre, sinon vous n’aurez plus grand-chose à vous mettre sous la dent.
Disons-le tout de suite, la mythologie évoquée dans ce roman ne m’a pas emballée, une question de goût plus qu’autre chose, ça n’est pas mauvais en soi, c’est juste trop chrétien pour moi. En outre, les explications sont très superficielles, comme dans tout premier tome qui se respecte, alors j’imagine que c’est pour laisser des choses à dévoiler dans les volumes suivants.
L’histoire non plus ne m’a pas séduite plus que ça. L’intrigue policière est pendant longtemps mise de côté et j’ai vraiment eu l’impression qu’il ne se passait rien durant un bon tiers du bouquin. Il y a un grand creux vers le milieu du récit, uniquement comblé par les bavardages répétitifs de Charley et sa copine Cookie. J’ai trouvé ça très dommage parce que l’idée de cette détective médium est intéressante, pas novatrice, certes, mais pleine de potentiel. Et puis des fantômes (surtout ceux qui peuplent ce roman) en urban fantasy ça change un peu…
J’ai aussi été un peu gênée par le côté peu crédible de certains événements. Vous me direz que quand on lit de la fantasy, la crédibilité ça fait plutôt rigoler, et pourtant non, j’ai besoin d’une certaine vraisemblance. Peu importe qu’on me raconte des trucs dingues, mais il me faut un minimum de logique, que ça sonne même lointainement vrai, ce qui laisse parfois à désirer dans cet ouvrage.
Par contre, mon amie avait raison sur un point, j’ai adoré Charley. C’est un personnage très bien construit, toutes ses réactions, ses manies, ses habitudes résultent d’expériences passées, ce qui la rend très vivante. Elle est drôle, d’une exquise mauvaise foi, fainéante, complètement barrée, mais aussi un peu gamine parfois. L’auteur ayant souvent tendance à vouloir trop en faire, tous ces charmants petits défauts peuvent devenir un peu lourds par moment, mais c’est avant tout Charley qui fait l’intérêt du roman. L’intrigue policière, quand l’auteur daigne se rappeler qu’elle doit aussi s’en occuper, n’est pas mauvaise, mais pas transcendante non plus, c’est la personnalité de l’héroïne qui fait qu’on tourne les pages. On s’attache forcément très vite à elle, même quand elle devient casse-pieds.
Les personnages secondaires sont un peu plus caricaturaux que Charley, mais quand même intéressants, enfin, si on excepte Cookie… Elle a une personnalité en rapport avec son prénom, à savoir très plate, c’est le faire-valoir de base qui ne sert qu’à faciliter la vie de l’héroïne. J’espère qu’elle prendra un peu plus d’épaisseur et d’indépendance dans le prochain volume, sinon autant nous épargner sa présence.
J’admets que Reyes, personnage masculin principal de l’histoire, n’a pas non plus éveillé grand intérêt chez moi. Question de goût une fois encore, je suppose. Je n’ai pas adhéré du tout à l’histoire d’amour. Charley est chiante avec ses genoux qui se dérobent chaque fois qu’elle pense à Reyes. Lire son nom lui suffit pour s’évanouir… L’auteur elle-même s’en rend compte puisqu’elle le fait admettre au personnage qui se désole de son propre comportement. Mais au lieu de calmer le jeu, elle insiste en essayant de faire passer ça avec de l’humour et du coup c’est encore plus soulant…
Au final, c’est un roman distrayant qui se laisse lire, il ne faut pas en espérer plus. Mon avis est donc mitigé, mais je pense lire la suite quand j’aurai besoin de vacances et puis un premier tome n’est jamais le meilleur d’une série. Je suis le genre de lectrice qui veut une intrigue et qui en a vite marre qu’on tire sur la corde. Le fait que tout repose sur Charley passe relativement bien cette fois, mais ça ne sera sans doute pas le cas dans un deuxième volume, alors j’espère que l’auteur a remédié à ces défauts.
On verra bien…