mercredi 21 mars 2018

L'Heure de véri-thé

Un ouvrage d'Arnaud Bachelin, publié chez Baker Street éditions.


Présentation de l'éditeur :
L'Heure de véri-thé nous transporte à travers les siècles pour découvrir le symbolisme du thé et de son histoire. Entre archéologie, légendes et cuisine, ce livre est un fascinant récit des origines de la plante, des débuts de sa consommation et le développement de son commerce au fil du temps. Des histoires, mais aussi des techniques, des conseils et des recettes afin d'appréhender au mieux cette plante aux mille facettes. Des premiers thés bouillis asiatiques au thé glacé inventé en Amérique, en passant par les thés aux fleurs et autres ingrédients naturels, Arnaud Bachelin retrace un fabuleux voyage aux quatre coins du monde, dans un ouvrage parsemé d'illustrations et de photos. Ne se contentant pas de transmettre son savoir, l'auteur est également en perpétuelle recherche. Un peu à l'instar des plus grands parfumeurs, il est en quête des bonnes alliances, l'alchimie qui lui permettra de créer de nouvelles saveurs dans une parfaite harmonie. Passeur, savant, chercheur, créateur… en un mot : magicien !

L’Heure de véri-thé est un ouvrage de moyen format, ce qui est assez rare pour les livres concernant le thé. Le texte est agrémenté de quelques photos qui rendent très bien sur un beau papier épais, toutefois, à cause du papier en question, l’ouvrage est plutôt lourd et en devient vite malaisé à manipuler.
Les premières pages présentent les différentes catégories de thé (noir, rouge, bleu, etc.) et les stades de préparation des feuilles qui permettent de les obtenir. Cette présentation est succincte mais claire. Elle a également le mérite d’expliciter la différence entre thé noir et thé rouge qui trouble parfois les néophytes.
Vient ensuite un chapitre sur la genèse qui évoque les légendes autour de la découverte du thé et les différentes méthodes de préparation (thé bouilli, thé battu) et utilisations (culinaire, médicinale), avant que l’on n’en arrive à la boisson d’agrément et surtout à l’infusion qui est toujours pratiquée de nos jours.
Une large part de l’ouvrage retrace l’évolution du commerce du thé en Europe, les rivalités et conflits qu’il a générés et l’entrée dans les mœurs de sa consommation autant dans les strates riches que pauvres de la population. Ces chapitres sont un peu lourds bien qu’intéressants et cela est en partie dû à quelques répétitions. Toutefois, ce sont les fautes qui m’ont le plus gênée. Oh, il n’y en a pas à toutes les pages, mais assez pour gâcher l’aura d’un beau livre comme celui-ci. Ce sont en majorité des erreurs de conjugaison (accords de participes passés), mais aussi de vocabulaire (des mots utilisés en dépit de leur sens).
Tout en détaillant l’enracinement du thé dans les habitudes, l’auteur évoque la création des accessoires qui accompagne inévitablement un usage qui se généralise. On parle des théières classiques que tout le monde ou presque connaît ainsi que d’inventions qui nous paraissent beaucoup plus farfelues comme les tasses victoriennes avec protection pour moustache intégrée… J’aurais aimé plus de photos de ces ustensiles et davantage de détails sur leur utilisation, par exemple en ce qui concerne la préparation du thé au samovar. Même si, en amatrice de thé qui se respecte, je connais déjà tout ceci, je pense que cela a sa place dans un livre introductif tel que celui-ci.
Est également relatée une brève histoire de l’évolution du conditionnement, du coffret de vrac scellé pour éviter les contrefaçons aux capsules, en passant par les sachets en mousselines individuels. Chaque fois, le fait qui a ouvert la voie à l’invention est expliqué. De même, on évoque la création des thés parfumés et les méthodes, anciennes et modernes, utilisées pour les aromatiser, ainsi que les premiers thés glacés qui sont tout simplement nés d’une opportunité saisie au vol.
Je dois dire que la partie qui m’a le plus intéressée est celle mettant en relation le thé – et les tea times – avec les combats sociaux de leur époque. Bien entendu, on parle de la guerre d’indépendance des États-Unis, cependant on n’oublie pas pour autant un fait moins connu : le combat des suffragettes.
La dernière partie du livre est plus légère, dévolue à la cuisine et aux propriétés gustatives du thé. L’auteur consacré un chapitre très fourni aux associations de thés et de fromages. Il propose plusieurs alliances, détaillant avec finesse quelles sensations organoleptiques vous en retirerez. C’est intéressant si c’est votre truc (ce qui n’est pas mon cas). Je serais plus encline en revanche à essayer d’associer le thé à l’armagnac, comme il le préconise.
Vous trouverez quelques recettes dans cet ouvrage, que ce soit pour des boissons ou des plats, du sucré ou du salé. Par exemple, un thé glacé à la rose, un bubble tea (qui était très à la mode voilà un moment et qui semble maintenant s’éclipser, ce dont je ne me plaindrai pas.) et du cheese tea (non, vraiment, laissez tomber ça). En revanche, aucune évocation du matcha latte qui pourtant, après avoir été très en vogue au Japon, semble provoquer en Europe un bel engouement. Pour ce qui est de la cuisine, vous pourrez tenter une tarte au thé, potimarron et fromage de chèvre ou encore une recette de crevettes. J’envisage de tester assez vite le cake au matcha ou encore le gâteau au chocolat au thé fumé, je demeure néanmoins un peu circonspecte quant à cette dernière recette.
L’auteur termine par un court chapitre consacré aux références littéraires. Agréable à lire, bien qu’assez anecdotique. Il s’agit plus de montrer que le thé est vecteur d’inspiration que de réellement détailler le rôle qu’il a joué dans la littérature.
Ce n’est pas le livre qu’il vous faut si vous souhaitez vous renseigner sur les variétés de thé ou les cérémonies qui leurs sont associées. En revanche, si vous voulez en apprendre davantage sur la découverte du thé, son commerce et les implications sociales et sociétales de ce dernier au cours des siècles, il s’agit d’une excellente introduction.


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