dimanche 2 novembre 2014

À Argol il n'y a pas de château

De Philippe Le Guillou, publié chez Pierre-Guillaume de Roux Éditions.

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Argol


Présentation de l'éditeur :
De l'amitié, nouée dès 1931, avec Quéffelec, le finistérien, compagnon de Normale Sup ; naîtront voyages et promenades, émaillées de conversations mais aussi de silences... C'est au gré de cette exploration inlassable, à l'embouchure soudaine des paysages marins de Bretagne, que Julien Gracq, l'homme de la Loire, bâtira son château intérieur, pierre angulaire d'une oeuvre vouée au mystère et à la re-création permanente. Le lumineux hommage, en forme de pèlerinage secret, de Philippe Le Guillou à l'auteur mythique du Château d'Argol et du Rivage des Syrtes.


À Argol il n’y a pas de château se révèle à la fois essai et carnet de notes, souvenirs en vrac, pensées éparses, tous tenus ensemble par le fil rouge de l’amitié et d’une admiration sans borne. Philippe Le Guillou nous parle de l’homme tel qu’il l’a connu : Louis Poirier le professeur discret, fuyant les honneurs et Julien Gracq de son nom de plume, le conteur tant aimé de ses lecteurs, cartographe de l’attente et inlassable écrivain d’une Onirie à la frontière de l’éveil, toujours prête à basculer.
Cet essai fragmenté, dont la forme aurait sans nul doute beaucoup plu à Gracq, est composé de courts chapitres, des feuillets arrachés aux souvenirs. L’homme et l’auteur sont dessinés par touches, la plume effleurant les contours d’une silhouette qui s’échappe. Comme j’ai aimé deviner Louis et Gracq dans ces pages !
L’auteur nous parle des amitiés de Gracq, du surréalisme, de la magie particulière qui se dégage de ses écrits, de sa façon de concevoir l’écriture, de la marche et de l’attente, d’Argol et de la forêt ardennaise… Tout cela au gré de ses remembrances.
Je suis pour ma part persuadée que Gracq est de ces auteurs qu’on vénère d’emblée, et qu’alors on aimera toujours, ou que l’on délaisse à jamais si l’on n’est pas aussitôt happé par ses récits.
Ce fut lors de ma première année à l’université que je lus pour la première fois les écrits de Julien Gracq. J’avais pris, pour diverses raisons triviales, la très mauvaise habitude de sécher le cours de littérature comparée malgré l’intérêt que j’avais pour les œuvres étudiées au premier semestre et que je connaissais déjà. Néanmoins, en fille sérieuse, j’acquis les deux lectures du second semestre : Au château d’Argol et Le rivage des Syrtes. Pour quelle obscure raison choisis-je de commencer par Au château d’Argol ? Je n’en sais rien, mais une fois les pages soigneusement coupées et la première d’entre elles nonchalamment tournée, je fus prise dans les rets de l’écriture de Gracq et je tombai immédiatement amoureuse de ce roman. Aurai-je eu le même coup de foudre si j’avais commencé par Le rivage des Syrtes ? Je suis persuadée que non, bien que ce roman soit tout aussi remarquable.
Le fait est que je n’ai plus, sans doute au grand étonnement de mon professeur, jamais séché un cours de littérature comparée durant les quelques années que j’ai passées à regarder le temps filer à l’université. Qu’ils aient parlé de Gracq ou non, ces cours sont de loin mon meilleur souvenir de cette époque, ils m’ont beaucoup appris, tout en étant ma récréation de la semaine.
J’ai beaucoup digressé, je le crains. Je ne suis pas coutumière des anecdotes personnelles, chaque ouvrage que je lis mérite que je m’oublie pour mieux parler de lui, mais c’était à l’aube de ma vingtaine et Gracq m’a vraiment aidée à me construire. Il y a quelque part dans ma cartographie intérieure un château, un cimetière, une forêt, une chapelle…
Tel est l‘incipit de mon histoire d’amour avec Au château d’Argol, roman qui n’a cessé depuis d’exercer sur moi une certaine fascination et est devenu une sorte de Mystère personnel. Il fallait que je vous raconte cela pour que vous compreniez mon attachement à son auteur.
C’est avec une grande nostalgie que je repense toujours à cette première rencontre avec Gracq et à ces pages découpées durant ce moment à part qui précède la lecture. Couper les pages pour libérer les mots. Prisonniers, ils n’aspirent qu’à s’échapper. C’est un rituel désuet que je regrette pourtant, quelle mélancolie s’est emparée de moi quand j’ai acquis, il y a peu de temps, un roman de Gracq dont les pages lisses, massicotées, étaient déjà prêtes à être tournées…
Je n’ai connu Gracq qu’en tant que lectrice admirative et pourtant je ressens la justesse des mots de Philippe Le Guillou quand il trace d’une plume tendre et nostalgique les contours de la silhouette de Julien Gracq. Il n’analyse pas l’homme, il l’esquisse, il ne raconte pas ses écrits, il les évoque.
Cet essai est un chant d’amour pour Gracq à l’usage de ceux qui l’ont lu ou non. Il pourrait vous montrer comment approcher l’ombre de l’homme cachée derrière ses œuvres. C’est une excellente lecture pour mieux connaître Gracq et effleurer ses écrits, pour ceux qui l’aiment déjà et ceux qui aspirent à trouver une porte dérobée vers sa littérature.
Cela m’a donné envie de lire Le dernier veilleur de Bretagne et j’ai dans ma bibliothèque, comme je le disais, un roman de Gracq aux pages soigneusement massicotées que je ne connais pas encore et que je compte déguster.
Je remercie chaleureusement l’auteur et l’éditeur pour ce pèlerinage en terre gracquienne.

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