samedi 15 février 2025

Nayra et le Djinn

Une BD de Iasmin Omar Ata, publiée chez Bliss Comics Éditions.



Nayra vit une situation difficile. Elle ne se sent pas bien dans son lycée, où elle subit harcèlement et moqueries parce qu’elle est musulmane. Elle voudrait changer d’école, mais sa famille refuse de l’écouter, lui reproche ses notes en chute libre et lui intime d’être forte.
Nayra se sent seule, bien qu’elle ait une amie proche qui se trouve dans la même situation. Rami est plus fataliste quant à ce qu’elles vivent. Elle essaie juste d’éviter les problèmes et se concentre sur le positif, à savoir leur amitié, ce qui semble agacer Nayra.
J’ai eu de la compassion pour ces deux jeunes filles, mais au bout d’un moment l’égoïsme de Nayra m’a saoulée. Je n’ai pas compris pourquoi elle s’éloigne de la seule personne qui l’a toujours comprise et soutenue. Elle se plaint de son isolement tout en s’isolant encore plus. Quand Marjan lae Djinn entre dans sa vie, elle agit de même avec ellui. Pendant une bonne partie de l’histoire elle n’a aucune considération pour les gens autour d’elle. Et quand elle finit par s’amender, cela tombe un peu à plat. Alors certes, c’est une adolescente en souffrance, elle a des excuses, mais elle n’en demeure pas moins très narcissique.
De manière générale, cette histoire est pleine de facilités et de clichés. Les personnages ne sont pas toujours cohérents et il y a quelques évidents soucis de traduction. C’est dommage, car le thème est intéressant. En outre, on n’a pas souvent l’occasion de voir en littérature ce que peuvent vivre deux jeunes filles durant le mois du Ramadan, alors que c’est important. J’ai également apprécié les quelques incursions dans le monde des Djinns.
Pour ce qui est des dessins, le mélange de pastel et de tons vifs m’a un peu vrillé les yeux, mais c’est joli. Cela apporte de la vie aux dessins qui sont relativement simples. J’ai bien aimé ce style qui va bien avec l’histoire.
Mon avis est donc en demi-teinte. Cette BD ne me marquera pas, mais l’intention était louable. Un public plus jeune que moi sera sans doute aussi plus indulgent.


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lundi 30 décembre 2024

Cursed : Contes et mythes revisités

Une anthologie, publiée chez 404 éditions.

Sommaire :

- Le Château maudit, Jane Yolen
- Rouge comme le sang, Blanche comme la neige, Christina Henry
- Le Pont du troll, Neil Gaiman
- À cet âge, Catriona Ward
- Écoute, Jen Williams
- Henry et la boîte en bois de serpent, M.R. Carey
- Peau, James Brogden
- Faith & Fred, Maureen F. McHugh
- La Malédiction de la fée noire, Karen Joy Fowler
- Wendy Darling, Christopher Golden
- Fée loup-garou contre vampire-zombie, Charlie Jane Anders
- Regarde dedans, Michael Marshall Smith
- Little Red, Adam Stemple & Jane Yolen
- Les Joyeuses Danseuses, Alison Littlewood
- Encore, Tim Lebbon
- La Fille qui venait de l'enfer, Margo Lanagan
- Nouveau millésime, Angela Slatter
- Haza et Ghani, Lilith Saintcrow
- Haine, Christopher Fowler
- L'Éveil du château, Jane Yolen

Des malédictions comme s’il en pleuvait !
J’adore les anthologies. D’une part elles permettent de découvrir des auteurs, d’autre part il y a souvent du Fantastique dans celles consacrées aux récits SFFF. Je parle du Fantastique à l’ancienne, mon genre de prédilection, et pas du fourre-tout qu’on essaie de faire de ce genre méconnu de nos jours. Bref, je suis toujours ravie de lire une anthologie, mais le risque est de tomber sur des textes très inégaux. C’est comme les papillotes, tu peux te délecter d’une délicieuse pâte de fruit ou grimacer devant un écœurant chocolat. C’est le jeu ma pov’ Lucette. Ici, le ratio entre pâtes de fruit et chocolats est plus que correct.
L’anthologie regroupe vingt textes : dix-huit nouvelles, deux poèmes. Je parlerai peu de ces derniers, aussitôt lus, aussitôt oubliés, cependant leur placement dans l’ouvrage était judicieux. Ces deux textes qui se répondent font office d’introduction et de conclusion. On entre et on sort du conte par leurs portes.
Tout ouvrage qui propose des réécritures de contes, en plus de son thème sur les malédictions, se doit d’avoir un récit inspiré de Blanche Neige, probablement l’un des contes les plus connus au monde. Cependant, ne vous y trompez pas, le conte de Christina Henry est un hybride et la fille au teint de porcelaine et aux cheveux noirs comme le jais n’est pas la seule à lui conférer son essence. J’ai beaucoup aimé ce conte, un rien classique, mais très agréable à lire.
Vient ensuite un texte de Neil Gaiman : Le Pont du troll qui est probablement sa nouvelle la plus connue avec Chivalry. Les deux ont fait le tour des anthologies… C’est un bon texte Fantastique, au symbolisme subtil, et si vous ne le connaissez pas c’est l’occasion de le lire.
À cet âge de Catriona Ward est un récit horrifique dans lequel le malaise se diffuse lentement. Son atmosphère d’étrangeté m’a beaucoup plu ; on y vogue comme en un rêve. Cependant, l’histoire se délite sur la fin et il a manqué quelque chose pour que cette nouvelle me semble aboutie. Je ne saurais dire quoi cependant.
Écoute de Jen Williams est un très bon texte, poétique, intelligent, qui a la saveur des contes et des mythes, tout en gardant sa propre originalité. Ce n’est pas la nouvelle qui m’a le plus enthousiasmée — question de goût — mais c’est une réussite.
Henry et la boîte en bois de serpent de M.R. Carey est un récit drôle et efficace qui se lit en deux temps trois mouvements. Il allège un peu cet ouvrage, malgré les thèmes philosophiques cachés sous sa généreuse couche d’humour.
Peau de James Brogden est un récit perturbant, un rien moralisateur sur les bords, mais qui ne manque pas d’intérêt. Comme pour la nouvelle de Ward, j’ai trouvé qu’il y manquait quelque chose.
Avec Faith & Fred de Maureen F. McHugh je suis arrivée sur un terrain familier. C’est du bon, très bon, Fantastique, qui nous promène entre deux mondes. Un rien d’horreur subtile, un parfum de merveilleux discordant et une bonne vieille malédiction donnent à ce récit sa profondeur ainsi que son originalité. J’ai beaucoup aimé. C’est pour moi l’un des meilleurs textes de cette anthologie.
La Malédiction de la fée noire, qui fait suite, m’a en revanche laissée un peu perplexe. Ce récit mêle songe et réalité dans un conte morcelé tel un miroir brisé. J’ai compris où voulait m’emmener l’autrice, mais cela ne m’a fait ni chaud ni froid, même si j’ai apprécié son style.
Dans Wendy Darling, Christopher Golden ne prend pas beaucoup de risques. Il utilise le sous-texte bien connu de Peter Pan pour nourrir les névroses d’une Wendy adulte qu’on ne peut que plaindre. Ce n’est pas mal écrit ni mal amené, mais ça manque cruellement d’originalité.
Heureusement, vient ensuite Fée loup-garou contre vampire-zombie de Charlie Jane Anders, une nouvelle rafraîchissante et énergique. J’aurais pu en lire encore des pages et des pages. C’est drôle, efficace et de la bonne Urban Fantasy. J’ai d’autant plus apprécié ce récit que sa légèreté fait du bien dans une anthologie aux textes et thèmes majoritairement sombres.
Regarde dedans est une nouvelle intéressante, du bon Fantastique, avec une fin ouverte, qui oscille un peu entre l’horreur et autre chose de plus diffus. J’aurais néanmoins aimée qu’elle soit davantage étoffée.
Little Red est l’un des textes les plus sérieux de cette anthologie, avec des séquences hallucinatoires ou rêvées, on ne sait pas trop, qui sont porteuses d’un fort symbolisme. C’est un récit perturbant — il est écrit pour l’être — qui parle d’abus et de troubles mentaux de manière pudique mais très dérangeante.
Les Joyeuses Danseuses d’Alison Littlewood est un autre récit Fantastique comme je les aime. Il a la saveur des contes et j’ai beaucoup apprécié l’escale aux îles Shetland ainsi que le symbolisme subtil caché entre les lignes.
Encore de Tim Lebbon ne m’a pas particulièrement plu. Le thème est du déjà-vu mais ce n’est pas tant ça le problème. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au personnage que je ne trouve ni sympathique ni cohérent.
La Fille qui venait de l'enfer est probablement une nouvelle qui ne parlera pas à tout le monde. Un peu comme pour La Malédiction de la fée noire, on se retrouve dans un récit onirique où le symbole prévaut sur la logique. C’est un long rêve fiévreux, plein de détours, qui peut laisser perplexe. Pour ma part, je l’ai trouvé très intéressant et réfléchi. J’aimerais beaucoup relire cette autrice.
Nouveau millésime d’Angela Slatter se fait l’écho d’un conte très connu qui a toujours les faveurs des auteurs quand on leur commande des réécritures, mais elle y apporte sa propre originalité. Encore une fois, c’est un hybride entre deux contes dont je tairais les titres pour ne pas vous spoiler. C’est l’un des rares récits à l’époque moderne de cette anthologie, sans réel élément fantastique. Le texte est prenant, assez évident en soi, mais cela ne m’a pas posé problème car il est bien écrit. Peu importe qu’on connaisse déjà la destination si le voyage est agréable.
Cela faisait fort longtemps que je n’avais pas lu Lilith Saintcrow et je ne garde pas un souvenir impérissable de ses romans. Pourtant, sa nouvelle Haza et Ghani est l’un de mes textes préférés dans toute cette anthologie. Voilà un conte bien écrit ! Elle prend un peu de ci, un peu de ça, juste assez pour que le goût soit familier, et elle le jette dans son chaudron pour y concocter quelque chose de savoureux et de nouveau, qui pourtant résonne dans l’esprit du lecteur, lui rappelle des souvenirs tout en étant autre chose. J’ai adoré cette nouvelle.
Haine de Christopher Fowler n’était peut-être pas le meilleur texte pour clore cette anthologie (même s’il y a un poème ensuite). C’est un bon texte, dont la conclusion grinçante m’a plu, mais le tout est un peu facile pour nous parler du privilège de l’homme blanc fortuné. J’aurais préféré terminer ma lecture sur quelque chose d’un peu plus original et marquant.
En conclusion, je vous invite à lire cette anthologie qui recèle de très bons textes. Tous n’ont pas réussi à éveiller mon intérêt, mais c’est davantage une question de goût que de qualité. En lisant Cursed, vous ne perdrez pas votre temps et il y en a pour quasi tous les goûts dans les genres de l’imaginaire, du Conte à l’Horreur en passant par l’Urban, le Merveilleux et le Fantastique, il n’y a guère que la SF qui manque à l’appel.


mardi 10 décembre 2024

La Machine T2

 Un roman de Katia Lanero Zamora, publié chez ActuSF.

Mon avis sur le premier tome.


Deux frères, deux camps opposés dans un pays qui se déchire. C’est la parfaite représentation de cette guerre qui broie des familles aussi bien que des vies. Écho romancé de la guerre civile espagnole transposée dans un pays imaginaire, cette histoire a des accents de vérité bouleversants.
Dans le premier tome, on avait appris à connaître les deux frères, Vian qui tente de garder la cohésion de sa famille et Andrès en rébellion. De leurs histoires intimes à leur formation d’hommes, on les a vus grandir. On a pu comprendre ce qui, dans l’enfance d’Andrès, a motivé ses choix politiques. Dans cette deuxième parties, ces thèmes sont encore davantage explorés et en particulier quelques zones encore obscures du passé de Vian que l’on avait seulement effleurées.
L’autrice dissèque cette famille sans faux-semblants, les traumatismes, les attentes, l’amour aussi. Elle nous parle du lien profond qui unit les deux frères, mais aussi de leur père, de leur belle-mère, donnant plus de corps à ces personnages que le premier tome laissait plus en retrait. Personne n’est parfait dans ce récit et cela m’a plu. Ce sont juste des humains qui font ce qu’ils peuvent, qui s’aiment même quand ils se déchirent.
Et, au-delà de leur histoire personnelle, il y a la guerre, la politique et la mégalomanie de certains. L’autrice en a exploré les zones les plus sombres, les conséquences aussi. On sent l’importance que cela revêt pour elle et c’est d’autant plus bouleversant.
J’ai été happée par ce récit si humain, dont il se dégage tant de sincérité. On peut sentir la vérité dans la fiction, comme un fil de chaine qui donne sa forme au tissage.
Ces personnages et ce récit vivront encore longtemps dans ma mémoire. Je vous conseille chaleureusement cette duologie qui existe d’ailleurs dans une belle édition reliée en version intégrale.

lundi 11 novembre 2024

Le Café secret des nuits de pleine lune

Un roman de Mai Mochizuki publié aux éditions Nami.


Présentation de l'éditeur :

« Le Café de la pleine lune n’a pas d’adresse fixe. De temps à autre, il apparaît là où bon lui semble : dans une rue commerçante, une gare, au bord d’une rivière. »

À Kyoto, un café ambulant tenu par des chats maîtres en astrologie fait son apparition comme par magie les soirs de pleine lune. À la lueur des étoiles, cette mystérieuse roulotte accueille les humains qui en ont besoin.

Fondant au chocolat et sa glace de pleine lune, café glacé au sirop d’aurore… En dégustant les desserts préparés sur mesure, les clients se confient aux étonnants tenanciers à moustaches. Et grâce à la lecture de leur thème astral, tous comprennent peu à peu à quel moment ils se sont égarés. L’interprétation de la carte du ciel leur permettra-t-elle de surmonter les obstacles qui les empêchent de trouver le bonheur ? Inspiré de la croyance populaire japonaise des chats portebonheur, ce roman magique allie sagesse orientale et lecture des étoiles.

Le roman qui a conquis le coeur des lecteurs japonais !

Mai Mochizuki est née à Hokkaido et vit aujourd’hui à Kyoto. Elle est membre du Japan Mystery Writers Association et du Unconventional Mystery Writers Club. Le Café secret des nuits de pleine lune, son premier roman traduit en français, a rencontré un tel succès au Japon qu’il est devenu une série et est en cours de traduction en 17 langues.

Traduit du japonais par Alice Hureau

La vie de Mizuki, la petite quarantaine, semble au point mort. Ses fiançailles ont été rompues abruptement, sa belle carrière de scénariste s’est étiolée et elle vit dans un petit studio déprimant où elle écrit des trames secondaires pour un jeu vidéo. Rien ne l’enthousiasme, elle vivote plus qu’elle ne vit. Pourtant, Mizuki tente un pas hésitant pour remettre sa carrière sur les rails et c’est tout ce que l’unviers semblait attendre pour la pousser en avant.
Le café secret des nuits de pleine lune est un roman feel good entre réalisme magique et onirisme. Mizuki se perd et se retrouve, mais elle est loin d’être la seule. Dans ce récit choral, les personnages se croisent de loin en loin, sans que l’on comprenne tout de suite pourquoi. Leurs histoires s’effleurent ou s’entremêlent selon le moment et l’on prend plaisir à voir ce que deviennent les uns et les autres par touches légères, comme par écho. J’ai aimé tous ces personnages, avec un faible plus prononcé pour Mizuki et Akari, et je me suis souciée de chacun d’eux.
Cette histoire est avant tout profondément humaine et douce. Elle nous offre un regard empreint de bienveillance sur les moments charnières de l’existence ainsi que les répercussions insoupçonnées de nos actions et choix. La dimension fantastique du récit, très éthérée, est agréable. Elle apporte une touche de fantaisie sans verser dans l’excès ni voler la vedette aux personnages.
Dans ce roman, on parle aussi beaucoup d’astrologie, d’un point de vue psychologique et non prévisionnel. J’ai trouvé intéressante la façon dont l’autrice l’incorpore à son récit. Vous n’avez pas besoin d’y croire pour apprécier son usage des symboles. Il suffit de se laisser porter. Pour ma part, j’ai longtemps étudié l’astrologie par intérêt pour son symbolisme. Et même si je suis très dubitative quant à l’idée d’articuler sa vie autour de son thème natal, j’ai trouvé cela très bien construit dans l’histoire. La lecture a été d’autant plus agréable qu’elle a réveillé beaucoup de souvenirs et m’a donné envie de me replonger dans le symbolisme astrologique.
J’ai pris grand plaisir à lire ce roman poétique et très riche en émotions. J’ai adoré la conclusion qui est comme une boucle qui se referme. Lire ce livre, c’est un peu comme faire un long rêve dont on se réveille apaisé. Et en plus il y a des chats. Que demande le peuple ?


mardi 5 novembre 2024

Bride

Un roman d'Ali Hazelwood, en version audio chez Audiolib, lu par Zina Khakhoulia, avec la participation de Quentin Malek.


Ce roman est la première incursion d’Ali Hazelwood en Fantasy et ma première lecture de l’un de ses ouvrages. En toute honnêteté, j’ai levé les yeux au ciel en parcourant le résumé. Une vampire et un loup-garou, deux peuples qui se haïssent, un énième enemies to lovers… Je ne me serais pas intéressée à ce roman si je n’avais parcouru les sorties audios en Fantasy. J’avoue, j’avais oublié le résumé et je ne l’ai pas relu avant d’écouter l’extrait. Or, ce que j’ai entendu m’a beaucoup plu, assez pour me faire acheter ce livre.
Misery Lark est la fille d’un puissant conseiller vampire et a été instrumentalisée toute sa vie. Rejetée par les siens (pour une raison un rien bancale, mais bon ça fait toujours bien d’avoir une outcast comme héroïne à ce qu’il semble…), elle a choisi de vivre parmi les humains jusqu’à ce qu’on la force à sortir de sa retraite. Son père a besoin de créer une alliance avec les loups-garous et souhaite une fois de plus l’utiliser. Cependant, elle a ses propres raisons d’accepter le marché et ça, c’était intéressant.
Pendant la première moitié du roman, j’ai beaucoup apprécié Misery. Elle se montre intelligente et pragmatique. Elle sait qu’elle n’est pas puissante et ne le sera jamais, alors elle utilise sa seule arme, son cerveau. Ce qui est rare dans ce type de roman où l’héroïne commence toujours rejetée et finit en badass surpuissante. Non, Misery n’est pas comme ça. Elle est courageuse, sans être bravache. Elle n’espère pas être sauvée car elle sait qu’elle est seule. Son histoire m’a beaucoup touchée et ses motivations également.
Lowe en revanche (oui on peut faire pire que Misery comme prénom) est un cliché sur pattes. Un gars bien, gentil et tout… mais sans réel relief. Cependant, l’intrigue principale était assez intéressante pour que je sois bien disposée à son égard comme à celui de Misery.
Malheureusement, cette intrigue s’essouffle vite. Les personnages, qui au début étaient acteurs de leur destinée, finissent par se laisser balloter par l’histoire. À partir du moment où ils se rapprochent, on ne suit plus que l’évolution de leurs rapports intimes (même pas de leurs sentiments) et c’est assez pénible à lire, d’autant que c’est très mal écrit. J’ai mis ces passages en lecture accélérée, c’est vous dire…
Ce roman partait vraiment bien et, même si l’intrigue était un peu prévisible, j’étais prête à le lui pardonner. Mais franchement… On a un quiproquo à deux balles qui dure tout le roman, un enemies to lovers avec des personnages qui sont quasi potes dès le départ, une héroïne qui perd ses neurones dès que ses hormones s’emballent… Ajoutons à cela une résolution d’intrigue qui se fait toute seule parce que l’autrice en avait marre et voulait juste écrire du smut et c’est le dernier clou du cercueil. Outre l’épilogue qui est juste là pour annoncer une suite, le roman se termine d’ailleurs par une scène de cul assez malaisante (Dieu sait pourtant que je croyais avoir lu pire…).
Je suis donc sortie de cette écoute très mitigée, parce que la première moitié du roman était bien écrite, drôle parfois, avec des personnages plutôt attachants, l’intrigue tenait la route et la raison pour laquelle Misery accepte le mariage arrangé me plaisait. Mais la seconde moitié était très décevante. J’ai espéré tout du long que l’héroïne retrouve son cerveau, en vain.
La fin ouverte nous promet une suite portant sur d’autres personnages. Je ne sais pas si je la lirai. Malgré tout, j’ai bien aimé l’univers et Ali Hazelwood peut être drôle quand elle veut.
Je me dois aussi de mentionner l’excellent travail de la lectrice.

lundi 7 octobre 2024

Le crime du SS-Orient, Le club des amateurs de romans policiers T2

Un roman de C. A. Larmer, en version audio chez Audible, lu par Axelle Bossard.


On retrouve le Club des amateurs de romans policiers plusieurs mois après les faits du premier roman. Ils ont décidé de participer à une mini croisière tous ensemble car le bateau, reproduction d’un paquebot de luxe, leur rappelle leur autrice préférée : Agatha Christie.
Tout comme pour le premier roman, une scène d’exposition annonce le crime à venir. Tous les ingrédients sont là pour nous offrir un bon huis-clos.
On sent que l’autrice aime passionnément les romans policiers. Elle invite son lecteur à jouer avec elle, donne des indices, brouille les pistes, pour le faire participer à l’enquête. Elle y réussit fort bien. Si vous parvenez à résoudre le puzzle, vous ne serez pas agacé mais au contraire fier de vous.
L’intrigue policière est excellente. Ce qui pèche un peu, en revanche, c’est le traitement des personnages et en particulier Alicia. Entendons-nous bien, j’apprécie ces personnages de manière générale et je trouve que chacun apporte quelque chose. Ils sont cohérents et nourrissent l’intrigue. Cependant, j‘aurais apprécié une plus grande implication du reste du club. À quoi sert d’avoir autant de personnages si on ne change que rarement de point de vue ? En outre, je dois avouer que je n’aime pas beaucoup Alicia, ce qui motive sans doute mon envie de voir davantage les autres. Alicia est une femme intelligente, mais un peu pathétique aussi. Elle passe toute la première moitié du roman à pleurnicher parce que son petit ami est distant et c’est extrêmement pénible. J’ai beaucoup de mal à supporter les personnages dépendants et immatures. Certes, elle n’a pas tous les torts, mais elle fait beaucoup d’histories pour rien.
J’ai de surcroît pensé que l’autrice avait décidé de fabriquer un triangle amoureux (plus que bancal) pour complexifier un peu les relations trop lisses de ses personnages, mais au final je pense surtout qu’elle cherche à en dégager un qui, sans doute, n’a pas assez de personnalité pour plaire aux lecteurs et aller ainsi vers un schéma plus classique du genre. Honnêtement, ça m’agace plus qu’autre chose. Je suis là pour les enquêtes, pas pour la romance. Elle apparait ici comme une case à cocher obligatoire et on en parle beaucoup sans qu’elle n’apporte rien, aussi bien dans le récit que dans la construction des protagonistes. Je ne suis pas contre un peu de romance, si elle est bien écrite, mais c’est loin d’être le cas dans ce roman. De manière générale, les relations entre les personnages — tous les personnages — sont très superficielles.
J’ai écouté ce livre et j’ai davantage apprécié la performance de la lectrice, Axelle Bossard, pour ce tome que pour le premier. J’ai passé un bon moment avec la partie enquête de ce roman et j’espère que la suite sortira aussi en audio, sinon je la poursuivrai en numérique. C’est une bonne série qui a de quoi ravir les amateurs d’énigmes.
Si vous connaissez bien l’œuvre de Christie, il y a fort à parier que vous devinerez à l’avance certains rebondissements, mais ça n’est pas un problème car cela fait partie du jeu de piste, vous ne vous en sentirez pas frustré, bien au contraire.

mardi 16 juillet 2024

Le Royaume des fantômes : Mœurs, folklore, littérature

Un essai de Jacques Finné, publié chez Terre de Brume.


Dès l’introduction, l’auteur exprime son désir de tendre vers l’exhaustivité des sujets traités dans son ouvrage, mais aussi de faire de celui-ci un point de départ pour le lecteur qui souhaiterait mener de plus amples recherches. On ne saurait trop s’attarder si l’on veut pouvoir explorer des pistes aussi nombreuses, le choix est donc logique. Ainsi il évoque le fantôme dans tous ses états et de par le vaste monde, accumulant les anecdotes et références. Il mêle aussi bien les échos de faits divers et croyances populaires que les récits issus de la fiction.
Le choix de mélanger le tout est discutable quand on prétend écrire un essai. L’auteur prend soin de le justifier dans l’introduction, cependant il ne m’a guère convaincue, même si j’ai une affection toute particulière pour la littérature fantastique et que les histoires de fantômes en constituent un pan non négligeable. Je ne suis pas contre le fait d’en parler dans ce livre, la place du fantôme dans l’imaginaire est un excellent complément (et disons-le sans ambages, le livre serait bien mince sans cela) mais la « réalité » (ou ce que l’on croit l’être et qui tient en tout cas du domaine de l’anecdote historique) et la fiction auraient dû être séparées pour davantage de clarté. L’auteur ayant en outre choisi de consacrer le dernier tiers de son livre exclusivement à la fiction, elle aurait pu s’y cantonner et nous éviter quelques répétitions. Au lieu de simplement illustrer le propos, la fiction lui sert à le justifier. Cela franchit à mon sens la ligne de l’objectivité qu’on est en droit d’attendre d’un essai.
On s’égare souvent entre ces pages et certaines informations laissent perplexe. A-t-on réellement l’utilité d’une longue liste de tous les sens figuratifs du terme fantôme et de ses synonymes, ainsi que des expressions populaires dans lesquelles on peut les trouver ? La leçon de vocabulaire mise à part, l’auteur aborde néanmoins de nombreux sujets, dont certains très intéressants. Il n’en reste pas aux apparitions humaines mais évoque également les lieux ou objets fantômes ainsi que le spiritisme. En cela je lui accorde qu’il nous offre de nombreuses pistes de réflexion et, somme toute, une bonne compilation de connaissances sur ce vaste sujet.
Cependant, la construction de cet essai me laisse dubitative. Pas de chapitrage (de temps en temps l’auteur se rappelle de glisser un titre pour esquisser un fantôme de plan — pardonnez le jeu de mot facile — mais persiste à partir en tous sens) ni d’organisation logique. Tous les thèmes se mélangent allègrement malgré quelques tentatives de créer des corrélations par-ci par-là. Cela n’est pas dérangeant à la lecture, pour peu qu’on soit doté d’un esprit curieux de tout, mais bon courage pour retrouver une information après-coup. La dernière partie, concernant le fantôme dans les arts, est un peu plus structurée, mais comme elle colonisait déjà le reste de l’ouvrage ce n’est qu’une compilation de plus, même si elle est cette fois chronologique. L’auteur semble ignorer de surcroît toute la production, pourtant fort riche, des quinze dernières années. On trouve peu de références datant d’après l’an 2000 dans ce livre, mais on peut en pêcher deux ou trois et la plus récente date, je crois, de 2008. Je me suis interrogé sur ce choix et il s’avère après vérification que cet ouvrage est en fait une réédition. Sa parution initiale date de 2012. Il aurait mérité une petite mise à jour, mais ceci explique cela. On ne saurait bien entendu être exhaustif, d’autant que le fantôme s’épanouit davantage dans la nouvelle et qu’on peut facilement passer à côté de certaines perles glissées çà et là dans des anthologies, dont certaines assez confidentielles. Toutefois, il s’en est passé des choses en vingt ans qui méritaient notre attention. Émane aussi d’entre ces pages un parfum de « c’était mieux avant » qui me laisse blasée, mais peut-être n’est-ce qu’une mauvaise interprétation de ma part.
L’auteur ne se prive pas de quelques raccourcis faciles et discutables pour justifier son propos. Certaines de ses remarques suintent la condescendance, voire la misogynie parfois, même s’il s’en défend et encense quelques rares autrices. J’aimerais l’inviter à s’intéresser à l’histoire de la mode et en particulier celle des vêtements féminins, il pourrait y apprendre quelques faits ignorés sur les corsets et dépoussiérer certaines idées reçues. C’est là qu’on voit qu’entre la littérature et l’histoire se trouve parfois un vaste fossé qu’il n’est pas bon d’ignorer sous peine d’y verser.
Mais revenons au sujet… Cet essai est donc un tissage de références, évocations succinctes qu’il faut attraper au vol, dont certes l’enchaînement n’est pas désagréable à lire mais aurait mérité une organisation plus rigoureuse et, surtout, substantielle. Pléthore de références et une abondante bibliographie vous ouvriront toutefois les portes de recherches plus ciblées ou de découvertes littéraires fascinantes si tel est votre souhait.