dimanche 24 juin 2012

Wingman T1

Un manga de Masakazu Katsura, publié chez Tonkam.


Résumé de l'éditeur :
Kenta Hirono est un jeune collégien rêveur dont le souhait le plus cher est de devenir un vrai héros, un justicier qui combat les forces du mal !! Et son voeu va être exaucé quand il recueillera Aoi Yume, la princesse du Royaume de Podream. Cette dernière vient de fuir son monde pourchassée par l’infâme Rimel qui a renversé son père et veut désormais s’emparer du Dream Note, un cahier où tout se qui y est écrit ou dessiné devient réalité…


Tonkam a commencé fin avril à rééditer en volumes doubles cette série (la première version française n’avait pas été entièrement publiée.)
Vous vous souvenez sûrement du dessin animé, kitschissime, qui passait au club Dorothée dans les années 80… Avec son héros à la voix nasillarde et ses mimiques, sans parler de ses répliques, navrantes de stupidité, ses Wingnanas en petites tenues et ses histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres… Censément drôle, souvent absurde, jouant sur les clichés de tous bords, ce D. A. était vraiment space…
Certes, mes souvenirs ne sont plus de la première fraîcheur, mais je pense qu’il était assez fidèle au manga, en tous cas pour ce premier volume. C’est toujours aussi kitsch et décalé, sans doute même un peu plus trash, ce qui compense la vivacité en moins, et le héros est encore plus abruti, si tant est que cela soit possible.
J’ai été très déçue par les dessins qui, à la longue, se révèlent bien trop fouillis pour garder l’intérêt du lecteur. Les combats sont particulièrement ennuyeux tant ils ressemblent juste à une masse de traits de crayons… Il n’y a guère que l’histoire pour se rattraper, alors autant vous dire tout de suite que nous ne sommes pas sortis de l’auberge…
Dessin ou intrigue, ce manga ne casse pas trois pattes à un canard, mais c’est aussi un peu l’idée de base. Ça commence comme une parodie, avec ce collégien qui se prend pour un héros et qui veut surtout qu’on le regarde, qui préfère étudier ses poses, qu’il souhaite charismatiques, plutôt que s’entraîner à se battre… C’est toujours plus facile d’engueuler ses copains qui dorment en cours, affublé d’un costume bien voyant, que de se mettre vraiment en danger pour venir en aide aux autres… Kenta Hirono est un petit morveux qui a des idées bien arrêtées sur la grande valeur de sa petite personne et le culte qu’il voue à sa copine de classe, la gentille Miku…
D’une niaiserie qui n’est pas touchante plus d’une seconde (et encore), ainsi que d’une dévotion toute canine, cette pauvre Miku en prend plein la gueule… Toujours prête à trouver des excuses à ce brave Kenta quand elle le découvre dans des situations embarrassantes (ce qui arrive très régulièrement), elle pourrait paraître d’une stupidité sans limite s'il ne s’avérait pas au final que les apparences étaient effectivement trompeuses…
Avec des méchants plus bourrins les uns que les autres, il n’y a guère que cette peste d’Aoi, tout juste débarquée de sa dimension de rêves en papier, et la prof principale de Kenta (rendue pour le moins hystérique par le comportement du gamin, ce qui se comprend) pour amener un peu d’ambiance…
Mais au-delà de ça, Wingman c’est aussi un peu (et pas forcément de façon très subtile, faut l’avouer) une réflexion sur les rêves dans lesquels on se réfugie. Ça nous dit que nous pouvons soit être totalement passifs et rester des enfants, soit apprendre de nos rêves et évoluer, mais ça nous dit aussi qu’il y a un moment où il faut les lâcher et revenir dans la réalité, avec ou sans bagage…
En cela, ce manga garde un certain intérêt, mais au fond il est surtout réservé aux nostalgiques…

Sirellia

 Un roman d'Alissandre, publié chez Sortilèges éditions.

Présentation de l'éditeur :
Les feuilles virevoltaient dans les airs, légères comme des plumes. J'entendais au loin, cette douce mélopée qui résonnait dans mon corps et accompagnait le souffle du vent. Puis cette voix m'appelant : « J'ai besoin de toi Clément ».

Lorsque j'ai fait ce rêve, je n'imaginais pas combien les songes pouvaient être réels. Ni ce que cela impliquait pour mon avenir. Un soir d'automne, mes doigts ont frôlé une inscription magique qui s'est envolée dans un halo bleuté sous mes yeux incrédules, ce n'était que le commencement.
J'ai la chance d'avoir rencontré un peuple doté de capacités surnaturelles, vivant en secret au cœur de l'immense forêt millénaire. Mais ce privilège a un prix, suis-je prêt à risquer ma vie pour les protéger ?
Clément est un jeune homme qui semble être tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Peu sociable, il préfère passer son temps à lire de la fantasy, ainsi qu’à rêver de quêtes grandioses et d’un fabuleux destin qui n’attendraient que lui… Cependant, il aperçoit un jour des symboles étranges sur un arbre et reçoit la visite d’un personnage des plus curieux qui lui pose beaucoup de questions, mais disparaît sans la moindre explication... A-t-il rêvé, entraîné par ses désirs de voir le merveilleux débarquer enfin dans sa vie ? Et qui est cette charmante jeune fille fraîchement arrivée dans son lycée et qui semble s’intéresser tout de suite à lui ?

Avant tout chose, j’aurais une petite remarque concernant la couverture.
Je la vois avec mon regard d’adulte, aussi je ne sais pas si mes remarques ont vraiment un quelconque intérêt. Par exemple, les couleurs, que j’ai trouvées superbes, sembleront peut-être ternes à un public plus jeune.
Le fait est que la représentation du personnage principal en premier plan me gêne beaucoup. Le trait un peu rude le fait paraître plus vieux et nettement plus antipathique qu’il ne l’est et je trouve cela bien dommage. Certes, ce n’est pas la couverture qui fait le roman, mais ça freine parfois sérieusement le lecteur potentiel…
Enfin, intéressons-nous plutôt au contenu, car c’est quand même ce qui importe le plus.

C’est un roman pour la jeunesse, et si je ne dis pas « young adult », c’est que je pense sincèrement qu’on ne peut pas l’apprécier au-delà d’un certain âge. Aussi, sans vouloir être réductrice, je le conseillerais quand même davantage à un public ayant dans les 10-14 ans et de préférence féminin, même si le personnage principal est un garçon.
La maturité est évidemment différente pour chacun, on ne grandit pas tous à la même allure, mais s’il y a des romans qu’on peut lire et apprécier à tous les âges de la vie, celui-ci n’en fait pas partie. Non qu’il soit mauvais, mais l’histoire est un peu naïve et manichéenne pour l’adulte que je suis. Ceci dit, je reste persuadée que c’est un roman qui enchantera le public auquel il est destiné.
Après, il faut admettre que quand on a la bonne trentaine et qu’on a été nourri à la fantasy depuis toujours, on aura vraiment l’impression de lire ce livre pour la centième fois. Le jeune héros solitaire qui se réfugie dans les livres, peu sûr de lui et qui rêve de magie, ainsi que d’une destinée qui irait bien au-delà de sa petite vie tranquille de lycéen, on connaît. L’enchaînement des situations, la facilité avec laquelle les personnages acceptent leur nouvelle vie ou encore les « incroyables hasards » et rebondissements tellement prévisibles qui jalonnent l’histoire sont un peu simplistes et laissent dubitatif. Ça commence plutôt bien, avec des dialogues qui tiennent la route, mais ils finissent par s’infantiliser peu à peu. L’histoire d’amour aussi est bien mignonne, mais relativement puérile… Le rythme est très lent et l’intrigue générale, ainsi que l’univers décrit, ne sont pas assez originaux pour que le lecteur chevronné dépasse ces défauts.
J’aurais aussi quelques reproches à faire au style en lui-même, pas que ce soit vraiment mal écrit, mais c’est un peu hésitant au niveau du vocabulaire et il y a de nombreuses erreurs de conjugaison, surtout en ce qui concerne le passé simple. C’est de l’ordre du détail au fond, car c’est aussi bien écrit que bon nombre d’ouvrages pour la jeunesse que j’ai lus récemment, mais je crois que, quand on écrit pour cette tranche d’âge, on doit d’autant plus être attentif à ce genre de choses.
Je n’ai pas non plus apprécié le fait que, si l’univers « réel » dans lequel évolue Clément est rigoureusement identique au nôtre, les noms de lieux soient inventés et sonnent terriblement « fantasy ». Je pars du principe que quand on prend le parti de situer tout un pan de son histoire dans la réalité, on doit le faire pleinement ou alors ne donner aucune précision géographique. Mais cela ne contrariera sans doute que moi…
Je reste très mitigée au final car, si je pense que ce n’est pas au mauvais livre, je trouve quand même qu’il manque beaucoup de maturité dans le fond comme dans la forme et, si suite il y a, espérons que l’auteur saura se détacher de l’influence de ses lectures de jeunesse et prendra un peu plus d’assurance dans l'exploration de son univers.

dimanche 3 juin 2012

Meurtre à Shakespeare

Lily Bard T1, de Charlaine Harris, publié chez J'ai Lu.

Résumé :
Je m'appelle Lily Bard et je mène une petite vie tranquille à Shakespeare, Arkansas, où je me suis installée pour oublier mon passé. Aujourd'hui, tout a changé. En rentrant, j'ai fait une macabre découverte : le cadavre de mon propriétaire. Après avoir paniqué et mis mes empreintes partout, je me suis éclipsée... Je n'ai plus le choix, il faut que je retrouve l'assassin avant que l'on ne vienne sortir les squelettes de mon placard...


Avant toute chose, parlons un peu de la couverture qui, de mon point de vue, n’est pas du tout adaptée au contenu de ce roman… Le crâne, la référence à Hamlet, il y a quelque chose de pourri dans la ville de Shakespeare, oui, bon, admettons que ça a un minimum de sens… Mais pour la subtilité, on repassera… Sans compter que, figurativement, on est vraiment à côté de la plaque, mais bref, passons…
Le fait est que je n’aurais jamais posé les yeux sur ce livre si l’avis de Lilie ne m’avait pas donné envie de le lire et s’il n’avait été de surcroît le livre du club de lecture de V&S pour le mois de mai.
Enfin, ne nous égarons pas… Comme le titre le laisse entendre, il s’agit d’un polar, mais il est en fait plus proche du roman de mœurs que du roman noir. Pour autant, l’enquête n’est pas inexistante, même si elle se déroule d’une manière un peu inhabituelle. L’intrigue tient la route, de petits indices, discrets, mais bien présents permettent au lecteur d’en arriver à ses propres conclusions sans qu’on lui mâche le travail. En soi, c’est bien pensé et plaisant à lire, mais je crois que les vrais fans de polars ne s’y retrouveront malheureusement pas. Et si vous découvrez l’identité du coupable trop tôt, vous risquez de vous ennuyer sérieusement, surtout sur la fin…
Si l’histoire me rappelle les romans de mœurs, c’est parce qu’elle s’attache surtout à décrire la vie dans une petite ville, apparences trompeuses, petites mesquineries quotidiennes et comportements humains, à travers le regard d’une personne qui voit tout ce que ses voisins peuvent cacher dans l’intimité de leurs foyers. Lily est femme de ménage, elle sait tout des manies de ses employeurs, de leur façon de vivre, des petits détails qui échappent même à leurs plus proches amis. Et Lily est observatrice, elle retient tout, même si elle ne souffle jamais mot à quiconque de ce qu’elle apprend ainsi. C’est ce pourquoi ses clients l’apprécient à sa juste valeur. Une femme de confiance, ça n’a pas de prix…
Elle analyse tout, mais n’est pas forcément très objective. Si la plupart des conclusions auxquelles elle arrive sont exactes, elles sont parfois si hâtives et péremptoires qu’elles pourraient aussi bien être erronées… Ainsi, Lily est un peu agaçante, surtout quand elle juge son prochain de la manière si peu amène qui est la sienne.
De prime abord, le personnage de Lily peut sembler particulièrement antipathique. Femme froide, voire revêche, attachée au moindre petit détail et plutôt paranoïaque, ce n’est que petit à petit qu’elle a pu gagner mon intérêt. Pourtant, on sent bien dès le début que son attitude est due à un traumatisme, que la distance qu’elle impose aux autres ou que sa manie de remarquer le moindre détail tient plus de l’instinct de protection que d’un caractère véritablement austère ou fouineur.
Charlaine Harris a su la rendre très réelle, très humaine derrière toute cette froideur et, surtout, très crédible. La lecture pourra peut-être sembler pénible à certaines personnes, avec les interminables listes de tout ce que Lily doit faire chez ses employeurs, ses spéculations parfois inutiles, ses petites tendances à juger les autres à l’emporte-pièce ou à passer du tout au rien, mais tout ceci a un sens quand on connaît l’histoire de cette femme. C’est ce qui fait que le propos de l’auteur semble si vrai.
J’ai apprécié que Charlaine Harris ne cherche pas à nous faire plaindre Lily. On peut éprouver de la compassion pour elle en apprenant ce qui lui est arrivé, bien entendu, mais jamais elle n’inspire la pitié. C’est admirable en soi, ça prouve que c’est bien écrit, réfléchi, et c’est ce qui m’a le plus touchée. Lily est une femme tenace et courageuse, c’est tout à son honneur, mais ce sont sa pudeur et sa dignité qui m’ont le plus marquée.
J’ai fini par l’apprécier et c’est heureux, car les personnages secondaires, tout en étant relativement intéressants, sont passablement caricaturaux, comme s’ils avaient manqué de travail, ce qui amoindrit un peu l’envergure du récit.
Le style est à la mesure du personnage principal, il est plutôt rugueux, très froid et sec (ciel, on croirait que je parle météo…) et quand on n’arrive pas à cohabiter avec le narrateur, la lecture devient toujours difficile. C’est le risque majeur de l’écriture à la première personne… Je me suis attachée à Lily et je l’ai comprise, mais je sais que certains lecteurs trouveront forcément sa compagnie pénible, alors je ne peux que les encourager à continuer leur lecture car je crois sincèrement que cette histoire en vaut la peine.
Il y a par contre quelques petits soucis avec la traduction. J’ai trouvé certaines phrases bizarres, parfois elles m’ont même donné l’impression d’avoir été traduites mot à mot, le choix de certains adjectifs m’a laissée perplexe et, surtout, il y a de très nombreuses fautes dans les noms de gens et de lieux. Alors, bien sûr, on peut se dire que Charlaine Harris a le don de donner des noms à coucher dehors à ses personnages, mais le moindre des soins qu’on peut apporter à une traduction est d’être sûr de ne pas écorcher les noms des personnages…
Je ne saurais pas vraiment dire ce qui m’a plu dans ce roman. Peut-être le fait que l’histoire de Lily semble si vraie, peut-être l’atmosphère pesante de cette petite ville qui cache tant de secrets ou l’enquête elle-même, simple mais efficace… Quoi que cela ait pu être, ça m’a fait dépasser la froideur de l’héroïne et ignorer l’ennui qui pointait quand même son museau de temps en temps.
Ce n’est pas le roman du siècle, ce n’est pas forcément non plus un bon polar, mais j’ai apprécié cette lecture et, si mon avis reste néanmoins un peu mitigé à son sujet, je sais que je lirai la suite en espérant qu’elle me convaincra davantage.

mardi 22 mai 2012

La Dame Sombre, Les Damnés de Dana T1

Un roman d'Ambre Dubois, publié aux éditions du Chat Noir.

Présentation de l'éditeur :
Au pied d'un cercle de menhirs, une jeune femme aux cheveux et aux yeux couleur corbeau se réveille. Qui est-elle? Elle l'ignore. Où se trouve-t-elle? Elle va bientôt le découvrir…
En plein territoire picte, résistant aux envahisseurs romains, une tribu celte recueille la mystérieuse femme. Rapidement, elle va se trouver mêlée au quotidien de ce peuple, à ses légendes, à ses mystères et à ses désespoirs.
Le cercle de pierres sera-t-il la clef qui lui rendra son identité? A moins que ce ne soit le vampire qui la surveille dans l'ombre...

Qui est donc Mévéa ? Démone, envoyée des dieux ou espionne romaine ? Cette jeune femme que les chasseurs du clan de l’Aigle ont découverte, blessée et fuyant à travers bois comme si elle avait une horde de démons à ses trousses, ne se souvient plus de son identité ni de comment elle a pu arriver là. Or, il se pourrait bien qu’elle ait un rôle important à jouer pour les siens en cette époque troublée… 
Mais qui sont vraiment les siens ? 

Si c’est vraiment de la fantasy historique que vous voulez, ce roman n’est sans doute pas pour vous, mais si c’est une fantasy douce et vaporeuse, largement mâtinée de romance, que vous recherchez, alors vous serez comblés. 
Disons-le tout de suite, le côté historique m’a semblé peu travaillé et les réactions des personnages bien trop actuelles pour que je puisse y croire, alors je me suis concentrée sur la partie fantasy car celle-ci sonnait plus juste selon moi. Il s’agit d’une fantasy subtile à la magie diffuse, nimbée de mystère et pleine de promesses. 
Si elle me laissait assez dubitative au départ, j’ai finalement bien aimé l’idée de mêler des vampires à la mythologie celte. C’était bien amené et original. 
Globalement, c’est un roman plutôt plaisant à lire, bien qu’il ne soit définitivement pas le meilleur de son auteur. On sent vraiment l’écrit de jeunesse, dans le fond, qui est parfois un peu puéril, comme dans la forme. Le style serait plutôt fluide et agréable, s’il n’était gâché par de trop nombreuses coquilles et quelques maladresses langagières qui l’alourdissent. 
Si j’ai beaucoup apprécié la première partie et que je me suis au passage attachée aux personnages, j’ai quand même trouvé par la suite que l’histoire tournait un peu en rond, se répétant sans vraiment avancer. En outre, le badinage amoureux des personnages, qui prend bien trop de place tout en n’étant, il faut le dire, pas vraiment subtil, m’a très vite lassée. L’histoire est également un peu trop manichéenne pour moi, malgré quelques exceptions... On a les gentils païens d’un côté et les très méchants chrétiens de l’autre… J’ai été, de plus, un peu déçue d’avoir tout de suite deviné l’identité du traître… 
Heureusement, l’auteur sait rendre ses personnages attachants et donner à ses lecteurs envie de connaître la suite malgré les quelques détours faciles que prend l’histoire. Je ne doute pas que le second volume sera bien meilleur que le premier s’il tient les promesses de celui-ci. Alors, si vous cherchez un roman de fantasy douce teinté de romance, sans prise de tête ou excès de magie tape-à-l’œil, n’hésitez pas, la Dame Sombre vous offrira un agréable moment de lecture.

lundi 21 mai 2012

Le livre du voyage

De Bernard Werber.
Édition Le livre de poche.

Présentation de l'éditeur :
Imaginez un livre qui serait comme un ami de papier. Imaginez un livre qui vous aide à explorer votre propre esprit. Imaginez un livre qui vous entraîne vers le plus beau, le plus simple et le plus étonnant des voyages. Un voyage dans votre vie. Un voyage dans vos rêves. Un voyage hors du temps. Ce livre vous le tenez entre vos mains.


Ouais, bon, imaginez...
Imaginez surtout qu'une amie vous offre ce bouquin, qu'il ne vous inspire pas, mais qu'elle insiste lourdement, alors, pour lui faire plaisir, vous décidez de vous y mettre... Imaginez au final que vous n'avez jamais aussi mal employé une heure de votre temps qu'en lisant ce livre qui, dieu merci, avait au moins le mérite d'être court.
Et même si je n'étais pas très enthousiaste, je vous promets que j'ai ouvert ce livre sans a priori. D'ailleurs, ça ne commençait pas si mal... Le livre me parlait... Un peu prétentieux le bouquin, parce qu'il croyait être le premier à le faire, mais bon, pourquoi pas... Il me racontait des tas de trucs que tout lecteur passionné sait déjà, me léchait un peu les bottes au passage... Et il m'a proposé d'aller faire une petite balade avec lui... Naïve je suis, j'ai suivi le livre et je me suis embarquée pour le voyage le plus superficiel, le plus ennuyeux et vide de sens que j'ai pu vivre.
Ce livre, qui se veut initiatique et bien pensant (il prendra d'ailleurs très souvent le parti de penser à votre place, des fois que ça puisse vous fatiguer de le faire seul) est en fait basé sur le principe de la visualisation créative. Principe new age qui vise à faciliter la relaxation ou la connaissance de soi en utilisant une trame de "voyage" ou de "création personnelle" prédéfinie et à étudier par la suite la façon dont notre esprit en a géré la symbolique, elle peut être un outil aussi intéressant que vain si elle est mal utilisée ou mal construite au départ. Créer une trame de visualisation ne s'improvise pas.
Disons-le tout de suite, les différents voyages proposés par ce livre ne m'ont vraiment pas convaincue. Outre le fait qu'ils sont superficiels et ne visent qu'à faire penser au lecteur qu'il est exceptionnel, plutôt que, par exemple, à lui faire chercher de nouvelles facettes de sa personnalité ou mieux comprendre certains de ses comportements, ils sont également bien trop subjectifs. Ils vous imposent ce que vous devez penser ou ressentir et ça c'est totalement contraire au principe de la visualisation qui est et doit rester personnelle, uniquement soumise à la subjectivité de celui qui la pratique et non de celui qui l'a créée.
Je pense que si une quelconque divinité régissant cet univers (qui comme chacun sait est l'estomac d'un dragon ou, peut-être, à la rigueur, un de ses intestins) a trouvé judicieux de nous doter de la capacité de penser, ce n'est pas pour que nous laissions à quelqu'un d'autre, du genre un auteur qui avait un creux dans son emploi du temps, le loisir de manier à notre place les rênes de notre raison et de notre sensibilité, même si c'est pour insuffler dans notre esprit des pensées dégoulinantes de bons sentiments.
Je suis un esprit pragmatique et je ne me laisse pas embarquer facilement, je l'admets, mais j'en connais un rayon sur la question des visualisations. Et, si je suis loin de verser facilement dans le mysticisme, je ne suis pas non plus réfractaire à ce genre de théories. Cela étant dit, pour vous assurer que, si à la base je n'étais pas cliente, je ne suis pas non plus rebutée par le principe, je ne pense pas que ce livre ait un quelconque intérêt en la matière. Et franchement, plus on avance dans la lecture et plus ça devient du grand n'importe quoi...
La seule vérité que j'ai tirée d'entre les pages de ce livre, c'est qu'il admet qu'on n'a pas besoin de lui...
Alors, si vous voulez vous évader, lisez donc un bon roman et si vous vous intéressez aux visualisations, je crois que même le plus amateur des magazines féminins a mieux à vous offrir.

vendredi 18 mai 2012

Le meilleur des mondes

D'Aldous Huxley.

Présentation de l'éditeur :
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d'œuvre de la littérature d'anticipation, a fait d'Aldous Huxley l'un des témoins les plus lucides de notre temps. Aujourd'hui, devait écrire l'auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s'abatte sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d'ici là de nous faire sauter en miettes... Nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique.


C'était le livre du club de lecture de Vampires et Sorcières pour le mois de février, si ma mémoire est bonne. Mais comme ma fiche a disparu suite à un bug et que je suis déjà bien en retard dans le défi de 2012, j'ai pensé la poster ici.

J’étais probablement trop jeune quand j’ai lu pour la première fois Le meilleur des mondes car, bien que me paraissant tout à fait plausible, cet avenir décrit pourtant de façon si pointue par Huxley était resté très abstrait dans mon esprit.
Aujourd’hui, ce Meilleur des mondes me semble terriblement concret et proche, dangereusement proche. Même si nous ne sommes qu’aux balbutiements d’un conditionnement systématique, nous semblons nous diriger vers cette forme de société. Enfin si, comme le disait l’auteur, nous ne nous faisons pas sauter avant d’y arriver…
Le fait est que ce meilleur des mondes peut sembler une utopie à qui pense que le bonheur est fait de tranquillité d’esprit, d’inconscience du temps et de soi, de stabilité rassurante, de plaisirs faciles et d’un bien-être aussi fade que régulier, mais qu’il est pour moi la pire des dystopies, la façon de s’éloigner à coup sûr de ce que devrait être le bonheur. Impossibilité de devenir réellement soi, relations superficielles avec les gens et le monde, des gens dont l’esprit lui-même est tenu en laisse, que pourrait-il y avoir de pire ? S’il est maintenu dans un état, sans possibilité de développer son esprit ou sa pensée au-delà de ce que sa société lui permet, que vaut encore l’être humain ? Il est irrémédiablement prisonnier et inutile.
Le meilleur des mondes est à l’image d’une ruche, le bonheur s’y résume en fait à peu de choses : savoir quelle est sa place dans le monde et aimer celle-ci. Ça me rappelle un texte que j’avais dû traduire en cours d’espagnol. Je ne me souviens plus du nom de l’auteur, mais il comparait la vie à une salle de théâtre. Le problème des gens, disait-il, c’est qu’ils préférèrent toujours s’installer à la place du voisin et sont alors contraints, tout le temps qu’ils y sont, à s’y sentir mal à leur aise, inquiets, oubliant au final de profiter du spectacle, occupés qu’ils sont à scruter chaque nouvel arrivant retardataire qui pourrait les chasser de la place si convoitée.
C’est le genre de chose qui n’arrive censément pas dans le meilleur des mondes car chacun a une place bien définie et ne devrait avoir besoin de rien d‘autre que cela pour se sentir bien… Mais des erreurs persistent néanmoins et on se rend compte au final que ceux qui ne se sentent pas à leur place sont une menace pour la société. Ce qui importe c’est qu’ils restent à leur place et pour ce faire, ils doivent l’aimer. Un bonheur sur mesure pour des gens sur mesure… Mais ce n’est pas parce qu’on vous persuade de quelque chose, que celle-ci est vraie dans l’absolu… Peu importe toutefois, car la vérité dans le meilleur des mondes est elle aussi toute relative.
Toute la subtilité de la réflexion tient en cela : le bonheur est-il un état ou une émotion ?
Dans le meilleur des mondes, les émotions fortes sont proscrites, pas d’angoisses et pas de véritables passions, le bonheur y est un état. Pour moi, le bonheur est une émotion, il est fugace, toujours en mouvement, il nait de la créativité, de la recherche et de la foi, il naît de l’amour et de la connaissance de soi autant que des autres. Et, bien au-delà de ça, il n’y a qu’à la connaissance du malheur qu’on peut mesurer ce qu’est le bonheur. C’est pour cela qu’il sera toujours absent de cette société. Les traitements, succédanés de passion violente et autres aberrations du genre, ou même les drogues n’y changeront rien, même si tout cela aide à maintenir l’illusion.
C’est une question de point de vue, l’essence même du bonheur est différente pour chacun, mais je ne m’imagine pas un monde sans art, sans quête de connaissance, sans questionnement spirituel sérieux. Un monde parfaitement stérile qui étouffe toute créativité, c’est effrayant. Ça fait probablement partie de mon propre conditionnement, je l’admets, mais leur société me répugne autant que ma vision du bonheur répugnerait à la plupart des personnages de ce roman. Cela dit, je comprends bien cette vision des choses et pourquoi elle convient à la plupart des personnages. Née dans ce meilleur des mondes, je penserais sans nul doute autrement. Enfin, si on peut appeler cela penser… Et, puisque je suis en état de choisir, je mesure la chance qui m’est offerte de pouvoir penser et surtout créer, avec toutes les douleurs et les affres qui accompagnent le processus…
Mais revenons au roman lui-même que personnellement je diviserai en trois parties distinctes.
La première nous présente ce monde, cette pseudo-utopie où chacun est censé être heureux. Il prône une uniformisation systématique, la fabrication de l’humain comme un produit, avec un rôle bien défini et une utilité maximale, de la naissance à la mort. Sans pour autant le cacher à ses citoyens car il n’est, du reste, pas nécessaire de le faire étant donné qu’ils sont conditionnés à ne pas s’en émouvoir. Ne connaissant rien d’autre, ils ne risqueraient pas de faire un autre choix. Et ils sont sans aucun doute conditionné à craindre la perte de leur petit confort… Ne pas se poser de question est salvateur pour eux et, au pire, à la moindre petite contrariété, il y a le soma…
C’est un monde où l’on n’est jamais pleinement soi, où la conscience est maintenue à un degré minimal et la vie dans une confondante superficialité. L’humanité est déshumanisée au possible, privée, selon moi, de tout ce qui pourrait faire son intérêt… Mais force est de constater que ça marche et c’est sans doute ce qui est le plus désolant. Oui, un tel monde fonctionnerait parfaitement, même si je pense que ses dirigeants iraient bien plus loin que ne l’a écrit Huxley. Je crois que ce dernier voulait surtout choquer, ce qu’il est d’ailleurs parvenu à faire, en insistant sur certains points de sa théorie plutôt que d’autres.
Bien sûr, même dans ce meilleur des mondes, arrivent des erreurs, ce qui est logique quand on transforme l’humain en produit, mais qu’on tient à ne pas dépasser une certaine limite en bridant la science et en favorisant le travail humain plutôt que celui des machines. Cela dit, l’auteur aurait sans doute vu les choses autrement près d’un siècle plus tard, avec les avancées scientifiques faites depuis l’écriture de ce roman. Peut-être aurait-il privilégié la robotique à la création d’epsilon… Mais bon, c’est une autre histoire…
La seconde partie, quant à elle, m’a toujours semblée par trop artificielle. Elle a certes un rôle dans le processus de prise de conscience du lecteur, mais sert surtout les prétentions d’Huxley qui, quand même, aimait bien s’écouter parler… Il avait envie de dépeindre la folie et les sentiments exacerbés, comme savait si bien le faire Shakespeare. Mais n’est pas Shakespeare qui veut et, franchement, ça se sent…
Cette partie nous montre qu’il n’y a pas d’échappatoire, c’est l’aliénation ou la folie qui attendent l’humanité. C’est probablement vrai d’ailleurs, mais c’est un peu pénible à force… Ça manque de subtilité et d’empathie, sans doute en partie à cause de l’écriture un peu sèche d’Huxley.
La dernière partie a surtout une fonction explicative. Huxley s’est servi du personnage de l’Administrateur pour expliciter ses vues, peut-être même un peu trop à mon goût car tout lecteur ayant un minium d’intérêt pour cette histoire aura compris, une fois la première partie lue, ce qu’est l’essence-même de ce Meilleur des mondes et à quoi il faut bien évidemment renoncer pour obtenir en échange l’ataraxie si recherchée… Et il aura apprécié de le comprendre tout seul, comme un grand…
Quoi qu’il en soit, malgré ces quelques petits reproches, Le meilleur des mondes est une lecture intelligente, qui donne à réfléchir, tout en étant au final assez agréable à lire. C’est très logique et lucide, vraiment bien construit. De mon point de vue, et à mon grand effroi, Huxley était véritablement un visionnaire. Près d’un siècle plus tard, sa théorie est toujours d’actualité.
Ce roman est scientifiquement plausible, philosophiquement discutable et éthiquement inconcevable, mais il est néanmoins une probabilité qu’on ne peut écarter. C’est ce qui fait justement sa force et son intérêt.

Aldous Huxley a donc l'honneur d'être mon premier auteur mort pour le défi 2012.

*

jeudi 3 mai 2012

Quadruple assassinat dans la rue de la morgue

Les Nécrophiles Anonymes T1.
De Cécile Duquenne.
Chez Voy'[el].

A noter que les éditions Voy'[el] nous proposent ce roman grand format d'environ 180 pages au prix plus que raisonnable de 10€.

Quatrième de couverture :
Népomucène, préposé à la Morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d'environ 150 ans d'âge. Lorsqu’il manque devenir la cinquième victime d’un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l’enquête. L’immortel est certain qu’une autre créature surnaturelle a commis le massacre.
Ainsi commencent les aventures des Nécrophiles anonymes.


J'avais beaucoup apprécié la nouvelle de Cécile Duquenne dans l'anthologie Or et Sang publiée chez les éditions du Petit Caveau, j'attendais donc beaucoup de ce roman qui, me laissait penser le résumé de quatrième de couverture, serait assez déjanté pour me plaire...

Népomucène, homme placide, un rien timide et des plus ordinaires, ne se doutait sûrement pas qu’en travaillant de nuit à la morgue, il allait pénétrer dans un univers étrange et surnaturel en faisant la connaissance de Bob le vampire.
Il y a de quoi nous mettre dans le bain ne serait-ce qu'avec ce postulat de base et les noms de nos deux personnages principaux : bizarrerie et ironie sous-jacente font le sel de ce roman.
Tirés de leur petit train-train ordinaire, qui consiste en général à siffler des bières et à faire quelques expériences douteuses sur des cadavres (d'animaux, voyons, qu'allez-vous chercher...), nos deux compères vont devoir enquêter sur de sordides assassinats.
Ce qui fait en grande partie le charme de ce trop court roman est l’incongruité tranquille des situations mises en scène. Le fait, également, que les personnages soient si hauts-en-couleurs, mal assortis et trouvant pourtant matière à s’accorder, est aussi fort agréable et rend le tout très vivant. C’est original et sympathique, le récit est prenant et plein d’humour. Même si j’ai trouvé l’enquête sans grande surprise (j'ai bien trop vite deviné l'identité de l'assassin), le final n’est pas bâclé, ce qui est appréciable.
Népomucène est un narrateur rafraichissant de par sa normalité et, s’il est un rien pleurnichard, il n’en est pas moins attachant. Ses comparses apportent, quant à eux, un peu plus d’originalité, voire de loufoquerie, au roman et l’équilibre se fait ainsi dans une atmosphère délicieusement contrastée.
Qui plus est, ce roman est bourré de références en tous genres qu'il est amusant de découvrir au fur et à mesure. Outre la célèbre nouvelle d’Edgar Poe, Double assassinat dans la rue Morgue, et son auteur, référence majeure, avec notamment le pastiche d’une scène culte, nous avons droit à de nombreux clins d’œil à des textes classiques, tout autant qu’à de récentes séries de fantasy urbaine, ainsi que des séries télévisées. Tout ceci participe à créer une ambiance bien particulière que j'ai vraiment beaucoup aimée.
Il y a bien quelques longueurs, un peu gênantes pour un texte si court, ainsi que des cafouillages (chronologiques et orthographiques), mais ce ne sont que de petits accrocs. Je ne vais donc pas trop chipoter, car la lecture fut agréable et j'attends la suite des aventures de Népo, Bob et leurs potes avec une certaine impatience.