dimanche 29 juillet 2018

Course en cercles

Une nouvelle de Tesha Garisaki, publiée en numérique chez Realities Inc.


Tesha Garisaki crée toujours dans ses nouvelles des univers que l’on se désole de ne pas pouvoir explorer davantage. En l’occurrence, si cette histoire se lit tout à fait indépendamment, on peut retrouver les personnages dans d’autres textes.
Ayant déjà lu Le Prince est mort, vive le Prince dans l’excellente anthologie Quantpunk, j’étais ravie de faire une nouvelle incursion dans ce monde où les humains ont parfois des dons étonnants. 
Une autre nouvelle, Duel d’influence, complète l’histoire. Mais au fond peu importe l’ordre dans lequel vous lirez ces récits. Je gage toutefois que celui que vous choisirez vous donnera envie de découvrir les autres.
Course en cercles, pour sa part, vous présente les personnages et leur monde, mais surtout la façon dont leurs talents fonctionnent. C’est une pièce importante du mécanisme final car elle décrit la rencontre de plusieurs personnages dont découleront les deux récits suivants. Ce fut une lecture fort agréable.

vendredi 27 juillet 2018

Une collection d'ennuis

Une nouvelle d'Alex Evans, publiée chez ActuSF.

Si cela vous intéresse, j'ai également chroniqué le premier tome des Sorcières Associées dans une précédente édition. Vous trouverez mon billet ici.


Une Collection d’ennuis fait partie des nouvelles numériques gratuites du printemps 2018 proposées par les éditions ActuSF. Ces nouvelles, tout en pouvant se lire tout à fait indépendamment, permettent de découvrir les univers de leurs auteurs respectifs. C’est une initiative que j’apprécie toujours autant.
J’aime beaucoup les écrits d’Alex Evans et l’univers de ses sorcières associées en particulier. Je me suis donc empressée de lire ce texte qui, néanmoins, ne parle ni de Tanit ni de Padmé. On y rencontre Vif-argent, antiquaire un peu sorcière et dans les embrouilles jusqu’au cou. Grimoire mystérieux, démons et intrigues sont au programme.
Il est agréable de suivre Vif-argent. Je dois admettre que cette femme intelligente et secrète, mère célibataire de surcroît, m’a un peu rappelé Padmé. Ce n’est pas dérangeant et je l’ai tout de même appréciée pour son indépendance et son ingéniosité.
L’histoire se lit vite, est pleine de rebondissements, un peu attendus mais qui fonctionnent bien, et on passe un agréable moment. La fin seule s’est révélée un peu abrupte à mon goût. C’est dommage. Je pense que j’aurais surtout aimé rester un peu plus longtemps en compagnie de Vif-argent, mais j’ai le tome 2 des sorcières associées qui m’attend, ce qui est une bonne consolation.

mardi 17 juillet 2018

Les Enfants de la Baleine


Imaginez un océan de sable. Pas un désert, non, un véritable océan. Immense, mouvant, soumis aux tempêtes et surtout meurtrier. Au gré des courants, une île divague, abritant quelques centaines de personnes qui ne savent rien du reste du monde si ce n’est qu’elles en sont exilées pour un crime dont elles n’ont, pour les plus jeunes, nulle connaissance. Certaines d’entre elles, les marqués, possèdent un pouvoir magique, mais meurent avant leurs trente ans, d’autres sont dénuées de don, mais vivent beaucoup plus longtemps. Tant bien que mal, ces gens survivent, même si certains deviennent fous à tourner en rond sur cette minuscule portion de terre soumise aux éléments.
Ils auraient pu errer ainsi indéfiniment si leur chemin n’avait pas croisé celui d’une autre île et de son unique occupante. Ce sera pour eux le début des révélations, mais aussi celui des ennuis…
Les Enfants de la Baleine est un anime intéressant pour toute la mythologie qu’il met en place, mais également un peu épuisant par tout le pathos qu’il déploie. Les personnages meurent à la pelle, cependant, moi qui reproche souvent trop de complaisance aux auteurs et scénaristes qui se montrent trop gentils, je ne vais pas pleurnicher pour cela. En revanche, ce permanent déballage de bons sentiments finit par écœurer car il est en outre teinté de manichéisme. Quelque chose m’a vraiment dérangée dans cet anime, sans que je sache expliquer clairement de quoi il s’agit.
Je n’ai pas du tout aimé les méchants de l’histoire tant leurs motivations sont floues et leurs caractères lisses. On sent toutefois qu’il y a peut-être plus de profondeur dans leurs motivations, mais sans réelle certitude. Il y a encore de quoi creuser de leur côté, cependant, si suite il y a, espérons qu’elle tergiversera moins.
Les gentils sont tout aussi lisses, néanmoins ils ont pour eux la candeur dans laquelle l’isolement les a maintenus. Pour autant, je ne les ai pas trouvés aussi attachants que j’aurais dû, toujours à cause de ce manichéisme ambiant. L’histoire est également trop répétitive à mon goût. On les attaque, ils se défendent, normal, mais lassant.
Pourtant, malgré tout ce qui m’a dérangée, j’ai regardé toute la saison. Je voulais connaître l’histoire de la Baleine et de la malédiction qui touche ses marqués (même si, soyons honnêtes, on se doute un peu de l’origine de cette dernière).
Les révélations arrivent au compte-goutte et l’histoire de fond demeure originale. Cependant, la saison finit un peu en queue de poisson et pose de nombreuses autres questions. S’il y a une suite, je la regarderai, mais je ne ferai pas l’effort de lire les mangas pour la connaître.

jeudi 12 juillet 2018

L'Ombre de l'Ankou

Un roman de Jean Vigne, illustré par Mina M, publié dans la collection Chatons hantés des éditions du Chat Noir.


J’ai vraiment passé l’âge de lire ce genre de romans, mais je suis parfois superficielle et, je l’avoue, j’ai été attirée par la magnifique couverture. Elle m’a vendu du rêve et les illustrations intérieures sont à sa mesure. J’ai adoré en découvrir les détails. Elles participent grandement à l’atmosphère du roman.
Celui-ci est moins sombre que je ne m’y attendais. Sans doute parce que je suis adulte. Ce n’est pas un problème, il en faut pour tous les goûts et les enfants qui veulent frissonner sans cauchemarder ensuite y trouveront leur compte.
Lotie a onze ans, elle vient de déménager dans un manoir très isolé en Bretagne. Ses amies lui manquent, sa maman est malade, les temps sont durs pour elle. Elle est encore très petite fille, entre deux âges en fait, cela la rend aussi agaçante — quand elle chouine — qu’attachante par sa candeur. Cet été-là, sur la lande, elle va tenter d’apprivoiser le passé de sa mère pour la sauver.
Le rythme est assez lent, car assujetti aux découvertes de Lotie, qui fouine un peu mais se laisse surtout porter. Et elle digresse beaucoup cette petite, mais ce n’est pas désagréable. On furète avec elle, on apprend à la connaître.
J’ai vu le dénouement venir de loin, cependant c’est plutôt normal et je pense que les jeunes lecteurs le trouveront à leur goût. J’offrirai volontiers ce petit roman à un enfant en âge de lire cette histoire de fantôme mâtinée de légende bretonne.

vendredi 6 juillet 2018

Mary Shelley, Au-delà de Frankenstein

Un essai de Cathy Bernheim, publié aux éditions du Félin.


Présentation de l'éditeur :
Pendant deux siècles, on a imprimé, traduit, lu, adapté Frankenstein sans se préoccuper de l'existence de son auteure. Le nom de celle qui l'avait écrit à 16 ans, publié à 18 était pourtant là, sur la couverture, à portée de regard. Mais Mary Shelley semblait comme invisible. Bien que femme de lettres reconnue, elle est longtemps restée pour la postérité l'obscure épouse du grand poète romantique Percy B. Shelley. A pied, en malle-poste, en charrette, à dos d'âne ou de mule, par les fleuves ou par mer, elle a parcouru l'Europe avec lui en compagnie de leurs amis, femmes et hommes alliés dans la même recherche de beauté. Ce n'est pourtant pas son seul exploit. Dans son oeuvre novatrice, elle s'est dressée de toutes les forces de son esprit contre les idées mortifères d'une Angleterre en plein essor industriel qui cherchait à normaliser ses citoyens (et plus encore, ses citoyennes) comme des produits à perfectionner. Avec son intrépide sagesse, elle a entrevu les dangers d'une société s'adonnant sans repères ni limites à l'ivresse du progrès scientifique. Et elle a imaginé le destin du monstre que cette société allait produire. Un être anonyme, meurtrier, sentimental et raisonneur, poursuivi par la haine du savant fou qui l'avait mis au monde. Une histoire familière ? En effet, ce couple maudit hante toujours les cauchemars de nos contemporains. Du fond de ses temps éloignés, Mary Shelley nous lance un message qu'il est urgent de décrypter encore et encore.

L’année 2018 est le bicentenaire de la première édition de Frankenstein ou le Prométhée moderne, alors forcément les productions, tous médias confondus, relative à l’autrice et son œuvre foisonnent.
Mary Shelley, Au-delà de Frankenstein se révèle davantage un essai qu’une biographie. Cathy Bernheim y aborde toutes sortes de sujets au travers du prisme de la vie de Mary Shelley et de la portée de son œuvre : éducation des filles, notamment leur accès à des études scientifiques, évolution de l’humanité et transhumanisme, etc. Les pistes sont variées et traitées de manière intéressante, mais toujours très subjective. Elles vous donneront toutefois l’occasion d’exercer, et peut-être de confronter, vos propres réflexions à celles de l’autrice. Le parallèle établi entre l’époque de Mary Shelley et la nôtre au travers des éléments biographiques a été mon passage favori.
La première moitié de l’œuvre, la partie biographique, explore les influences potentielles du vécu de Mary Shelley dans la construction de son univers littéraire. Comment une jeune fille à peine sortie de l’enfance en est-elle venue à imaginer un roman tel que Frankenstein ?
Cette partie biographique s’arrête à l’écriture de The Last Man, ce que j’ai trouvé assez dommage. En effet, la vie de Mary auprès de Shelley a fait l’objet de nombreuses études, écrits et autres commentaires, mais l’après est toujours plus ou moins laissé de côté. Alors que dans son ouvrage Cathy Bernheim nous répète à l’envi que Mary Shelley a toute sa vie été dans l’ombre, de ses parents, de son mari, de son écrit le plus fameux… elle l’y cantonne aussi à sa manière. Le « au-delà » du titre apparaît quelque peu abusif quand on y songe, car Bernheim ne cesse de revenir à Frankenstein. Elle l’interprète sous toutes les coutures. Le roman prend toute la place et n’en laisse que peu à sa créatrice. Cela ne manque guère de profondeur et de réflexion, même si évidemment une interprétation n’engage que celui qui la produit. Je trouve néanmoins réducteur l’angle de vue adopté et la biographie trop succincte, voire complaisante dans l’usage qui en est fait.
Observer la personnalité de Mary Shelley à travers ses écrits n’offre au mieux qu’un reflet déformé car assujetti non pas à des faits avérés, mais aux corrélations que l’on construit entre des faits hypothétiques et une fiction. S’il est vrai qu’on met toujours une part de soi dans ce que l’on écrit, c’est aussi très souvent ce qui vient sous la pelle, au hasard de la vie et des lectures, qui permet aux auteurs de construire, tel Victor Frankenstein, leur créature.
La deuxième partie de l’ouvrage est organisée de façon thématique quand la première se contentait de suivre la chronologie. Elle aborde toutes sortes de sujets, notamment l’influence pérenne de Mary Shelley, toujours au travers de Frankenstein, sur les générations qui lui ont succédé ou encore les progrès de la science.
L’autrice a adjoint des annexes à son ouvrage. Le récapitulatif des liens de parenté, avec dates de naissance et de décès, est très pratique. On y trouve aussi une chronologie qui va du siècle de Mary Shelley au nôtre, regroupant à la fois des entrées relatives à la vie et l’œuvre de celle-ci ainsi qu’à des événements majeurs de l‘histoire mondiale. Enfin l’ouvrage se termine sur un lexique plus ou moins utile, je trouve en effet les termes explicités assez communs, mais bon pourquoi pas ?
La partie biographique n’est pas aussi pointue que je l’espérais, néanmoins l’ouvrage demeure intéressant. Le style de Cathy Bernheim est agréable, littéraire sans être exagérément pompeux. Elle m’a donné envie de lire The Last Man, mais aussi de redécouvrir Frankenstein dans sa version originale.


mercredi 27 juin 2018

Le Peuple de la brume

Un roman de José Eduardo Agualusa publié chez La joie de lire dans la collection Encrage.


Présentation de l'éditeur :
Lorsque tous les continents ont été recouverts par les eaux, des hommes ingénieux ont sauvé leur peau en construisant d'immenses villes volantes. Deux millions de rescapés ont appris à vivre différemment dans ce monde des airs. Mais pour Carlos et Aimée, la terre n'est pas seulement une histoire ancienne... Une aventure haletante dans un monde futuriste !


Sous cette couverture assez froide et, à mon humble avis, peu engageante pour les adolescents qui constituent le public cible, se cache en fait un roman de rêveur. Un vent d’aventure, doux et rafraîchissant, souffle sur Le Peuple de la brume, si bien qu’on se laisse vite entraîner. Les chapitres sont courts, le style vivant et fantasque, en outre l’auteur prend le parti de ne pas laisser les situations problématiques s’étirer à l’infini, ce qui fait que l’on ne peut pas s’ennuyer ni avoir l’impression de piétiner.
Agualusa nous décrit un monde post-apocalyptique, sans pour autant en faire quelque chose de sombre. La majeure partie de la population, des végétaux et des animaux a péri, la terre est engloutie sous des eaux brûlantes qui génèrent une brume permanente et les quelques rares survivants ont dû s’enfuir vers les cieux à bord de dirigeables. Les grandes villes en ont construit d’immenses très luxueux, tandis que ce qu’on appelle les villages sont en fait des radeaux reliés les uns aux autres par des câbles et en proie aux éléments. Une nouvelle façon de vivre ainsi que de commercer s’est développée et des jeunes comme Carlos, le narrateur, sont nés dans le ciel. Ils ne connaissent de la terre de leurs ancêtres que les films, les livres et ce qu’en racontent leurs parents. Au début du roman, Carlos part à la recherche de son père, porté disparu lors d’une tempête. Cet événement est pour nous l’occasion d’explorer ce monde céleste, de croiser des pirates, une sorcière, et de poursuivre une légende.
Vous me direz peut-être que ces villes volantes et leurs peuples voyageurs sont très à la mode en ce moment… C’est vrai, mais ce n’est pas si dérangeant. Je pense que ce petit roman sans prétention parvient à tirer son épingle du jeu.
Agualusa est un conteur, on peut ressentir son amour des mots et des livres. Si le scénario souffre de quelques faiblesses et facilités — tout se résout toujours si vite et le hasard fait si bien les choses — on le pardonne volontiers tant le style est agréable, la pensée poétique et la promenade exotique.
Pour autant, une petite chose m’a désappointée. Le roman semble se suffire à lui-même et possède une vraie fin, cependant je m’interroge. Au cours de leur périple Aimée et Carlos découvrent une enfant seule sur un radeau. On ne sait qui elle est, ni qui sont ses parents et ce qu’elle fait là toute seule. Puis l’enfant est escamotée en cours de récit et on ne saura absolument rien de plus sur celle-ci. C’est assez agaçant, d’autant que quelques indices laissaient présager quelque chose d’intéressant.
Cette incompréhension mise à part, j’ai apprécié ma lecture. Plus dans les moments de flottement, durant lesquels Calos parle de son monde et de la vision qu’il en a, que pendant les scènes d’action, je dois bien l’avouer. Mais je le répète, Le Peuple de la brume est un roman de rêveur… c’est ce qui m’a parlé en lui et qui parlera aussi aux ados et adultes qui partagent avec moi cette envie de laisser courir leur imagination en toute liberté.



lundi 25 juin 2018

Le Prestige

Un roman de Christopher Priest, publié en poche dans la collection Folio SF.


Présentation de l'éditeur :
Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci. Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XXe siècle. Quand Andrew découvre le rôle exact joué par le scientifique Tesla dans toute cette affaire, sa vie en est bouleversée à jamais...

Christopher Priest est l’un des quelques auteurs dont j’admire toujours, avec un certain émerveillement, la façon de gérer un scénario. La précision de son écriture et l’intelligence de son propos tiennent l’esprit du lecteur en éveil permanent sans que le récit perde en fluidité. Il entretient l’attente juste ce qu’il faut et ne se perd pas en explications superflues, il fait confiance à votre intelligence et cela devient de plus en plus rare à l’heure actuelle. Il fait partie de ces auteurs qu’on ne peut lire sans s’investir.
Il parvient à garder mon attention intacte du premier mot jusqu’au dernier. Pourtant je lis toujours très lentement ses écrits, je les savoure. J’ai gardé Le Prestige très longtemps dans ma pile à lire. Peut-être craignais-je d’en attendre un peu trop. Par bonheur, cette lecture a toutefois comblé mes espérances. Je me suis passionnée pour cette histoire.
Le roman est divisé en cinq parties. Deux sont constituées des journaux intimes de deux illusionnistes de la fin du XIXe siècle, deux autres sont les récits de leurs descendants, la dernière fait office de conclusion. La diversité des points de vue est particulièrement bienvenue dans ce récit complexe où la vérité possède de nombreuses facettes et des ramifications inattendues.
On entre avec une certaine circonspection dans cette histoire aux côtés d’Andrew Westley qui, ayant été adopté à un très jeune âge, ne connaît rien de son ascendance et n’a pas du tout envie d’en savoir davantage, si ce n’est concernant un point précis : il est persuadé d’avoir eu un frère jumeau, mais n’en a trouvé nulle trace. Kate Angier, quant à elle, porte seule tout le poids de son histoire familiale, mais aussi de celle d’Andrew. C’est par elle qu’il sera forcé de s’y plonger.
Si j’ai été intéressée par les impressions et événements décrits par les descendants des deux prestidigitateurs, ce sont surtout les journaux de leurs ancêtres qui m’ont fascinée. Je ne me suis pas tant passionnée pour la querelle et la rivalité qui ont animé toute leur existence, que pour leur quête de l’excellence. J’ai regardé avec effroi les conséquences de leurs actes empoisonner leur vie et celle de leur progéniture pour les générations à venir.
Borden, tout d’abord, m’a semblé un personnage tout aussi nerveux et arrogant qu’il est grandiose. Il est magicien jusque dans ses écrits. Il trompe, il déguise, il attire ailleurs votre regard, il éclaire les faits de manière à les faire paraître sous un autre jour. Il sait nous égarer et s’il sème des indices n’est-ce pas pour nous éloigner davantage de la vérité ? Pourtant, il fait — peut-être — preuve d’une certaine honnêteté. J’ai vu grandir, à mesure que je le lisais, à la fois mes soupçons et ma consternation. Comment peut-on à ce point façonner toute son existence autour d’une obsession ?
Ma rencontre avec Angier, le grand rival de Borden, a forcément été conditionnée par les écrits de ce dernier. J’avais bien entendu conscience que Borden avait sans nul doute présenté les choses à son avantage et fait preuve d’une mauvaise foi sans borne, mais il m’a fallu un certain temps pour ne plus être déconcertée par la personnalité que Rupert Angier nous présente. Il y a une certaine innocence chez ce personnage, une capacité à s’émerveiller et à persévérer, qui malgré son entêtement, son manque de discernement et ses défauts, ont forcé mon affection. Je me suis très vite plus souciée de son sort que de celui de tous les autres…
Néanmoins, aucun personnage ne prend vraiment le dessus, pour ne pas dire le beau rôle. L’auteur a exposé la vérité de chacun, avec les fards et les petits arrangements, conscients ou non, dont nous usons tous, mais aussi d’inattendues zones de lumière. Cela rend le récit très crédible, les personnages très humains.
Priest a très bien décrit le monde de la prestidigitation du XIXe, pour ce que j’en sais, et a émaillé son texte de réflexions très intéressantes sur le sujet qui sont aussi plaisantes à lire que l’histoire elle-même. Ce roman a eu l’effet bienvenu de dégourdir mon esprit autant que de le distraire, même si j’ai trouvé la fin un peu frustrante.
Maintenant je vais enfin pouvoir découvrir le film (ce que je me refusais à faire avant d’avoir lu le roman).



Ce roman compte pour la lettre P du Challenge ABC imaginaire 2018.