samedi 16 avril 2011

La locandiera

Comédie en trois actes de Carlo Goldoni.

Mirandolina tient une auberge dans la Florence du XVIIIème siècle. Elle est séduisante et en a bien conscience, les clients se disputent pour ses beaux yeux. Aussi habile à la manipulation qu'elle est belle, elle sait bien quelles limites elle ne doit pas dépasser et tout en n'encourageant jamais ni ne promettant rien - si ce n'est à son valet qu'elle a juré d'épouser et qu'elle fait tourner en bourrique depuis des lustres - elle entretient les sentiments de ses admirateurs.
Mais il y a un homme qui d'emblée ne se montre pas aussi empressé que les autres, un chevalier qui n'hésite pas à la rudoyer, qui se déclare ouvertement misogyne... C'en est vite trop pour Mirandolina qui décide de le remettre à sa place et de le séduire pour lui montrer que les femmes ont vite fait de prendre l'ascendant sur n'importe quel homme...

Nous avons donc une femme sûre de son pouvoir de séduction et de son intelligence, qui prétend du reste défendre la cause de son sexe, un chevalier qui a une piètre opinion de la gent féminine et qui le fait savoir à tout un chacun, un valet amoureux et, de fait, jaloux, des comédiennes en goguette qui cherchent à grappiller quelques présents et faveurs, ainsi qu'en guise de soupirants pour notre rusée aubergiste : un marquis sans le sou et un comte parvenu. Voilà de quoi faire une bonne pièce, sans doute, mais elle ne me marquera pas plus que cela...
Évidemment le théâtre est toujours mieux joué que lu et j'aurais certainement plus apprécié cette pièce en la voyant... En la lisant par contre je me suis quelque peu ennuyée et les effets comiques entourant l'histoire principale n'y ont rien changé.
J'ai apprécié certaines scènes et trouvé Mirandolina très crédible dans les deux premiers actes. L'opposition comique entre le comte qui doit son titre à sa richesse et le marquis, de vieille noblesse, qui est un vrai pique-assiette est assez amusante, mais le serait plus si elle n'avait pas vite versé dans l'excès. J'ai eu juste envie d'attraper le marquis et de le virer de la scène, comme j'ai eu envie de le faire pour les deux comédiennes qui deviennent vite agaçantes (surtout Ortensia, Dejanira, elle, apporte un peu de fraîcheur à l'ensemble.)
J'ai trouvé tout ceci trop long et trop tarabiscoté, même en prenant en compte l'exagération propre (et nécessaire) au théâtre en général et à la comédie en particulier.
Mirandolina est un personnage très intéressant et Goldoni a vraiment bien brossé et rendu sa rouerie en mettant au jour de nombreuses ficelles de séduction dont la réussite n'est plus à démontrer. Elle flatte notamment les penchants du chevalier, puis se montre soumise et empressée à le servir, ensuite, une fois sa sympathie gagnée elle se contente surtout de silence pour laisser s'installer le quiproquo sans avoir rien à faire d'autre que d'être présente. Par contraste avec les comédiennes de l'époque dont il est couramment admis qu'elles étaient des coureuses toujours prêtes à se faire entretenir et donc à faire métier de leur séduction, Goldoni nous montre qu'il faut se méfier plus encore de celles qui semblent ne pas chercher à séduire. En effet, les comédiennes n'arrivent à rien avec le chevalier, Mirandolina, elle, plus rusée, plus dissimulatrice et en même temps plus honnête, car elle le laisse se faire des idées plus qu'elle ne lui fait des avances, parvient à le rendre fou alors qu'il a bien conscience de ce qu'elle est en train de faire et qu'il se précipite dans la toile qu'il a lui-même tissée. Mais elle l'a ferré, quand bien même il essaie de fuir, il sait qu'il est perdu...
Si la première partie de la pièce est très significative et pas dénuée d'une certaine logique, la suite m'a par contre laissée dubitative. S'il nous prouve à quel point une femme sait s'y prendre pour obtenir ce qu'elle veut, et même au-delà de ses espérances, Goldoni nous démontre aussi que le chevalier a finalement bien raison d'être misogyne...
C'est peut-être parce que je suis une femme que cette histoire m'a dérangée, d'une certaine manière. Mirandolina, toute rusée qu'elle est, s'enlise dans ses manigances et finit par ne plus pouvoir s'en sortir sans le secours des hommes. Bien fait pour elle, me dira-t-on et je penserai de même, seulement ça manque de cohérence dans ce contexte, c'est une morale de complaisance... Et même si les personnages masculins n'en sortent pas vraiment grandis, la fin ne me fait pas moins l'effet d'un cours d'eau qu'on aurait dévié par caprice au lieu de le laisser aller dans son lit naturel...
Mirandolina est pourtant celle qui s'en tire le mieux au final, obligée de se marier, mais l'étant déjà de toute façon, elle pense à cette union comme à une mascarade qui l'arrange bien mais ne la privera pas de sa liberté. Fabrizio, le valet, est quant à lui ravi d'obtenir ce qu'il voulait, sans se rendre compte qu'il n'en a pas fini avec les frasques de sa charmante future épouse, le marquis et le comte se sont fait retourner comme des crêpes et en plus sont contents, le chevalier a décidé de fuir définitivement les femmes... On n'est pas loin en fait du début de la pièce...
Ça aura au moins eu le mérite de me faire travailler un peu mon italien.

C'était ma lecture théâtre pour le défi d'ABFA et de Vampires & Sorcières.


jeudi 14 avril 2011

Grand-mère, tableaux de la vie campagnarde

Un roman de Božena Němcová, publié aux éditions Zoé, collection les Classiques du monde, sous le titre Babitchka.
ISBN : 9782881826283.

Présentation de l'éditeur :
La babitchka (grand-mère en tchèque) de Bozena Nemcova est devenue au fil des ans la grand-mère la plus célèbre, la plus célébrée et la plus choyée de la littérature romanesque tchèque. D'un regard serein, cette vieille femme observe les saisons défiler sur une petite vallée de Bohême et lorsque celle-ci se voit troublée par les catastrophes naturelles, par la présence de l'armée, les vicissitudes de l'amour, la tragédie amoureuse ou la folie, sa sagesse et son humour, en quelques mots, ramènent calme et gaieté sur ce petit coin d'univers. Premier grand roman de la littérature tchèque, " chaleureux comme la parole maternelle " (Jaroslav Seifert), Babitchka (Babicka) fait l'objet d'un véritable culte dans son pays. La vallée de Ratiborice, au nord-est de la Bohême, rebaptisée " Vallée de Babitchka ", continue d'être visitée, et le roman, trois fois adapté à l'écran, a connu plus d'une centaine d'éditions.

Puisque ce livre fait partie de la liste que j'ai proposée à Azilys et qu'il est l'un de ceux qui m'ont profondément marquée, je me suis dit qu'il méritait bien que j'en parle un peu ici...
En vérité ce billet date du 2 janvier 2009, je l'avais posté sur un autre de mes blogs et en le relisant je me suis dit que je ne pourrais pas mieux expliquer ce que j'ai aimé dans ce livre...

C’est une lecture très apaisante, avec des personnages attachants et une histoire délectable que j’ai dégustée chapitre par chapitre, car je savais bien qu’elle me laisserait nostalgique… Quitter cette grand-mère a été un peu comme quitter la mienne. J’ai ressenti une sorte de tristesse et, paradoxalement, une impression d’accomplissement.
Oui, je crois qu’au final c’est ce que j’ai le plus retenu de cette lecture, cette sensation d’accomplissement et je crois sincèrement que c’était l’effet recherché par l’auteur car Grand-mère a vécu son existence selon ses propres principes, en acceptant toujours ce que chaque jour lui apportait. Comment ce que m’évoque cette lecture aurait-il pu alors être différent quand de cette vie se dégage un tel sentiment de sérénité et de complétude ?
C’est un magnifique roman, teinté de cette vision idéalisée que l’on garde des moments heureux de son enfance et qui lui donne des allures de conte. C’est le roman d’une fillette (comment, entourée de conteurs comme elle l’était, aurait-elle pu éviter de devenir une si talentueuse conteuse ?) qui a un jour promis à sa grand-mère de ne pas oublier ses paroles et qui en lui rendant hommage avec ce livre a fait aussi un très beau cadeau à son pays.
J’ai tendance à croire que ce qui crée une identité nationale, outre une langue, une culture et des traditions communes, ce sont les légendes, les histoires et personnages locaux. Ce sont nos « mythes » et ils maintiennent une cohésion dans notre culture en lui donnant corps, ils nous font nous sentir proches les uns des autres car ils nous montrent ce que nous avons en commun. Nous chérissons ces personnages un peu comme des membres de notre famille.
Et ce roman nous parle d’une grand-mère qui a conscience d’être à un carrefour entre son ancien monde et le nouveau qui est celui de ses petits-enfants (même si je crois qu’on est toujours entre deux mondes), une grand-mère qui aime son pays, sa langue maternelle et qui est, dans sa famille comme pour ses voisins, une gardienne de la tradition qu’elle entretient et transmet à son entourage. Ainsi cet ouvrage, à son tour, nous transmet un peu de cette tradition. Les chapitres sont des tableaux peints au fil de l’an (même si les événements sont survenus sur plusieurs années, comme l’auteur le sous-entend parfois, le roman est conçu comme une boucle qui suit le mouvement des saisons et nous dévoile certaines traditions, des habitudes ou travaux qui rythment le quotidien des gens, comme un almanach qui serait constitué d’anecdotes et de récits.)
C’est une merveille, un pur moment de bonheur, une lecture que je ne peux que vous conseiller ardemment.

mardi 12 avril 2011

Top ten tuesday : Les (presque) dix livres que j'aimerais voir adaptés en films

Le top ten tuesday est un rendez-vous livresque de The Broke and The Bookish, mais moi j'ai piqué l'idée chez Azilys.

Tout d'abord, pour ce top ten du jour, il faut partir du principe que je ne suis pas franchement très attirée à la base par les films ou les séries télé et encore moins quand il s'agit de l'adaptation d'un livre que j'ai adoré. J'ai toujours peur d'être déçue...
Mais, dans un monde idéal qui respecterait ma sensibilité (et surtout mes délires) de lectrice, j'aimerais voir en film (sans ordre de préférence et sans argumentation valable :P) :

1 Anansi boys de Neil Gaiman.
Il y a eu plusieurs adaptations des ouvrages de Gaiman, mais je crois que celui-ci pourrait particulièrement s'y prêter, même s'il serait très difficile de faire passer toute la richesse narrative de cette histoire dans un film de deux heures...
Non, vraiment, je ne suis pas dingue, enfin pas totalement, je vous assure que ça pourrait faire un super film. (Et j'ai bien conscience que le mot clé de la phrase est un verbe au conditionnel...)

2 L'homme au torque d'or de Simon R. Green.
Mais si, je vous assure... Une parodie de James Bond complètement déjantée, pleine d'action, d'humour et de rebondissements, ça ne peut que faire un super film. A la limite il serait peut-être même mieux que le bouquin...

3 Nightside, encore Simon R. Green.
Quoi ? Ce n'est pas de ma faute si les histoires de Green ont vraiment beaucoup de potentiel cinématographique... Quoiqu'en l'occurrence Nightside se prêterait mieux à une adaptation sous forme de série.
Il y aurait quand même un certain boulot à faire côté scénario pour rééquilibrer le tout en donnant un peu plus d'importance aux personnages secondaires, tout en restant quand même centré sur Taylor.
J'ai tendance à croire que s'il n'est pas du tout gênant qu'il y ait un personnage principal majeur dans un roman ou un film, il faut répartir l'attention du spectateur sur plusieurs personnages de même importance dans une série.

4 Les Gentlemen de l'étrange d'Estelle Valls de Gomis.
Ça serait classe avec une atmosphère très contrastée entre une réalité très sombre et des couleurs très flash. Oui je me doute que vous ne voyez pas du tout ce que je veux dire par là, mais c'est très net dans mon délire de livropathe...
(Et un Ernest animé en prime ça serait génial.)

5 La série Fever de Karen Marie Moning.
Eh oui, moi aussi... Même si je n'ai lu que le premier tome et que je pense que l'histoire se prêterait mieux à une série qu'à un film.

6 Le lit d'Aliénor de Mireille Calmel.
Le rythme de l'historie se prêterait peut-être mieux à une série de téléfilms, mais on prendrait alors le risque que ce soit d'un kitsch absolu ce qui serait vraiment dommage.

7 Les lames du Cardinal.
Je crois que quand on l'a lue, il paraît évident que cette trilogie très visuelle et peu axée sur l'introspection est faite pour être filmée. Elle pourrait du reste être tout à fait grandiose.

Et... Non je ne suis pas fichue d'en trouver dix, en tous cas pas pour le moment, mais ma mémoire fera peut-être tilt un peu plus tard, allez savoir...

mercredi 6 avril 2011

Read if you can...

Le challenge qui ne risque pas d'avoir froid aux yeux...


Cliquez sur le logo pour voir le billet de départ du challenge et ici pour celui de sa préparation.


Le principe est simple :
Chacune conseille à sa filleule cinq livres qu'elle juge excellents (et susceptibles de lui plaire) dans un des genres que celle-ci aime le moins, puis doit lire à son tour entre un et cinq des ouvrages que lui conseille sa marraine.

Ma marraine sera donc Mlle Pointillés qui doit me conseiller de le romance ou romance paranormale (pitié, ne sois pas trop cruelle avec moi).
Et ma filleule est Azilys, à qui je dois conseiller des classiques ou de la littérature contemporaine.

Et pour la petite histoire...
Tout a donc commencé sur le blog de Rose, un mardi soir... Comme à leur habitude des lectrices compulsives se creusaient la tête pour découvrir de quel fichu bouquin était extrait un obscur passage... Parce qu'elle aime torturer les braves gens cette chère Rose... Et... c'est alors que tout a dérapé.
Allez savoir pourquoi, mes souvenirs de cette soirée sont bizarrement très flous... Je ne sais plus comment lui est venue cette idée perfide... Mais je me souviens qu'Angie et moi nous avons chercher (et trouvé) pas mal d'idées tordues pour l'empêcher de la mener à bien... Peut-être aurions-nous dû être plus discrètes...
Et puis tout s'embrouille... Il me reste des bribes d'un rêve étrange dans lequel je tentais de m'enfuir à l'étranger munie d'un faux passeport... Puis je me suis réveillée le lendemain avec une terrible migraine et inscrite à un challenge pour le moins terrifiant.
Puisse cette expérience vous servir de leçon.

mardi 5 avril 2011

Traquée

Un roman de Cassandra O'Donnell, publié chez J'ai Lu.

Nouvelle-Angleterre, Burlington... Pas de délinquance, élue la ville la plus paisible des États-Unis, bref, un petit havre de paix pour une sorcière condamnée à mort et bien décidée à vivre discrètement et clandestinement parmi les humains. Malheureusement, en arrivant ici, je me suis vite aperçue que la réalité était tout autre et qu'il y avait plus de démons, de vampires, de loups-garous et autres prédateurs que nulle part ailleurs dans ce foutu pays. Mais ça, évidemment, ce n'est pas le genre de renseignements fournis par l'office de tourisme. Maudit soit-il...

Le résumé ne me branchait pas plus que ça, le format encore moins... Pourquoi me suis-je alors laissée tenter ? En fait, je n'aurais pas posé les yeux sur ce livre si je n'avais pas lu les premiers chapitres sur Vampires et Sorcières. Peut-être que si j'avais été jusqu'au sixième j'aurais laissé tomber, mais sur le moment l'histoire m'a intriguée. Avec une sorcière, mère de surcroît, comme héroïne, et un intéressant système de clans en arrière-plan (bon je ne suis pas tout à fait bien placée pour savoir si c'était original ou non comme idée), je pensais tenir là de quoi me réconcilier avec ce genre ou au moins un roman distrayant... Sans compter que je n'ai lu que des critiques enthousiastes... Mais j'ai été quelque peu déçue et au final mon avis est des plus mitigés.
Je ne peux pas dire que l'histoire est réellement mauvaise, l'histoire principale j'entends, parce que j'ai plutôt apprécié l'enquête menée par Rebecca, même en ayant été franchement désappointée par la fin que j'ai trouvée bâclée... Bon, c'est vrai, tout dans ce livre est un peu facile, les sentiments comme les situations, le caractère caricatural des personnages principaux comme l'enquête elle-même. Mais je lui ai trouvé l'avantage de ne pas être aussi inégale que c'est souvent le cas pour les ouvrages de ce style dans lesquels l'auteur se souvient souvent à la toute fin qu'il y avait un mystère à élucider et le fait d'un coup de baguette magique... Ici les investigations évoluent petit à petit et même si on voit bien avant Rebecca où tout ça va nous mener, c'est appréciable d'avoir une vraie enquête qui n'est pas là pour colorer une intrigue amoureuse, mais qui est bien l'histoire principale.
Et puis j'ai bien aimé en outre l'idée de ces clans qui au sortir d'une guerre ont bien du mal à collaborer...
Les personnages en eux-mêmes ne sont pas exceptionnels, bien que certains m'aient parus sympathiques, malgré leur côté caricatural. Il y a des seconds rôles intéressants, avec du potentiel, mais peut-être que s'ils avaient été plus développés je leur aurais fait les mêmes reproches qu'aux autres...
Parce qu'en fait ce qui m'a vraiment agacée tout au long de ma lecture, ce qui a en grande partie fait que je n'ai pas aimé, c'est que ce roman me paraît être une somme considérable de clichés et de bouts de ficelles empruntés à d'autres histoires, même si je n'ai probablement pas vu le quart des références qu'il doit y avoir... Je sais qu'on n'invente rien en littérature, que tout revient sous de multiples formes, mais ça m'a laissé une mauvaise impression persistante.
On nous refait aussi le coup exaspérant du lien mystique qui justifie les coups de foudre à répétions et les sentiments faciles, tout en, évidemment, jouant sur le côté couple contre-nature... C'est d'autant plus rébarbatif qu'on sent bien en fait la volonté de l'auteur de trouver à son héroïne un amant dans chacun des clans présents (hourra encore plein de liens mystiques en vue. Quel étrange besoin de toujours se justifier avec des clichés...), tout un cultivant cette histoire d'amour sirupeuse à souhait...
Il y a beaucoup de coquetterie dans cette histoire, je veux dire dans la conception de celle-ci, dans cette trame qui ne va pas au-delà de ce fantasme qu'on essaie désespérément de nous fourguer à toutes les sauces... C'est aussi chiant que de mâchouiller un chewing-gum qui a perdu sou goût depuis longtemps...
Et il y a tellement de choses qui sonnent faux...
Je n'ai pas aimé Rebecca, je ne l'ai trouvée ni cohérente ni vraisemblable (elle torture froidement des gens, mais manque vomir quand d'autres le font devant elle. Elle a été élevée par des psychopathes sans cœur dont l'obsession est l'entraînement de leurs enfants qui doivent devenir de vraies machines à tuer, mais sa grand-mère a pris le temps de lui apprendre à faire un bœuf bourguignon... Ouais, bien sûr...), l'histoire de la conception de sa fille m'a gonflée et la relation qu'elle entretient avec elle sonne aussi creux que ces deux personnages... J'ai été très déçue par tout ce manque de crédibilité.
Et puis Rebecca est une Mary Sue... La version dark, un peu plus supportable et moins courante, pourtant ça ne change rien à l'affaire... Je n'aime pas les personnages surpuissants (et non le fait de lui donner des difficultés à se maîtriser n'y change rien, c'est aussi un trait du schéma de base...)
Mary Sue, tout le monde l'a déjà croisée, que ce soit sous une forme ou une autre... La Mary Sue est donc toute-puissante et exceptionnellement douée en tout, comme je le disais précédemment, mais souvent la pauvre chérie est effrayée par son pouvoir et voudrait juste être normale. Elle est aussi atypique par son physique et souvent son espèce dans les genres de l'imaginaire, supérieure à ceux qu'elle fréquente c'est une élue, une légende, etc., elle est en général coupée de son clan, élevée par d'autres ou, comme c'est le cas pour Rebecca, chassée pour une quelconque raison, mais qui la met toujours en valeur, du bon côté de la barrière. Quoi qu'il en soit, elle est toujours très importante pour son clan, en général c'est une future reine ou un truc de ce genre...
Même ses défauts sont des qualités déguisées... Et ses origines sont souvent obscures, elle finit toujours par apprendre quelque chose sur elle qui la mortifie, mais au final elle gère ça tellement bien qu'elle devient à elle seule un espoir immense pour tous les clans et blablabla...
Bref, les délires habituels...
Vous voyez que vous la connaissez cette brave Mary Sue.
Alors évidemment la version dark est un peu plus rebelle, un peu plus méchante, mais ça reste un tissu de clichés éculés... Cela associé à des minauderies incessantes et à une vie sentimentale pathétique tellement elle est cousue de fil blanc, vous conviendrez que ça peut agacer et qu'on oublie vite le potentiel d'une histoire face à ce genre de personnages...
Ajoutons à cela que le roman est bourré d'erreurs (et pour une fois on ne peut pas taper sur les traducteurs, n'est-ce pas ?), avec des mots à la place d'autres, de nombreuses fautes d'orthographe, de grammaire, de syntaxe, mais surtout de conjugaison et de concordance des temps... Des participes passés à la place d'infinitifs, des imparfaits qui remplacent des passés antérieurs, le verbe faire au subjonctif confondu avec le verbe être, j'en passe et des meilleures...
Oui, je sais, tout le monde fait des fautes et je n'échappe pas à la règle. Je ne me formalise pas en général pour quelques coquilles, mais là franchement c'est se foutre de la gueule du lecteur, l'écriture c'est un métier, l'édition aussi; même pour ce genre de littérature...
Bon, maintenant que j'ai passé mon coup de gueule du jour, que pourrais-je dire pour conclure ?
Ce fut une lecture rapide et heureusement pleine d'action, ça a fait passer plus vite, les minauderies de Rebecca, Raphaël et Mark, mais aussi atténué la superficialité qui se dégage du quotidien de l'héroïne et de sa fille, cependant ça n'en est pas moins une lecture plutôt décevante et les derniers chapitres qui servent d'ouverture à la suite ne m'ont pas franchement donné envie de la connaître, bien au contraire.


samedi 26 mars 2011

L'Héritière d'Owlon

Un court roman (dans les 185 pages) de Patrick S. Vast, publié par les éditions du Riez.

Quatrième de couverture :
Le 5 avril 1860, une terrible tempête de sable engloutit entièrement le petit village de Duynzeele situé sur les bords de la mer du Nord. Le lendemain de la catastrophe, on retrouve le corps sans vie de Sandie Entwistle, une jeune fille dont la destinée bousculera tous les principes de la rationalité, au point de la faire revenir à la vie, et de servir de révélateur à des faits troublants dont l’origine remonte à plusieurs siècles. Sandie, créature mystérieuse, amènera le Dr Wilhem qui a croisé son destin, ainsi que Josef Belecz, un enquêteur bien singulier, dans les entrailles d’une dune, dans les mondes de l’Invisible.

Une belle couverture pour un roman étonnant. C'est bien fait, c'est agréable à lire, mais j'aurais beaucoup de mal à expliquer ce que j'ai aimé dans cette histoire...
Le style est très agréable, l'histoire aussi bien écrite que pensée, même si quelques coquilles surgissent par-ci par-là. Ce qui est assez dommage car c'est bien le seul reproche que je peux faire à ce livre sur le plan formel.
Au cours de ma lecture, je n'ai cessé de penser que le récit coulait comme de l'eau, parfois aussi rapide et voyant qu'un torrent, d'autres fois courant silencieusement sous terre ou bloqué par des obstacles et soudainement éparpillé, mais dont les gouttes finissent toujours par se rejoindre et converger vers l'océan...
Les deux premiers mots qui me viennent à l'esprit pour décrire ce roman sont "troublant" et "étrange".
L'action se déroule lentement, comme un serpent indolent qui s'étire et on ne sait jamais vraiment où l'auteur veut nous emmener, jusqu'à ce que tout se précipite dans les cinquante dernières pages. Bien qu'il y ait un solide fil conducteur, à savoir le devenir de Sandie et ce qu'il s'est réellement passé lors de la tempête, de petites histoires l'entourent, peinant parfois à se recouper, pour mieux frustrer le lecteur, du moins au début... Car elles finiront par se rejoindre en constituant un étonnant et complexe motif.
Le récit flirte avec le fantastique quasiment tout le temps et pourtant ça n'en est pas. J'aurais bien du mal à classer cette histoire dans un genre bien précis et je n'en ai du reste pas vraiment envie, je n'aime pas les étiquettes, même si ça m'aiderait beaucoup de pouvoir lui en coller une afin de vous expliquer ce qu'est ce roman. Car il est difficile à décrire... Je mentirais si je vous disais qu'il s'y passe beaucoup de choses, je mentirais aussi si je disais qu'il s'en passe peu. C'est en fait bien au-delà de ça... C'est à la fois original et classique, imprévisible et pourtant d'une imparable logique.
J'ai beaucoup apprécié cette ambiance incertaine, cette teinte mystérieuse et légendaire qui imprègne de manière diffuse tous les événements qui s'entrecroisent. L'auteur a réussi à me surprendre avec des évidences et ça c'était aussi habile qu'intelligent. D'autant plus que j'aime l'originalité, tout en étant très attachée aux grands classiques du genre et à la vraisemblance de ce que je lis.
J'ai apprécié cette atmosphère trouble de réalité vacillante et ces personnages profondément humains qui semblaient tous liés les uns autres, qu'ils en aient ou non conscience, même si j'aurais aimé en apprendre beaucoup plus sur eux et sur le fin de mot de cette histoire. Sandie, malgré son inaccessibilité, est un personnage vraiment attachant et je me suis prise à m'inquiéter sincèrement pour elle et à éprouver une certaine nostalgie en la quittant.
Ce fut une bonne lecture qui m'a laissée une impression durable de rêve éveillé, de ceux que l'on fait au sortir d'un lourd sommeil, quand on n'arrive pas à se rendormir ni se réveiller vraiment.


Ce livre est pour moi le quatrième dans la catégorie imaginaire du défi ABFA et V&S 2011.

samedi 19 mars 2011

Loup y es-tu ?

Un roman d'Henri Courtade, publié aux éditions Mille saisons.

Quatrième de couverture : 
Et si les êtres maléfiques des contes de notre enfance existaient réellement ? 
Sans doute ces créatures vampiriseraient-elles notre planète. Elles seraient de tous les génocides, manipuleraient les plus grands dictateurs. Bref, tapies dans l’ombre d’Hitler ou sous le feu des projecteurs des plateaux télé, elles auraient entre leurs mains expertes le devenir de l’humanité.

Sinistre tableau !

Si de tels êtres vivaient, il serait à souhaiter que leur alter ego bienfaisant existe également. Qu’en ce début du XXIe siècle, ces personnages merveilleux s’éveillent et décident de se battre.

Et alors, qui sait de quel côté la balance pencherait…

Les lectures de février n'ayant pas été bien transcendantes, je n'ai pas eu grand-chose à dire ces derniers temps...
Ensuite je me suis payé le luxe d'une délicieuse relecture... Et ce fut sans doute une bonne chose car elle semble m'avoir ramenée vers de plus enthousiasmants ouvrages, celui-ci notamment.
Derrière cette sublime couverture se cache un roman étonnant et assez difficile à décrire, si bien que je me débats depuis un moment pour écrire un avis qui lui rende justice...
Pour moi qui suis une lectrice de fantastique et qui suis généralement obligée de me rabattre sur de la fantasy, ça a été un pur bonheur de voir s'effriter dans ce livre la frontière entre les deux genres car souvent, très souvent, il m'a semblé voir se dédoubler l'histoire, entre réalité logique et merveilleux magique, et retrouver du vrai fantastique, aux mêmes tons gris et incertains que les robes de Virginia. Du fantastique pour une histoire trouble, riche de détails, de pistes, de possibilités...
Imaginez, donc, comme le laisse entendre le résumé, que les créatures des contes de notre enfance sont parmi nous, imaginez que depuis des coins d'ombre ou même en pleine lumière, ces créatures agissent inexorablement sur le devenir de l'humanité...
Et si nous suivions leurs traces, que découvririons-nous ?
Un ouvrant ce livre, ces personnages que l'on croyait si bien connaître, pour les avoir longtemps côtoyés enfants, au point qu'ils nous paraissent être de vieux amis, nous entraînent dans leur sillage entre manipulations et complots mondiaux, rêves de gloire de jeunes filles insouciantes, souvenirs de guerres passées dont les comptes ne sont toujours pas soldés et réminiscences d'histoires (ou d'Histoire) si familières et pourtant si lointaines... Car finalement tout est-il ce qu'il semble être ? Connaît-on vraiment ces contes et leurs personnages ? Connaît-on réellement notre propre histoire ?
Reflets changeants d'un miroir à un autre, courses poursuites et jeu de cache-cache avant de croquer la pomme ou se jeter dans la gueule du loup... C'est un roman qu'il faut dévorer sans attendre, un tissage de multiples histoires qui font ce récit, mais aussi l'Histoire.
Les premiers chapitres et leurs histoires qui s'entremêlent sont emplis d'un suspense frustrant et d'une action trépidante. Les chapitres se télescopent avant que l'action se calme d'un coup, déstabilisant le lecteur pour la plus grande partie du roman en entrecroisant passé, avec des retours en arrière plus ou moins lointains, dans le désordre, et présent, voire même futur, au gré des cheminements et choix des personnages. Jusqu'à ce que le temps file de nouveau, que l'action s'accélère pour redevenir aussi fébrile qu'au tout début du récit.
Ce livre fait participer son lecteur et lui demande une attention constante car c'est petit à petit que l'auteur nous distille ses informations et que la moindre petite anecdote peut avoir une importance capitale. C'est original, tout en étant pourtant très familier, dans la forme comme dans le fond. On y retrouve ce qu'on connaît déjà, mais déformé ou vu sous un autre angle... Manigances politiques, mythes détournés, bribes de légendes et de contes, seconde guerre mondiale, terrorisme et médiatisation... Tout se mêle, éclairé par une lumière nouvelle. C'est une drôle de façon de raconter et de créer une histoire-puzzle, mais ce n'est pas déplaisant, surtout quand on aime, comme c'est mon cas, les histoires à tiroirs.
C'est déroutant et c'est brillant, car l'on va de surprise en surprise avec cette histoire et ces personnages... Froids et lointains, car n'étant définitivement pas humains, ne fonctionnant pas sur le même mode que nous, mais également attachants par certains traits, certains accents de sincérité et de vulnérabilité, certains souvenirs aussi, du temps où ils étaient humains... Ils sont différents des héros de nos souvenirs, mais néanmoins tout aussi marquants.
J'ai aimé leurs histoires, compatis avec certains d'entre eux. J'ai particulièrement apprécié Virginia et le Traqueur... Albe aussi, a su éveiller mon intérêt, bien que dans une moindre mesure, du temps où elle était princesse, puis les Veilleurs et leurs liens avec la seconde guerre mondiale, mais également la méchante de l'histoire. Si tant est que tout soit effectivement ce qu'il paraisse...
J'ai aimé ces personnages nuancés et surtout les réécritures de leurs histoires, cette vision de la théorie du complot et de l'humanité, avec ses travers, mais aussi ses qualités.
C'est un roman dont je me souviendrai longtemps, d'autant plus que j'ai adoré l'épilogue, moi qui craignais d'y trouver, un peu faciles, les éléments classiques d'un conte de fées. Vraiment, on ne pouvait rêver meilleure fin.
C'est un livre avec lequel il faut avoir de la patience et accepter de ne pas plonger totalement dans une action effrénée pour pouvoir récolter au fur et à mesure les éclats de miroir si divers qui constituent son récit.



Cet ouvrage a été lu pour le défi lecture ABFA et V&S de 2011.
C’est mon troisième livre pour la catégorie imaginaire.