mardi 16 janvier 2024

Comment naissent les araignées

Un roman graphique de Marion Laurent, publié chez Casterman.

Présentation de l'éditeur :

4 personnages, 4 destins croisés, 4 vies enchaînées. 

Alice, jeune blonde fraîche et séduisante se cherche dans une ville banale de l'Amérique des années 90. Elle cherche l'amour, elle cherche un sens à sa vie. Isadora, la clocharde, alcoolique... qui se cache derrière cette façade, y avait-il une femme avant l'épave ? Billie, est l'amie d'Alice. Elle ne va plus au cours de danse. Billie est noire. Billie est amoureuse d'un blanc. Barack Obama n'est pas encore président. Dwight aurait bien pu s'appeler Kurt. Artiste dans l'âme, il dessine. Il aime dessiner Alice...
Cette BD traînait dans ma pile à lire depuis des années. Je l’avais achetée dans une vente privée, pour trois sous, parce que j’aimais bien la couverture et le résumé. Je mets souvent du temps à me décider à lire les BD, allez savoir pourquoi… Bref, je me suis dit qu’il était temps, d’autant que j’ai décidé de lire une BD par semaine cette année histoire de faire baisser la pile.
Comment naissent les araignées est un récit choral. On y fait la connaissance d’Alice, une fille qui semble avoir tout pour elle et que tout énerve, les gens, la vie en général. Alice étouffe dans sa petite ville et en particulier sous l’égide de sa mère. Mais elle n’est pas si à plaindre qu’elle le croit. Et puis elle rencontre Dwight, un gars sympa, mais qui a ses problèmes.
On croise aussi le chemin de Billie, belle, intelligente, populaire. Bille étouffe aussi, entre les règles strictes de sa mère et la surveillance de son frère. Elle voit petit à petit sa liberté se restreindre, même si elle se comporte du mieux possible selon les critères de sa famille, et ses proches briser avec désinvolture le moindre de ses espoirs. J’ai beaucoup aimé Billie.
Et puis il y a Isadora, revêche, têtue. Elle vit dans la rue et noie dans l’alcool ses cauchemars aussi bien que ses regrets. J’ai aimé apprendre à connaître Isa, comprendre ce qui l’a menée là, ce qui a empoisonné son esprit et aigri son cœur. J’ai aimé la voir interagir avec Billie et surtout Alice. 
Elles ont beaucoup à s’apporter toutes les trois et elles le font à leur manière, parfois brute. Ces femmes en souffrance grandiront de leur rencontre, de la confrontation de leurs peines et angoisses et du soutien qu’elles parviendront, malgré tout, à s’apporter.
N’attendez cependant pas quelque chose de tout gentil et plein de bons sentiments. Aussi belle qu’on puisse trouver cette histoire, elle est très déprimante. Elle nous parle de l’adolescence et de ses difficultés, de filiation, de conflits familiaux si puissants qu’ils créent des névroses, de dépendance et des situations critiques que peut créer le manque de communication. Elle nous rappelle l’importance d’être soi, de se faire confiance avant tout. Elle nous parle des rencontres fortuites qui peuvent changer la vie. Mais elle nous dit aussi que certaines choses sont impossibles à changer. On ne peut pas tout guérir ni tout rattraper. 
Le récit se conclut avec Dwight, personnage aussi attachant qu’angoissé et cela m’a fait l’effet d’un immense gâchis. Pas parce que la conclusion m’a gênée, bien qu’elle soit triste. Non, ce qui m’a fait cet effet est la façon dont ce jeune homme s’est laissé empoisonné, un peu comme Isa, par son manque de confiance en lui et en l’autre au point qu’il ne s’est jamais permis ne serait-ce que d’apprécier ce qu’il avait. Dwight ne pouvait tout simplement pas croire à son bonheur et c’est cela le plus déprimant dans cette histoire.
C’est une bonne lecture, mais gardez-la pour un moment où vous avez le moral.

dimanche 14 janvier 2024

Pâtisserie végétale

Un livre de Linda Vongdara et Pierre Hermé, publié chez Solar.

Présentation de l'éditeur :

Éternel explorateur de nouvelles techniques et saveurs,
Pierre Hermé aime être là où on ne l'attend pas.
Ce nouvel ouvrage consacré à la pâtisserie végétale en est la preuve tangible !
Accompagné de Linda Vongdara, il nous invite à le suivre
sur le chemin de la gourmandise ultime avec des grands classiques revisités en version végétale et des recettes spécialement conçues pour ce livre : babka, croissant Ispahan, sablé breton, fondant chocolat vapeur, entremets Fleur de Cassis, millefeuille Infiniment Chocolat, macaron Rose des Sables....
Une éblouissante démonstration !
Je vous le dis tout de go, ce n’est pas le meilleur livre sur la pâtisserie végétale dans lequel investir si vous débutez (autant dans l’art de la pâtisserie lui-même que dans sa version végétale) : il ne vous donnera pas de bases solides à exploiter. Et si vous vous y connaissez déjà, l’intérêt que vous lui trouverez sera anecdotique.
Je ne suis pas fan de la présentation : de grandes pages aux textes ramassés dans les coins. Cela renforce l’impression d’un contenu délayé. Quitte à proposer un grand livre, autant en exploiter la mise en page pour le rendre agréable à consulter. Ce n’est pas le genre de livre que vous garderez dans votre cuisine. Fragile dans sa conception et peu pratique de par sa taille et son poids.
Ce livre propose une approche plutôt snob de la pâtisserie et, pour un si gros volume, bien peu de recettes. Ce sont souvent des variations sur le même thème. Je peux le comprendre, mais j’aurais espéré un peu plus de diversité quand même.
Ces recettes n’ont pas éveillé mon intérêt et je trouve les explications plutôt succinctes. Prenons l’exemple des croissants, une recette qu’il est d’ailleurs assez facile de végétaliser. D’ailleurs, n’en déplaise à Pierre Hermé, la plupart des boulangeries ne proposent plus de croissants au beurre depuis bien longtemps. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont végétaux, mais je cesse-là ma digression. Revenons aux croissants. La recette, qui est exploitée pour quatre préparations et se déploie donc sur un nombre conséquent de pages, ne donne aucune indication sur le tourage. Mon père était pâtissier alors je sais ce que je dois faire. Bien sûr, vous trouverez sur internet de nombreuses vidéos qui vous montreront ce que l’on attend de vous, mais vous ne devriez pas avoir à les chercher. Ce type de livre est censé vous offrir des explications claires au minimum. Ou alors vous êtes déjà un bon pâtissier et vous n’avez pas besoin d’un tel ouvrage pour expérimenter et trouver votre pâte à croissants végétale idéale.
Ce sont de bonnes recettes, équilibrées et certainement toutes savoureuses, je ne le nie pas. Cependant elles ne tiennent pas autant que je m’y serais attendue les promesses de la préface et de l’introduction . Celles-ci évoquaient le goût et la créativité. Elles proposaient de réinventer la pâtisserie plutôt que d’offrir de simples équivalences. Or, ce sont des équivalences que j’ai trouvées ici, ni plus ni moins, avec des produits coûteux de préférence. Je vois tout à fait l’intérêt de ces denrées en pâtisserie, surtout quand on veut recréer des textures. Néanmoins, on pourrait davantage exploiter des produits plus courants, qui ont des propriétés étonnantes en pâtisserie sans pour autant altérer le goût. Créer de nouvelles recettes plutôt que chercher à imiter est aussi « réinventer ».
La préface parlait de « désapprendre [les] bases et s’ouvrir à d’autres » mais de mon point de vue — en tant que personne s’intéressant à la pâtisserie végétale depuis des années — cela n’a été abordé que de façon frileuse. La pâtisserie végétale peut être aussi riche et variée que la traditionnelle, tout en restant accessible au commun des mortels. Elle a beaucoup plus à offrir, en termes d’ingéniosité aussi bien que d’inspiration, que ce qu’on trouve dans cet ouvrage.

mardi 9 janvier 2024

L'Hiver de la Sorcière, Trilogie d'une nuit d'hiver T3

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Les tomes précédents :

Présentation de l'éditeur :

Moscou se relève difficilement d'un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu'un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s'annoncent ? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d'autant qu'une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus'. Conclusion magistrale de la "Trilogie d'une nuit d'hiver", L'Hiver de la sorcière peut, comme les tomes précédents, se lire indépendamment. On y retrouve la poésie, la magie et la sombre cruauté des contes russes qui ont fait le succès de la série dans le monde entier.
Il était grand temps que je lise cette suite. J’ai essayé au printemps dernier, mais cette trilogie est taillée pour l’hiver et semble incongrue à toute autre époque.
Quelle épique conclusion que celle-ci ! J’ai adoré ce tome. Il a brisé mon cœur et exalté mon âme. Il m’a rappelé pourquoi j’aimais tant l’écriture de Katherine Arden, alors que le tome précédent, quoique bien écrit, me l’avait un peu fait oublier.
Ce tome est pour Vassia celui de la maturité. Dans le premier, nous l’avons connue enfant, nous avons découvert avec elle ses capacités et assisté à la formation de son caractère. Dans le deuxième, exaltée par sa toute nouvelle liberté, elle se croit invincible comme beaucoup de jeunes adultes. Mais dans le troisième… J’ai aimé cette Vassia devenue adulte. Elle fait toujours des erreurs, elle a gardé en elle ses idéaux de jeunesse, mais elle est aussi plus prudente, plus maligne, plus déterminée aussi. Les malheurs l’ont forgée.
Katherine Arden a su construire un récit solide dans lequel elle mêle habilement la grande histoire et la petite ainsi que les légendes et contes russes, mais elle a également construit des personnages qu’elle refuse de garder figés. Vassia en est la plus aboutie et demeure la grande force de cette histoire. Qu’on comprenne ou non ses choix, on craint pour elle et sa famille.
J’ai aussi une grande affection pour ses frères et sœurs, même si seulement deux d’entre eux sont présents dans ce dernier tome. J’aime particulièrement Olga, plus posée que Vassia, intelligente et ouverte d’esprit même quand la situation la dépasse. J’aurais aimé que les autres membres de la famille aient aussi une petite place dans ce récit, mais je reconnais qu’il y avait déjà beaucoup à faire.
Cette trilogie de fantasy douce équilibre parfaitement l’histoire et les légendes. Chaque tome a soufflé sur les braises de mon amour des contes de manière fort bienvenue. J’en garderai un excellent souvenir.

dimanche 7 janvier 2024

Coven

Un roman graphique de Taous Merakchi pour le scénario et Da Coffee Time pour les illustrations, publié chez Dupuis.


Ève, Lily, Diane et Morgane se connaissent depuis l’enfance et fréquentent le même lycée. Toutes sont très attachées au vieil orme du parc que la mairie projette de couper. Elles font donc cause commune pour le sauver. D’abord elles pensent y parvenir grâce à une pétition et des manifestations, mais quand Lily lance une idée en l’air elles l’attrapent au vol et décident de miser sur le surnaturel pour s’assurer la victoire.
Si on excepte l’introduction, qui sert surtout à attiser la curiosité du lecteur, c’est devant l’orme qu’on fait vraiment la connaissance des quatre filles, alors que chacune se remémore ses plus beaux souvenirs liés à l’arbre et c’est là que j’ai commencé à les aimer. Ces adolescentes sont très attachantes, chacune a une personnalité bien à elle, cohérente et qui sonne juste. J’ai eu dès le tout début envie d’apprendre à les connaître et de les voir évoluer. Certaines sont davantage vouées à la figuration que d’autres et c’est bien dommage. Cependant, cela ne déséquilibre pas trop la dynamique du récit au profit d’une seule héroïne. 
Coven propose une intrigue classique et sans surprise, mais qui reste plaisante, surtout pour un jeune public. Quant à moi, qui suis sans doute un peu trop âgée pour cette lecture, il m’a semblé que l’autrice oscillait entre plusieurs influences sans vraiment trouver sa propre voix ni quoi faire de son histoire. Un peu de romance, un peu de chronique adolescente, un peu de fantastique, un peu d’horreur… Le mélange a pris, mais manque de consistance. Qui plus est, la fin m’a un peu déçue, même si elle fait sens de par sa valeur initiatique.
Ce n’était pas pour moi, mais j’ai quand même passé un bon moment avec ce roman graphique car j’aime les histoires de sorcières. J’ai de surcroît apprécié toutes les références culturelles glissées autant dans le récit que les dessins (qui pour le coup parleront sans doute plus à ma génération qu’à un jeune public) et ça m’a rappelé ma propre adolescence. 

vendredi 29 décembre 2023

Miroirs et Fumée

Un recueil de nouvelles de Neil Gaiman, publié chez Au Diable Vauvert.


Sommaire :

- Lire les entrailles : un rondeau
- Une introduction 
- Chevalerie 
- Nicholas était… 
- Le Prix
- Le Troll sous le pont
- Ne demandez rien au Diable
- Le Bassin aux poissons et autres contes
- La Route blanche
- La Reine d'épées
- Changements
- La Fille des chouettes
- La Spéciale des Shoggoths à l'ancienne
- Virus
- Cherchez la fille
- Une fin du monde de plus
- Alerte : animal à bout
- On peut vous les faire au prix de gros
- Une vie, meublée en Moorcock première manière
- Couleurs froides
- Le Balayeur de rêves
- Corps étrangers
- Sizain vampire
- La Souris
- Le Changement de mer
- Le Jour où nous sommes allés voir la fin du monde
- Vent du désert
- Saveurs
- Mignons à croquer
- Les Mystères du meurtre
- Neige, verre et pommes

Le titre de ce recueil fait référence aux illusionnistes dont les tours ont toujours fasciné Gaiman. Ils sont un thème récurrent dans son œuvre. Après tout, n’est-il pas lui-même un magicien ? Il gratte sous le vernis du quotidien, de la banalité et de l’évidence pour dévoiler l’étrange, le merveilleux ou encore le dérangeant qui se cachent dessous. Cela fait de lui un nouvelliste de génie, comme Ray Bradbury ou Lisa Tuttle, pour ne citer qu’eux.
Il faut du talent pour écrire un roman, mais c’est dans l’écriture de textes courts qu’on voit le génie d’un auteur. Gaiman parvient toujours à nous faire regarder le monde d’un œil différent. Ses textes me nourrissent et entretiennent mon imagination. Il me rappelle toujours de changer d’angle de vue.
C’est aussi pour cela que j’aime particulièrement lire ses introductions. Gaiman y parle toujours de la naissance des textes qu’il présente et je trouve passionnant d’en apprendre à chaque fois davantage sur la façon dont naissent ses histoires. En outre, l’introduction de ce recueil compte une nouvelle dont j’aime beaucoup le thème, bien que le texte lui-même m’ait toujours laissée circonspecte. Sans offense pour cet auteur qui est l’un de mes préférés depuis plus de vingt ans, c’est bien un texte écrit par un homme…
Je le confesse, de tous ses recueils, celui-ci n’est pas mon favori. Il compte néanmoins certains textes que j’adore que je relis toujours avec grand plaisir.
Miroirs et Fumée est le plus ancien recueil de Gaiman paru en français et il n’a pas vieilli. Il propose des textes très variés. Comme à son habitude, Gaiman ne s’attache pas à un seul genre. L’on peut ainsi lire dans ce recueil du merveilleux, du fantastique — parfois horrifique à tendance lovcraftienne ou plus classique — aussi bien que de la science fiction, de la poésie ou encore des contes — réécrits ou originaux, modernisés ou transposés — et même de la littérature blanche.
Mon texte préféré, d’ailleurs, qui bien qu’il ne soit pas le plus connu ni ne culmine parmi ceux qu’aiment à évoquer régulièrement les fans, pourrait aisément être assimilé à de la littérature générale. Il s’agit du Bassin aux poissons et autres contes, qui représente, à mon sens, un peu tout ce qui fait l’imaginaire de Gaiman, l’élégance de son écriture, la profondeur de sa réflexion. Ce texte est un chef-d’œuvre trop méconnu à mon goût.
Cependant je comprends qu’il puisse être éclipsé par d’autres récits qui semblent plus marquants de prime abord. De fait, ce recueil compte, et ce n’est pas pour rien, certains des textes les plus connus de Gaiman. Parmi ceux-ci se trouve Chevalerie, et j’avoue ressentir moi-même une grande tendresse pour cette nouvelle. Elle semble toujours tellement… familière. En vérité, elle sonne juste et représente un peu tout ce que j’aime en matière de nouvelles et dans le genre fantastique, même si on parlerait davantage de réalisme magique pour qualifier ce texte. Chevalerie, c’est le surgissement du merveilleux et de l’insolite dans le quotidien, la magie dans la banalité et la banalité devenue magique.
Je ne peux manquer de mentionner également Le Troll sous le pont, autre texte très connu et un peu dans la même veine. L’histoire m’a toujours semblé très classique. Cependant je l’aime bien aussi, mais j’ai du mal avec les personnages antipathiques tels que le narrateur et c’est le style que préfère dans ce texte, surtout au début. La peinture que Gaiman fait de l’enfance est toujours très parlante pour moi et l’est particulièrement dans ce récit.
Neige, verre et pommes est la troisième nouvelle la plus emblématique du recueil et elle fait partie de mes favorites. Je vous disais plus haut combien Gaiman aimait regarder les choses, et vous les montrer aussi, sous un autre angle. Il aime aussi les réécritures de contes. Il allie les deux dans cette nouvelle écrite du point de vue de la belle-mère de Blanche-Neige. Ce texte est superbe d’un bout à l’autre.
Parmi ses nouvelles inspirées de contes, on trouve aussi La Route blanche, mélange des contes de Barbe bleue et de Mr Fox. Mais il ne faut pas oublier le titre du recueil et jamais trop se fier à ce que nous conte l’auteur…
Si j’aime les contes, je suis aussi une avide lectrice de fantastique. Les textes d’inspiration lovcraftienne ne sont pas du tout ma tasse de thé, mais heureusement on trouve aussi entre ces pages du fantastique plus traditionnel. J’aime beaucoup Le Prix, qui maintenant que j’y songe a sans doute aussi un petit relent de conte. D’autres textes se trouvent un peu entre les deux, notamment Le Balayeur de rêves ou encore Nicholas était... Deux textes aussi courts que marquants que j’ai toujours trouvés très inspirés. Très classique et subtil, La Reine d’épées appartient également à ce genre qui m’est cher et fait écho, encore une fois, aux illusionnistes et au titre du recueil. Vous pourrez lire d’autres récits fantastiques entre ces pages. Certains vous toucheront plus que d’autres, mais ces lectures vous feront toujours vous interroger, chercher le vrai du faux. Elles vous choqueront parfois, vous laisserons un sentiment bizarre de malaise, mais nourrirons toujours votre réflexion.
Parmi les quelques textes relevant d’autres genres, j’ai été marquée par Mignons à croquer, une fiction spéculative grinçante d’autant plus dérangeante qu’elle est plausible. On trouve de la bonne SF dans ce recueil.
Miroirs et Fumée ne peut laisser aucun lecteur indifférent. Je vous invite à découvrir tous ces textes ainsi que ceux que je n’ai pas cités, à les faire vôtres, à les rêver, à chercher le mécanisme qui fait le tour ou à préférer en ignorer les ficelles pour mieux le savourer. Faites à votre guise. Je suis persuadée que vous ne serez pas déçus.

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dimanche 24 décembre 2023

Retour à St Mary Hill - Cosy Christmas Mystery

Un roman de Carine Pitocchi, publié chez Robert Laffont 



Apprenant que son compagnon la trompe, Jo-Ann Brown, scénariste à succès, s’enfuit sans le moindre mot pour se terrer dans le cottage qu’elle a hérité d’une cousine. Si tout le monde la croit morte, tant mieux, ça fera les pieds à son ex. 
Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, Agatha Christie. Ce roman est clairement placé sous le patronage de cette dernière ainsi que celui de Louisa May Alcott. Cela pour mon plus grand bonheur car ces autrices talentueuses ont bercé mon enfance. J’ai adoré toutes les références à leurs œuvres ainsi qu’à leur vie que Carine Pitocchi a glissées dans son propre ouvrage.
Le résumé de l’éditeur, quant à lui, nous vend une héroïne à la Bridget Jones. Ce n’est pas le cas et tant mieux ! J’aimais bien Bridget autrefois, mais j’ai lu ses mésaventures quand j’avais dix-sept ans et je la trouve assez insupportable aujourd’hui que j’en ai plus de quarante. Cela étant dit, j’ai néanmoins eu du mal avec le tempérament de Jo. 
Elle est très en colère au début, ce qui se comprend, je peux donc lui pardonner d’être exécrable. En revanche, quand elle a commencé à mettre sur le dos de son ex des choix qu’elle-même a faits, ça m’a tapé sur les nerfs. Entendons-nous bien, elle était en couple avec un abruti de compétition, mais c’est trop facile de tout justifier, surtout des petites lâchetés qui l’arrangeaient bien, en disant « c’est la faute d’Andrew, je faisais tout ce qu’il me disait ».
Jo et moi avons donc pris un mauvais départ et j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à elle. Je l’ai mieux comprise au fil de l’histoire, mais je n’ai jamais vraiment réussi à l’aimer. Tout au plus, je l’apprécie. Cependant ce manque d’affect est largement compensé grâce aux personnages secondaires. J’ai adoré Daisy, l’assistante débonnaire de Jo, avec son côté peste et son grand cœur. Alex, le neveu délaissé par son père, a lui aussi facilement gagné mon cœur, tout comme Jack, Judith, Violette et, le dernier mais pas le moindre, Lawrie, l’ami d’enfance de Jo.
Ce roman est de ceux que l’on lit pour leur ambiance aussi bien que pour le développement des personnages et en cela j’ai été ravie. Je me suis plu à St Mary Hill, qui m’a un peu rappelé le village où vivait ma grand-mère, et je n’avais pas envie d’en partir.
N’attendez pas grand-chose de l’enquête, elle est prévisible du début à la fin (et souffre d’un défaut de logique assez conséquent), mais cela n’a pas vraiment d’importance. Elle est un élément de décor, pas la trame principale de l’histoire. Ce sont les personnages qui importent : des gens tous un peu paumés à leur manière, qui se trouvent et forment une famille. En cela, Daisy et Alex sont particulièrement touchants, chacun à leur manière, et j’ai particulièrement aimé voir le jeune garçon s’intégrer dans un groupe de filles et sympathiser avec le voisin âgé de sa tante.
Jo, quant à elle, a encore pas mal de chemin à faire pour se guérir de ses blessures psychologiques et des angoisses qu’elles ont générées, néanmoins j’ai aimé la voir progresser et finalement montrer un peu de ses bons côtés.
Ce cosy mystery est idéal pour les vacances de Noël. Il était pile ce qu’il me fallait pour entrer dans l’hiver et l’ambiance des fêtes de fin d’année. Je me suis aussi bien marrée avec ce roman et il donne le ton d’une série qui pourrait bien devenir ma favorite dans le genre.

samedi 9 décembre 2023

S.O.S. fantômes en détresse, Ivy Wilde T3

Un roman d'Helen Harper, en version audio chez Hardigan. Lu par Léa Issert.

Vous pouvez aussi consulter mes chroniques sur le premier et le deuxième tomes.


Si vous n’avez pas lu le deuxième tome, ne lisez pas cette chronique.

J’étais très impatiente de voir où allaient nous mener les événements du précédent tome et je n’ai pas été déçue ! Ce volume est vraiment le meilleur des trois. J’ai beaucoup ri mais ai aussi été émue par certains personnages. Je n’ai pas vu le temps passer.
Dans ce tome, Ivy et Winter tentent d’arrêter un tueur en série. L’enquête est intéressante, pas haletante mais bien ficelée. L’une des caractéristiques de cette saga que j’apprécie est justement que l’autrice évite les facilités scénaristiques. L’évolution de l’histoire et les rebondissements sont toujours crédibles, même si elle grossit parfois le trait dans la caractérisation de ses personnages.
J’ai également aimé voir Ivy et Winter chercher leurs marques en tant que tout jeune couple et se dépatouiller l’une avec ses nouvelles capacités, l’autre avec sa nouvelle vie en dehors de l’ordre. Ce sont des personnages très attachants et délicieusement imparfaits.
Ivy est fidèle à elle-même, malgré quelques petites améliorations, enfin si l’on peut le dire ainsi… Ce n’est clairement pas elle la plus traumatisée par ses dernières mésaventures. Elle prend ce qui lui arrive avec plus de calme que je ne l’aurais cru, mais toujours beaucoup d’humour. J’adore cette jeune femme à la fois marrante et intelligente. Cela nous change des damoiselles en détresse. Ivy se met toujours dans des situations inextricables, mais au moins elle utilise son cerveau pour tenter de s’en sortir.
À côté d’elle, les personnages secondaires manquent un peu d’épaisseur. J’ai notamment regretté que le méchant de l’histoire n’ait pas un background plus étoffé. Toutefois, on n’a pas vraiment besoin non plus de justification pour être un psychopathe. Et puis certains personnages contrebalancent cela par leur vulnérabilité. J’ai beaucoup apprécié Clare, que j’ai trouvée très touchante et si… humaine, je crois, dans ses idées fixes, ses petites angoisses et ses maladroites tentatives pour s’accommoder de sa situation. En revanche je pense que les personnages récurrents, comme Ève et Tarquin, mériteraient de sortir un peu de leurs archétypes, même si le second est très drôle et qu’on adore s’exaspérer de son égocentrisme autant que de sa stupidité.
Après Ivy, et presque à égalité avec Winter, le personnage le plus développé est indéniablement Brutus et je dois dire que je l’ai particulièrement apprécié dans ce tome. Il apporte vraiment un truc en plus à cette série et pas seulement en tant que ressort comique.
J’ai passé un excellent moment avec ce roman et je regrette que la série ne soit pas plus longue. Il ne me reste qu’une novella avant de dire au revoir à ces personnages et je vais la savourer.