vendredi 9 décembre 2011

Aurore d'Enrique Fernandez

Cette bande-dessinée d'une cinquantaine de pages est publiée chez Soleil, collection Métamorphose.


Notre peuple a perdu la foi...
Les dieux anciens, qui nous protégeaient pas le passé, sont aujourd'hui offensés que nous les ayons oubliés en ces temps de pénurie.
Y aurait-il une dernière chance pour que nos esprits brillent à nouveau tels une aurore après la nuit ?

Le peuple de la petite Aurore est divisé : d'un côté ceux qui croient encore aux esprits anciens, de l'autre ceux qui, au désespoir, ont choisi de ne plus croire en rien. Néanmoins tous semblent d'accord sur un point : ils ne veulent pas quitter leur terre natale malgré leurs difficultés. Alors certains persistent à tenter de survivre, tandis que d'autres baissent les bras.
Cependant, un événement extraordinaire va tout changer, un ruisseau doré serpente soudain en plein cœur de leur village, transformant en statue les deux téméraires qui ont osé y toucher...
Ainsi commence la quête d'Aurore, prisonnière entre deux mondes, entre celui des hommes et des anciens, auprès des esprits de la terre.
Avec pour compagnon Vokko, étrange esprit-animal, cynique et désabusé, elle va devoir trouver un moyen de venir en aide à son peuple et de se sauver elle-même.

"Vous cherchez toujours à avoir une réponse pour tout et quand vous ne l'obtenez pas directement vous enquiquinez tout le monde jusqu'à ce que qu'on vous la donne."
C'est ce que Vokko dit à Aurore au début de sa quête, alors qu'elle ne sait plus qui elle ni d'où elle vient. Et c'est à la fois drôle et triste, mais ça montrera aussi par la suite, d'une certaine façon, que la ténacité a quelque chose de touchant dans sa naïveté.

C'est vraiment une très belle histoire. Parfois mélancolique, d'autres fois émouvante ou drôle, toujours empreinte d'une certaine magie et de chamanisme, mais également d'un pragmatisme un peu désabusé qui rend le tout très réaliste. C'est un curieux mélange, mais il prend bien.
Il a la saveur des contes, récits connus depuis toujours, qui parlent si bien à cette partie de nous, la plus lointaine, qui s'exprime en sensations et non en mots. Quelles que soient les diversités de nos cultures et de ceux que nous avons entendus enfants, il y a toujours dans ces contes quelque chose qui fait écho à nos propres croyances. Les contes sont des passerelles entre les cultures et celui-ci ne fait pas exception.
Cette quête initiatique nous montre les plus mauvais côtés de l'humanité, mais également les meilleurs. Nous ne valons certes pas grand-chose, comme le lui font remarquer les êtres qui croisent le chemin d'Aurore, mais demeure en nous une certaine poésie qui, si nous savons l'écouter, nous fait faire aussi de belles choses.
La fin est vraiment magnifique et m'a totalement séduite. Je ne m'attendais pas du tout à cela, mais j'ai trouvé qu'elle sonnait particulièrement juste. C'est elle qui donne toute sa dimension poétique à cette histoire qui sinon pourrait sembler un peu vaine.
J'ai adoré le personnage de Vokko, ses répliques cinglantes, sa nature à la fois cynique et fidèle, mais s'il reste mon préféré, les autres personnages se sont révélés plus attachants que je ne l'aurais cru au départ. Que ce soit Moma, les parents d'Aurore ou la petite peste qu'est cette dernière, tous ont su gagner mon affection, même fugacement.
J'ai beaucoup apprécié l'aspect à la fois brossé et délayé des couleurs. Le rendu est magnifique sur les paysages. Par contre le dessin est assez particulier. Si Vokko est génial et qu'Aurore a une bonne bouille, comme d'ailleurs les esprits qu'elle croise, ainsi que Moma la chaman, les villageois eux ne m'ont pas vraiment charmée. Un peu trop figuratifs, peut-être... Et j'ai parfois trouvé que leurs expressions manquaient de nuances. Mais c'est une question de goût car le tout est néanmoins très cohérent dans son style et nous offre vraiment un bel album.
La dernière illustration d'aurore et de Vokko est tout simplement sublime.
C'est une histoire tous publics, mais j'aurais bien du mal à vous dire à qui elle s'adresserait le mieux et ça me gêne un peu... Entre ses nombreuses métaphores et son style graphique particulier, je doute qu'un jeune public y trouve son compte. Cependant, à l'inverse, des adultes pourraient trouver le tout, histoire comme illustrations, un peu simpliste. C'est une affaire de charme, il opère ou pas, mais j'ai trouvé quant à moi que malgré sa simplicité il avait un petit quelque chose de spécial.


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