dimanche 10 octobre 2021

Binti T2

Un roman de Nnedi Okorafor, publié aux éditions ActuSF.

Mon avis sur le premier tome.

Présentation de l'éditeur :

De retour sur Terre après son année passée à l'université intergalactique d'Oomza, la jeune Binti n'en a pas fini avec les surprises. Elle vient d'apprendre qu'elle est la descendante des Enyi Zinariya, un peuple extraterrestre, et elle se retrouve désormais capable de communiquer sans technologie tierce à travers de grandes distances. Mais la découverte de ce nouveau don, qu'elle maîtrise encore difficilement, s'accompagne d'une douloureuse nouvelle : pendant sa retraite dans le désert, les Khoush ont attaqué son village et sa famille a péri dans l'incendie de leur maison. Mais le temps du deuil n'est pas encore venu : Binti doit d'abord parvenir à concilier ses natures humaine et extraterrestre pour ramener la paix au sein de son peuple... quel qu'en soit le prix.

Autrice de fantasy et de science-fiction, Nnedi Okorafor a été lauréate du World Fantasy Award et du Prix Imaginalespour Qui a peur de la mort ?. Abordant les thèmes de l'identité et des traditions, chers à l'autrice, Binti : La Mascarade nocturne vient clore le diptyque commencé par Binti, lauréat des prix Hugo et Nebula.

Quand Binti a quitté son foyer pour se rendre à l’université, allant ainsi contre la culture de son peuple, elle ne pensait pas que cela aurait un tel impact sur sa personne. Elle était pleine d’espoir en l’avenir, elle voulait apprendre, mais elle n’envisageait pas que cela la changerait, elle était Himba et le resterait. Elle croyait fermement qu’elle rentrerait chez elle, forte de tout ce savoir acquis, pour devenir l’harmonisatrice de sa communauté comme cela avait été décidé longtemps auparavant. Pourtant, ce voyage l’a transformée à jamais, de bien des manières. 
Tout nous change, c’est un fait, seule la mort nous fige. Cependant, les changements dans la vie de Binti se font souvent dans la douleur, dans le traumatisme. Elle fait preuve d’une grande résilience, mais elle est bien jeune et cela lui coûte toujours.
Si elle sait qui elle est, tout le monde autour d’elle semble avoir une opinion à ce sujet et ne se gêne pas pour la lui donner. Même quand elle revient chez elle, elle est comme une plante déracinée qui peine à retrouver une place dans ce qui était pourtant son milieu naturel. Elle pensait renouer avec les siens, mais elle a découvert tout un pan inconnu de son histoire familiale qui l’impacte de plein fouet.
Cette dernière partie de l’histoire de Binti est celle de l’acceptation. Binti doit embrasser sa nature, qui est multiple, et apprendre comment être Himba, car elle le sera toujours, tout en étant autre. De fait, elle explore encore davantage sa propre culture. Ce qu’elle croyait connaître depuis toujours sur le bout des doigts. Binti en explore toutes les nuances, mais elle se découvre aussi autre, se rejette, tente de s’accepter, de concilier des traits pas toujours compatibles.
Pendant une bonne partie de la novella, elle est dans le déni, elle se replie sur elle-même. Outre les traumatismes qu’elle vit, et ceux qu’elle revit, cela fait aussi partie de son éducation, comme l’autrice nous le fait subtilement comprendre. Binti se raccroche à ce qu’elle connaît le mieux. Cela la rend touchante mais, si l’on compatit à ses malheurs, on ne peut nier qu’elle est aussi un peu naïve. Son âge l’excuse cependant. Ce que je pardonne moins facilement, c’est son côté Mary Sue. Binti est ballottée par sa propre histoire, bien qu’elle tente de lutter contre le courant parfois. Elle est irritable, souvent immature, et un peu trop parfaite pour être réaliste. Toutefois, je suppose qu’on a besoin de ce genre de personnage dans un récit YA et initiatique. J’aurais cependant aimé plus de nuances, d’autant que l’autrice fait des choix parfois un peu faciles. Je n’ai rien contre l’optimisme, surtout dans une histoire destinée à de jeunes lecteurs, mais pourquoi faire des choix difficiles, aussi douloureux qu’audacieux, pour en annuler ensuite toute la portée dramatique et ce plusieurs fois de suite ? Cela m’a semblé quelque peu puéril… Je trouve cela dommage et je ne pense pas que cela grandisse le personnage.
L’histoire de Binti nous parle d’identité et de découverte de soi aussi bien que d’altérité. C’est une quête initiatique, mais aussi un récit sur l’horreur de la guerre. Dans Binti, le conflit est si ancien que les deux parties ne savent même plus avec certitude ce qui l’a déclenché et se moquent des victimes collatérales. Rien ne semble apte à leur fait cesser les hostilités tant le conflit est enraciné en eux. Bien que cette guerre soit fictive, elle rappelle malheureusement des situations réelles et donne à réfléchir.

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