dimanche 22 septembre 2019

Dans l'Ombre de Paris, La Dernière Geste T1

Un roman de Morgan of Glencoe, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur : 
Depuis des siècles, les humains traitent les fées, dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux. Lorsque la princesse Yuri reçoit une lettre de son père lui enjoignant de quitter le Japon pour le rejoindre, elle s'empresse d'obéir. Mais à son arrivée, elle découvre avec stupeur qu'elle a été promise à l'héritier du trône de France ! Dès lors, sa vie semble toute tracée... jusqu'à ce qu'une femme lui propose un choix : rester et devenir ce que la société attend d'elle ou partir avec cette seule promesse : « on vous trouvera, et on vous aidera. » Et si ce « on » était la dernière personne que Yuri pouvait imaginer ?
Morgan of Glencoe est barde, c'est sans doute la raison pour laquelle elle raconte si bien les fées. Avec Dans l'Ombre de Paris, elle crée un incroyable univers où les royautés françaises et japonaises ont su se maintenir sur un terreau d'injustices.
Grande amatrice de romans liés de près ou de loin à la féerie, je me suis laissé tenter par Dans l’Ombre de Paris sans trop savoir à quoi m’attendre. Dans cette version uchronique de notre monde, les êtres féeriques sont considérés comme des animaux dans la plupart des pays et la dynastie des Bourbon règne toujours sur la France. L’autrice a battu et redistribué toutes les cartes pour nous offrir quelque chose de familier et d’original à la fois. 
Il ne m’a pas fallu longtemps pour prendre mes marques. J’ai été happée par cette histoire complexe qui se déploie sur plusieurs axes narratifs. Je me suis progressivement attachée à tous les personnages, même si au départ j’avais une préférence pour les fourmis du rail. Et surtout, à mesure que ma lecture avançait, j’ai eu de plus en plus de mal à lâcher mon livre. 
Au centre du récit se trouve Yuri, princesse japonaise, intelligente, éduquée, pour ce que cela vaut dans un monde où les femmes sont considérées comme inférieures. Elle n’est pas grand-chose de plus qu’un joli bibelot qu’on peut échanger, si elle parvient à échapper aux tentatives d’assassinat que son rang lui vaut. Elle n’aurait besoin que de sortir de son cocon princier pour expérimenter les réalités de son monde. Savoir est une chose, le vivre en est une autre. J’ai beaucoup aimé la voir évoluer, tout comme la selkie à laquelle son existence semble irrémédiablement liée. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Sachez toutefois que l’on suit de nombreux personnages dans ce roman. Cependant, aucun ne fait de la figuration. On s’attache, on craint pour la vie de certains, on tremble avec eux. Le fait qu’ils soient tous suffisamment développés est une des choses que j’ai le plus appréciées. Tous ces personnages et ces diverses pistes rendent le récit très prenant. On est frustré quand on quitte ceux que l’on suivait dans un chapitre et en même temps ravi d’en retrouver d’autres. 
J’aime ces romans qui ne sont pas linéaires, mais je sais bien qu’ils ont en général moins de succès que les autres dont la narration est prémâchée. Je trouve cela fort dommage. Il faudrait plus de ces récits qui forcent le travail de notre imagination et nous obligent à une saine petite gymnastique cérébrale. J’apprécie donc d’autant plus la complexité de ce roman qu’il fait partie de la collection Naos, destinée à un public adolescent. La littérature jeunesse fait de plus en plus confiance à l’intelligence de ses lecteurs. La collection Naos ne m’a d’ailleurs jamais déçue à ce sujet. 
Morgan of Glencoe nous propose un récit profond, porteur de bonnes valeurs. Elle y décrit même une utopie. Sa féerie est sombre, originale en comparaison de ce qui se fait habituellement. Elle a redessiné un monde, contemporain mais au léger parfum de gaslamp fantasy, que l’on se plaît à voir se déployer autour de nous. Elle a su le rendre tangible et vivant. 
Elle a réussi à me faire pleurer, ce qui n’est pas une mince affaire. Je ne voulais qu’une chose en tournant la dernière page : pouvoir lire la suite de cette étonnante histoire. 
Certaines lectures sont roboratives, elles vous apportent quelque chose d’un point de vue personnel. C’est le cas de celle-ci. Je l’ai savourée. En plus de vous tenir en haleine, de jouer avec vos émotions, l’autrice offre un récit intelligent qui pose de nombreuses questions et pousse son lecteur à la réflexion. Elle montre ce qui pourrait être, quelque chose de vraisemblable et de cruel, de si proche, malgré les grandes différences entre le monde qu’elle décrit et le nôtre. J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce roman qui a su me passionner.

jeudi 19 septembre 2019

La Machine de Léandre

Un roman et une nouvelle d'Alex Evans, chez ActuSF.

Vous pouvez aussi lire sur ce blog les chroniques de textes dans le même univers :
- Sorcières associées (ce roman a été réédité par ActuSF. Ma chronique porte sur une édition antérieure.)

Présentation de l'éditeur :
Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n'aspire qu'à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu'il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu'énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s'intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant...
Alex Evans, autrice du très remarqué Sorcières Associées, nous livre dans le même univers une enquête trépidante qui mêle admirablement steampunk et magie.
J’éprouve toujours une certaine affection pour les personnages d’Alex Evans. Ce sont des femmes intelligentes et débrouillardes. Constance, l’héroïne de La Machine de Léandre, ne fait pas exception. Cette histoire se déroule dans le même monde que celle des sorcières associées de Jarta, mais dans un autre pays et peut-être pas tout à fait à la même époque, même si on n’est pas loin. J’ai vraiment apprécié la découverte d’autres facettes de cet univers : un autre continent, d’autres mœurs et façons d’envisager la magie, de nouveaux personnages. On peut tout à fait lire et apprécier ce roman sans connaître les Sorcières associées. Cependant je gage que vous aurez très envie de faire leur connaissance ensuite. 
Après une absence de quatre siècles, la magie est de retour dans ce monde et il faut de nouveau l’apprivoiser. Surtout sur le continent nord où une secte religieuse a tenté d’en effacer toute trace après sa disparition. 
Constance est une scientifique, elle étudie le pouvoir d’une manière rigoureuse et terre-à-terre, bien qu’elle possédât elle-même le don. Elle ne l’utilise pas et le cache d’ailleurs, consciente qu’elle n’est pas une simple sorcière mais une chamane, ce qui s’avère autrement plus dangereux. C’est donc bien malgré elle que Constance va se retrouver hors de sa zone de confort, après l’ouverture d’une faille qui a laissé passer un démon et la disparition de l’un de ses collègues. 
Cela est toujours un réel plaisir de lire Alex Evans. On ne s’ennuie jamais, les personnages sont sympathiques et l’histoire distrayante. Les chapitres défilent sans que l’on s’en rende compte. 
Je ne regrette que la fin, un peu abrupte à mon goût. Cependant c’est probablement parce que je me suis attachée à Constance et que j’aurais voulu la suivre encore un moment. J’aimerais vraiment pouvoir lire un jour une suite à cette histoire. 

Ce court roman est suivi d’une nouvelle : La Chasseuse de livres. Les deux textes ont été édités séparément il y a quelques années par Walrus. Ils ont en commun le pays et l’époque. 
Si Constance était une scientifique qui se plaisait entre les murs de son laboratoire, Cassandra, l’héroïne de la nouvelle, se rêve chasseuse de livres. C’est un peu la version sorcière de l’archéologue. En ces temps où la magie revient et où de nombreux grimoires et artefacts ont été détruits ou cachés, les reliques sont précieuses. Cassandra rêve d’aventures et de découvertes qui lui assureraient un avenir professionnel plus radieux que celui auquel on voudrait la cantonner. Les femmes ne sont pas très bien considérées dans la cité de Grande Courbe... 
Cassandra est une jeune femme aussi charmante qu’elle est naïve. Il faut dire qu’elle a sans doute été sur-protégée toute sa vie. J’aurais voulu pouvoir la secouer un peu, lui hurler de se méfier ! 
J’ai moins aimé ce texte que le précédent, en grande partie parce que j’ai préféré le caractère de Constance, plus pragmatique et sensée, à celui de Cassandra. Pourtant les deux femmes sont intéressantes. Et comme je le disais précédemment, c’est toujours un plaisir de lire Alex Evans. 
La nouvelle se lit vite et on se prend au jeu. On a l’impression de chercher le grimoire avec Cassandra, on tente de voir au-delà des apparences. 
J’espère retrouver ces personnages, autant Cassandra (qui est d'ailleurs présente dans Sorcières associées) que Constance, dans d’autres aventures. Je serai en tout cas toujours ravie de me plonger dans cet univers.

vendredi 6 septembre 2019

L'Enfant du cimetière

Un roman de Pierre Brulhet, publié chez Séma.

Présentation de l'éditeur :
Abandonné par une nuit pluvieuse, un bébé grandit parmi les Esprits du cimetière. Il connaîtra, dans ce lieu intemporel, l’Amitié et l’Amour.
Mais par leur incompréhension et leur cruauté, les Vivants voudront le forcer à vivre dans le monde réel, alors qu’une terrible menace plane sur le cimetière.
Un enfant qui grandit dans un cimetière, forcément, quand je lis ça, je pense à Nobody Owens. Pourtant, L’Enfant du cimetière ne possède que peu de similitudes avec le roman de Gaiman. Il est tout aussi fantasque, mais tend plus vers le Merveilleux que le Fantastique. Comme dans les contes, on ne se pose pas trop de questions, on accepte même les choses les plus bizarres ou illogiques. C’est aussi beaucoup plus enfantin et assez classique pour un ouvrage jeunesse. 
Pierre Brulhet nous offre un récit tendre et mignon, qui ne recèle rien d’effrayant et plaira sans problème à un jeune public, même aux enfants qui ne sont pas friands d’histoires de fantômes. L’Enfant du cimetière est un ouvrage vraiment facile à lire. 
L’ambiance est bon enfant, de mignonnes illustrations closent des chapitres courts, tout est fait pour rendre la lecture agréable. On suit volontiers le petit Yoann qui vit au rythme du cimetière et aimerait bien en découvrir plus sur ses origines. Avec lui, on apprend à connaître le lieu et ses résidents. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a plus de vie que de mort dans ce cimetière… Pour autant, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à ces personnages. 
C’est une histoire plutôt sympathique, mais qui est tout de même pleine de clichés. De mon point de vue, la littérature jeunesse est censée ouvrir l’esprit, pas le formater. Je reste donc assez dubitative face à cette lecture. Mais après tout je suis une adulte...

lundi 26 août 2019

La Quête du Sampo, Terres du Nord T1

Un roman de Monia Sommer, publié chez Séma éditions.

Présentation de l'éditeur :
"Alors que la Finlande menace de s’effondrer face à l’invasion suédoise, Satu, une jeune journaliste, part en quête du Sampo, un objet légendaire, seul élément capable de les sauver, elle et son pays. Sur fond d’apocalypse et de légendes finnoises, Terres du Nord propose une quête initiatique qui pose les fondations d’une fantasy à la fois futuriste et magique, dont le Kalevala sert de point d’ancrage et de guide intemporel. "
Les dérèglements climatiques et les impasses politiques qui ont mené à deux nouvelles guerres mondiales ont bouleversé la planète. Tous en subissent encore le contrecoup, bien que l’on ne sache pas exactement quand cette histoire se situe dans le futur, puisque la datation a changé. 
L’accès à la technologie et aux ressources naturelles est devenu de plus en plus problématique. Certains pays se sont alliés pour mieux résister, néanmoins la Finlande refuse de rejoindre la Communauté Scandinave. Combien de temps pourra-t-elle encore résister alors qu’elle se trouve isolée, en proie à la famine et à un mystérieux virus ? 
Ce roman allie fantasy et anticipation d’une manière que j’ai trouvée originale, moderne et plaisante. Le lecteur plonge dans les légendes finnoises à la suite de Satu, mais ne perd jamais de vue des problématiques très actuelles. 
La jeune journaliste est entraînée bien malgré elle dans les méandres d’une affaire qui la dépasse. Il faut dire qu’elle est bien jeune. Elle se montre courageuse, mais pas toujours avisée. Satu est cependant un personnage attachant. Elle est animée de bonnes intentions malgré son impulsivité et ses erreurs de jugement. 
La Quête du Sampo est un roman tissé de magie et de secrets. Cela a été un plaisir de suivre Satu au coeur de ces grandes étendues enneigées, de la voir grandir et s’affirmer, de découvrir avec elle une partie de son histoire familiale. J’aurais cependant aimé en savoir plus à ce sujet et j’espère que la suite comblera cette attente. Il en va de même pour les personnages secondaires qui sont tout aussi intéressants bien que pas suffisamment développés à mon goût. J’espère que le prochain tome remédiera aussi à cela. 
J’ai beaucoup apprécié les passages rappelant les contes. Leur ambiance si bien rendue rappelle des souvenirs. Très férue de légendes, de mythologies diverses et de quêtes identitaires, ce roman était indéniablement pour moi. J’ai aimé découvrir les êtres mythiques qui croisent la route de Satu, tout autant que l’aspect plus moderne du récit, avec cette guerre larvée contre la Suède, ces complots et autres machinations. Je lirai très volontiers la suite.

lundi 19 août 2019

Le Dieu dans l'ombre

Un roman de Megan Linholm publié chez ActuSF.
Présentation de l'éditeur :
Evelyn a vingt-cinq ans, un époux, une belle famille et un enfant de cinq ans.
Quand elle était jeune fille, elle avait la compagnie des forêts de l’Alaska, de la poésie de la nature et de Pan, un faune mystique.
Un jour, il disparut.
Elle n’aurait jamais cru que la créature irréelle surgirait à nouveau dans sa vie et agiterait en elle ces émotions fantasmatiques et sensuelles.
A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ?
Légende de la fantasy, Megan Lindholm, alias Robin Hobb (L'Assassin Royal, Le Soldat chamane), tisse ici un chemin de vie d'une humanité sensible, où le fantasme de la nature se mêle aux désirs sombres et inquiétants qui grouillent au fond de nous.

Quand j’étais petite, j’avais une affection particulière pour L’Appel de la forêt de Jack London. Ce roman-ci me le rappelle sauf qu’il ne parle pas d’un animal domestique retournant à a nature sauvage, mais d’une femme, tiraillée entre civilisation et sauvagerie. 
Evelyn a grandi en Alaska, livrée à elle-même. Ses parents avaient bien trop à faire avec leurs autres enfants pour se préoccuper d’une petite fille qui ne cause pas de problème, qui ne demande pas de nouvelle robe, qui se rend utile en cueillant et chassant. N’ayant aucune affinité avec ses sœurs, rejetée par ses camarades de classe, Evelyn avait pour seuls amis son chien et un faune. Ami imaginaire ou non ? Il l’a quittée quand elle a grandi, bien malgré elle. 
Au début du roman, Evelyn est une femme adulte, mariée, mère d’un petit garçon, et elle quitte sa chère Alaska pour passer un mois auprès de sa belle-famille. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. On sent petit à petit le piège se refermer sur elle. On suffoque avec elle. Mais, encore une fois, est-ce son imagination qui lui joue des tours ? Est-ce son insécurité et son mal-être qui parlent ? 
Dans la première partie, le récit est tressé de souvenirs de son enfance libre et sauvage et du présent qui la voit de plus en plus confinée, inutile alors que petit à petit on grignote ses libertés et son faisceau de possibilités. 
J’ai eu beaucoup de compassion pour cette femme, j’aurais aimé qu’elle se défende plus. On sent sa belle-famille tellement injuste envers elle. Alors bien sûr c’est subjectif, Evelyn étant la narratrice, mais je me suis sentie d’emblée de son côté. 
Et quand arrive l’accident qui va tout changer, comment ne pas être révolté par la façon dont on la traite ? Ces gens sont tout simplement horribles. Je n’ai pas toujours compris les choix d’Evelyn, c’est le moins qu’on puisse dire, mais j’ai vraiment souffert avec elle durant ces chapitres. 
La deuxième partie nous emmène sur un tout autre chemin, qui est pour elle celui de la reconquête de son indépendance, même si cela n’est pas évident de prime abord, car une fois encore elle se laisse conduire. Et cette portion de l’histoire semble s’étirer, sans doute parce que je l’ai trouvée moins accessible, trop loin de ma propre sensibilité. Cependant, elle ne manque pas non plus d’intérêt. 
Le Dieu dans l’ombre est le roman d’une quête initiatique, il demande de la patience et de l’empathie. 
Pour cette réédition, la traduction aurait mérité une révision, il y a plusieurs coquilles, mais c’est un très bon roman. J’aime beaucoup Robin Hobb, néanmoins j’ai toujours eu une petite préférence pour les récits contemporains qu’elle a publiés sous le nom de Megan Lindholm, ils me parlent beaucoup plus, ils apportent une magie sombre dans une réalité dérangeante. 
C'est le cas du Dieu dans l’ombre, ce roman est entre le Fantastique à l'ancienne et le Réalisme magique, donc c'était forcément pour moi. Mais je vous préviens, comme souvent dans le genre le roman est lent, plus introspectif qu'actif et vous aurez sans doute envie de secouer les personnages. C'est fait pour. 
Ce roman se situe à la frontière du sauvage et du civilisé, il parle de la nature humaine et me semble au final assez païen.

dimanche 11 août 2019

Wool Stories


Bernie Torres est la créatrice de la marque In The Wool For Love. À la base, les Wool Stories sont des newsletters qui présentent des acteurs du monde du tricot. Dans ce livre, elle reprend le principe de cette présentation avec les portraits d’une quinzaine de créatrices et des patrons.
Wool Stories est un ouvrage très esthétique. Les photos sont superbes. Le code couleur respecté par les créatrices en renforce l’harmonie. Après qu’on aime ou pas ces couleurs est une autre histoire. Ce n’est clairement pas ma palette, mais quand on tricote il faut avoir un peu d’imagination pour se projeter dans un modèle de toute façon.
Le tout est donc assez cohérent, mais chaque créatrice apporte sa propre originalité.

Les portraits :
Il est intéressant de découvrir les parcours respectifs de toutes ces créatrices. Elles nous expliquent comment leur est venue la passion du tricot, quelle est leur démarche à la fois dans la conception d’un patron et dans leur façon d’intégrer le tricot à leur quotidien. On en apprend plus sur leurs goûts et leur façon de travailler.
La lecture de ces portraits a été très plaisante.
Ces créatrices sont plutôt connues dans le petit monde du tricot, mais cela m’a permis de vraiment découvrir le travail de certaines et parfois d’avoir envie de voir d’autres de leurs modèles.

Les modèles :
Ce sont des modèles pour femmes quasi exclusivement.

Vous trouverez dans ce livre :
Sept Pulls, huit gilets/cardigans/vestes, deux paires de chaussettes, trois bonnets, deux bandeaux, un béret, une paire de mitaines, un cabas, un turban, un foulard, une étole, une ceinture et un coussin.
Et beaucoup de mohair dans les fils conseillés.

Chaque créatrice propose deux patrons, un pull ou gilet et un accessoire la plupart du temps assorti.
Là, en revanche, mon avis est mitigé. De mon point de vue, certaines ont fait plus d’efforts que d’autres, mais ça reste un avis très personnel.
Les patrons sont relativement bien expliqués et il en faut pour tous les goûts ainsi que pour tous les niveaux. Cela ne me gêne qu’on propose aussi des ouvrages faciles (même si une ceinture en point mousse dont l’explication tient en une phrase ne devrait pas être considéré comme un patron à part entière.)
En revanche, ce qui me gêne est que certaines ont fait l’effort de proposer beaucoup de tailles, alors que d’autre non.
La plupart des modèles vont du S au L, quelques-uns poussent jusqu’au XL, mais souvent ce sont des tailles intermédiaires, par exemple L/XL. Il n’y a que trois modèles qui proposent du XS et trois (pas exactement les mêmes) qui vont au-delà du XL. Si vous êtes un petit gabarit ou si vous avez une grosse poitrine, j’espère pour vous que vous savez modifier un patron.
Cela vaut aussi pour les accessoires. Il y a deux paires de chaussettes dans ce livre, l’une en deux tailles, l’autre en trois.
Il y aussi une veste en taille unique (la taille unique c’est magique, censée aller à tout le monde, ça ne va à personne) avec une ceinture en point mousse en guise d’accessoire, celle dont l’explication tient en une ligne. Désolée mais là je dis non.
Je suis habituée à mieux. Les patrons que j’achète d’ordinaire proposent plus de tailles et donnent toutes les mesures pour qu’on puisse bien définir celle qui nous correspond. Certes ils sont relativement plus chers, puisque vendus à l’unité la plupart du temps, mais je les trouve aussi plus complets.
Un autre point qui me chiffonne est que la quantité nécessaire est presque toujours donnée en grammes ou en pelotes uniquement dans le fil qui a été utilisé pour réaliser l’ouvrage et pas tout simplement dans le métrage et le calibre de laine qui permettraient de trouver plus facilement une équivalence si vous ne pouvez, ou ne voulez, pas vous procurer la même laine.
Si vous êtes une tricoteuse aguerrie, ça ne vous demandera qu’un petit peu de réflexion, mais si vous débutez c’est tout de suite une autre histoire.
Sur quinze, rares sont celles qui y ont pensé, mais je les en remercie (bizarrement ce sont aussi celles qui ont pensé à proposer une plus grande envergure de tailles).

Pour illustrer cette chronique, j’ai voulu tenter le patron de béret d’Alice Hammer parce que je pensais avoir une laine qui pourrait convenir en stock, mais sans information pour l’échantillon (bon, ça doit être pareil que pour le pull assorti en fait) et sans métrage, débrouille-toi ma fille pour savoir si tu vas tomber juste.
J’ai dû détricoter ma première tentative, l’ouvrage était beaucoup trop grand. Je suis descendue de taille d’aiguilles et cela aurait convenu, si j’avais correctement lu la grille…
Mon ouvrage est terminé, mais il ne ressemble absolument pas au modèle. C’est dû à une incompréhension de ma part et j’aurais dû être plus attentive. Je savais que quelque chose clochait, mais j’ai continué quand même. Ce n’était pourtant pas ma première grille, loin de là. Seulement toutes les créatrices ne fonctionnent pas de la même façon et j’ai pris des habitudes…
Tant pis. J’avais vraiment envie d’un béret gris. Ce n’est que partie remise. Je ne l’ai pas détricoté. Ma mère trouve le motif joli, elle en a donc hérité.
Le modèle est censé être facile et il l’est, mais pour être honnête des explications supplémentaires n’auraient pas été du luxe pour les débutants.
Cela ne m’empêchera toutefois pas d’essayer d’autres patrons de ce livre, notamment ceux de Solène Le Roux.

mardi 9 juillet 2019

Les Filles du Nord

Un roman de Mélody Gornet publié chez Thierry Magnier.


Madison est dans un état psychologique préoccupant. Elle essaie tant bien que mal de se maintenir à flot. Pour s’éloigner de sa douleur et tenter de se reconstruire, elle a décidé de changer d’environnement et de partir étudier en Écosse. Là-bas, elle fait la rencontre de Fern, une jeune femme pleine de joie de vivre et d’idées farfelues, ainsi que d’Arbor, son placide meilleur ami. 
J’ai adoré ce roman si touchant, poétique à sa manière, et tellement sincère. Il m’a rappelé ce moment difficile où l’on sort de l’adolescence, mais où l’on n’est pas encore pleinement adulte. On se cherche encore, on se construit en permanence dans un champ de possibilités qui semble infini. C’est à la fois grisant et épuisant. 
À mesure que s’organise la nouvelle vie de Madison, on parcourt ses failles et ses peurs du bout des doigts. On la sent terriblement réelle. Et brisée. J’ai aimé la découvrir, apprendre à connaître Fern et Arbor avec elle. Ce sont tous de très beaux personnages. C’est leur fragilité mais aussi leurs espoirs qui les rendent si réels. 
On voit Madison chanceler, essayer de grandir et de se reconstruire. On comprend petit à petit ce qui lui est arrivé. J’ai beaucoup aimé les interludes réservés à ses rêveries. Madison s’est créé un monde, basé sur le jeu de cartes traditionnel. Il renvoie le reflet de son état d’esprit. C’est quelque chose qui me parle et l’autrice est très subtile dans sa façon d’utiliser l’imaginaire de la jeune fille. 
J’ai aimé la sensibilité avec laquelle elle raconte cette histoire, sa façon d’évoquer des sujets graves, comme le suicide, avec honnêteté, sans tenter d’apitoyer son lecteur ou de jouer avec ses sentiments. Ce n’est jamais mièvre ou surfait. 
Pour autant, malgré les sujets abordés, ce n’est pas du tout un roman triste. C’est celui d’une reconstruction, de la fin de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte, de l’amitié et de la résilience. L’autrice évoque avec pudeur et sensibilité la difficulté de trouver sa place, d’accepter sa sexualité ou encore de gérer les fêlures et les traumatismes de l’adolescence. Mais au final il y a toujours de l’espoir. 
J’avais déjà pu remarquer que les récits young adult publiés chez Thierry Magnier sont de qualité et abordent des sujets sérieux sans prendre les jeunes pour des abrutis. Les Filles du Nord ne déroge pas à la règle. Il est intelligent, très bien écrit et agréable à lire. Il m’a donné envie d’en découvrir d’autres.

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