dimanche 10 octobre 2021

Binti T2

Un roman de Nnedi Okorafor, publié aux éditions ActuSF.

Mon avis sur le premier tome.

Présentation de l'éditeur :

De retour sur Terre après son année passée à l'université intergalactique d'Oomza, la jeune Binti n'en a pas fini avec les surprises. Elle vient d'apprendre qu'elle est la descendante des Enyi Zinariya, un peuple extraterrestre, et elle se retrouve désormais capable de communiquer sans technologie tierce à travers de grandes distances. Mais la découverte de ce nouveau don, qu'elle maîtrise encore difficilement, s'accompagne d'une douloureuse nouvelle : pendant sa retraite dans le désert, les Khoush ont attaqué son village et sa famille a péri dans l'incendie de leur maison. Mais le temps du deuil n'est pas encore venu : Binti doit d'abord parvenir à concilier ses natures humaine et extraterrestre pour ramener la paix au sein de son peuple... quel qu'en soit le prix.

Autrice de fantasy et de science-fiction, Nnedi Okorafor a été lauréate du World Fantasy Award et du Prix Imaginalespour Qui a peur de la mort ?. Abordant les thèmes de l'identité et des traditions, chers à l'autrice, Binti : La Mascarade nocturne vient clore le diptyque commencé par Binti, lauréat des prix Hugo et Nebula.

Quand Binti a quitté son foyer pour se rendre à l’université, allant ainsi contre la culture de son peuple, elle ne pensait pas que cela aurait un tel impact sur sa personne. Elle était pleine d’espoir en l’avenir, elle voulait apprendre, mais elle n’envisageait pas que cela la changerait, elle était Himba et le resterait. Elle croyait fermement qu’elle rentrerait chez elle, forte de tout ce savoir acquis, pour devenir l’harmonisatrice de sa communauté comme cela avait été décidé longtemps auparavant. Pourtant, ce voyage l’a transformée à jamais, de bien des manières. 
Tout nous change, c’est un fait, seule la mort nous fige. Cependant, les changements dans la vie de Binti se font souvent dans la douleur, dans le traumatisme. Elle fait preuve d’une grande résilience, mais elle est bien jeune et cela lui coûte toujours.
Si elle sait qui elle est, tout le monde autour d’elle semble avoir une opinion à ce sujet et ne se gêne pas pour la lui donner. Même quand elle revient chez elle, elle est comme une plante déracinée qui peine à retrouver une place dans ce qui était pourtant son milieu naturel. Elle pensait renouer avec les siens, mais elle a découvert tout un pan inconnu de son histoire familiale qui l’impacte de plein fouet.
Cette dernière partie de l’histoire de Binti est celle de l’acceptation. Binti doit embrasser sa nature, qui est multiple, et apprendre comment être Himba, car elle le sera toujours, tout en étant autre. De fait, elle explore encore davantage sa propre culture. Ce qu’elle croyait connaître depuis toujours sur le bout des doigts. Binti en explore toutes les nuances, mais elle se découvre aussi autre, se rejette, tente de s’accepter, de concilier des traits pas toujours compatibles.
Pendant une bonne partie de la novella, elle est dans le déni, elle se replie sur elle-même. Outre les traumatismes qu’elle vit, et ceux qu’elle revit, cela fait aussi partie de son éducation, comme l’autrice nous le fait subtilement comprendre. Binti se raccroche à ce qu’elle connaît le mieux. Cela la rend touchante mais, si l’on compatit à ses malheurs, on ne peut nier qu’elle est aussi un peu naïve. Son âge l’excuse cependant. Ce que je pardonne moins facilement, c’est son côté Mary Sue. Binti est ballottée par sa propre histoire, bien qu’elle tente de lutter contre le courant parfois. Elle est irritable, souvent immature, et un peu trop parfaite pour être réaliste. Toutefois, je suppose qu’on a besoin de ce genre de personnage dans un récit YA et initiatique. J’aurais cependant aimé plus de nuances, d’autant que l’autrice fait des choix parfois un peu faciles. Je n’ai rien contre l’optimisme, surtout dans une histoire destinée à de jeunes lecteurs, mais pourquoi faire des choix difficiles, aussi douloureux qu’audacieux, pour en annuler ensuite toute la portée dramatique et ce plusieurs fois de suite ? Cela m’a semblé quelque peu puéril… Je trouve cela dommage et je ne pense pas que cela grandisse le personnage.
L’histoire de Binti nous parle d’identité et de découverte de soi aussi bien que d’altérité. C’est une quête initiatique, mais aussi un récit sur l’horreur de la guerre. Dans Binti, le conflit est si ancien que les deux parties ne savent même plus avec certitude ce qui l’a déclenché et se moquent des victimes collatérales. Rien ne semble apte à leur fait cesser les hostilités tant le conflit est enraciné en eux. Bien que cette guerre soit fictive, elle rappelle malheureusement des situations réelles et donne à réfléchir.

lundi 13 septembre 2021

Les Héritiers

 Un roman de Fabien Clavel, publié chez ActuSF.

Mon avis sur Feuillets de cuivre.

Présentation de l'éditeur :

Paris, 1899
Les fées sont parmi nous. Cachées. 
On les appelle des Faux-Semblants. 

En pleine Belle Époque, Raphaël Acanthe, jeune séducteur, découvre à la faveur d’un duel qu’il est l’un de ces Faux-Semblants : un sylve.
De Paris au Sahara en passant par Budapest, cette découverte l’emmène dans un engrenage infernal, entre les diverses factions de fées et les complots contre la Monarchie féerique.
Entraîné malgré lui dans cette intrigue tentaculaire, Raphaël en compagnie d’un groupe hétéroclite de Faux-Semblants, dont Béla, un pitoyable mais si attachant vampyr, et Una, une dangereuse fleur de métal, va mettre à jour une terrifiante machination qui pourrait dévoiler au monde l’existence des fées. 

Auteur d’une cinquantaine de romans et lauréat d’une vingtaine de prix littéraires, Fabien Clavel aime à arpenter tous les genres de l’Imaginaire avec un égal plaisir. Cette fois, son roman mêle la fantasy au steampunk pour emmener le lecteur dans une aventure trépidante où le suspense se teinte de magie.
 
Feuillets de cuivre m’a durablement marquée et fait partie de mes livres préférés, aussi j’étais enthousiaste à l’idée de découvrir un autre roman dans le même univers, avec en prime la présence de Ragon. L’ambiance, cependant, est différente. L’auteur a pris une direction qui n’est pas pour me déplaire, dans laquelle mythologies, prophétie, complots et coteries se mêlent allègrement.
La lecture est exigeante et demandera toute votre attention ; il ne faut pas avoir peur des intrigues à tiroirs ni de suivre de nombreux personnages. Cela m’a ravie. J’aime les récits qui ne prennent pas leurs lecteurs pour des imbéciles.
On découvre dans ce roman une société complexe, cachée dans les replis de la nôtre et des factions qui s’opposent dont les buts ne nous sont pas toujours entièrement dévoilés. Si vous aimez les complots, vous serez ravis.
L’auteur a su créer des personnages imparfaits et complexes qu’il est plaisant de suivre, de découvrir et voir évoluer. Ne vous attendez pas cependant à les aimer inconditionnellement. Cela fait aussi partie de leur charme.
C’est un bien long roman, que je n’ai pourtant pas vu passer et qui m’a laissée dans l’attente d’une suite que j’espère tout aussi prenante. Les personnages comme l’intrigue recèlent encore de nombreux secrets que je suis impatiente de découvrir.

mardi 7 septembre 2021

Biotanistes

Un roman d'Anne-Sophie Devriese, publié aux éditions ActuSF.


Présentation de l'éditeur :
Quelque part dans le futur.

La terre est sèche. Des grappes d’humains survivent dans les dernières oasis. Terminé les ruisseaux, terminé les animaux, terminé… la domination masculine. Parce qu’elles semblent être les seules à survivre à une maladie qui décime l’humanité, les femmes ont pris le pouvoir et les hommes sont relégués au rang de reproducteurs.

Rim, jeune sorcière élevée au convent, voit son premier saut dans le passé approcher avec impatience et fébrilité : et si elle n’atterrissait pas en zone utile et devait renoncer pour toujours à voyager dans le temps ? Et puis, qui est Alex, cette nouvelle venue qui la déroute tant, la pousse à reconsidérer ses certitudes ? Et si… Et si les hommes, en vérité, pouvaient survivre au fléau ?

Encore une pépite de l’excellente collection Naos !
Futur, date indéterminée, une maladie a décimé la population et continue de faire rage sans que son mode de contagion ne soit identifié. Les désastres environnementaux engendrés par l’humanité ont ravagé la terre. Les abeilles ne sont plus et peu de flore leur a survécu. Sans parler de la faune... Après avoir envahi et détruit l’écosystème, le plastique est devenu une denrée aussi précieuse qu’elle est rare. De l’humanité, il ne subsiste que quelques communautés éparses qui survivent tant bien que mal dans un immense désert. Leurs déplacements sont limités par l’effondrement technologique et l’accès aux ressources aussi bien qu’au savoir est problématique. 
Le salut de ces gens tient surtout au bon vouloir de celles que l’on nomme les Sorcières. Touchées par la maladie, mais sorties indemnes de celle-ci, elles ont développé un talent précieux : elles peuvent voyager dans le passé. Un seul endroit, une seule époque, elles ne choisissent pas et ne peuvent rien ramener de matériel. En revanche, elles peuvent apprendre par cœur toutes les informations qui leur permettront de rassembler le savoir utile, mais perdu, accumulé par leurs semblables au cours des siècles précédents. À l’époque de notre récit, elles sont craintes et jalousées, mais aussi respectées. Il n’en a pas toujours été ainsi et on se rendra vite compte que leur histoire complexe et fascinante, tout comme leur ascension au pouvoir, recèle de nombreux secrets.
Rim est une sorcière, bien malgré elle, seule rescapée de sa famille anéantie par le fléau. Elle a été sauvée par Ulysse le conteur itinérant et ramenée dans un convent où elle a grandi sous la protection d’Anthoïna, une talentueuse biotaniste. Dans cette société matriarcale — où les femmes dominent puisqu’elles seules peuvent survivre au fléau — Rim s’interroge sur beaucoup de choses, sur la notion d’égalité entre les sexes autant que sur l’usage que font ses « sœurs » de leur pouvoir, sur la source du fléau et la raison pour laquelle les hommes n’y survivent pas. Elle sait confusément que toutes les questions ne sont pas bonnes à poser dans ce dernier bastion de la connaissance humaine. Cependantn son prime saut approche. Quelle influence aura-t-il sur ses croyances et sur sa vie d’adulte ?
Biotanistes est un excellent roman, aussi prenant que créatif. J’ai adoré découvrir comment cette société s’est reconstruite pour survivre, les choix bons comme mauvais qu’ont fait ces humains pour s’adapter au fil des ans à un environnement de plus en plus hostile et leurs théories à ce sujet. Rim est un personnage intéressant. Passionnée et idéaliste, elle a aussi les défauts de ses qualités. Elle est impulsive et colérique. Cela ne la rend que plus humaine. Toutefois, si elle demeure au centre de l’histoire, elle n’en est pas moins accompagnée par d’autres personnages aussi complexes et que j’ai aimés suivre, notamment Alex, Anthoïna, Ibrahim et Ulysse. Je déplore cependant trop de manichéisme dans la construction des antagonistes. Par exemple, si l’on entrevoit sur la fin de l’histoire les raisons qui peuvent expliquer le comportement d’un personnage odieux tel qu’Olympe, elle manque encore trop de relief à mon goût. Des personnages plus nuancés auraient donné encore davantage d’ampleur à ce récit.
Cependant, au-delà de la construction des personnages, l’histoire elle-même est géniale. L’inversion des pouvoirs entre les sexes et le sexisme dont font preuve les femmes sont le reflet de notre propre situation. On se rend compte que les problèmes et les attitudes sont malheureusement les mêmes, peu importe qui domine. Les abus sont nombreux, les hommes discrédités et réifiés. J’ai été très intéressée par la façon dont est détournée la culture populaire, notamment les contes, pour remodeler l’histoire et renforcer l’assise de cette société matriarcale si loin de l’utopie.
J’ai aussi apprécié le contraste entre certains progrès technologiques — Anthoïna est par exemple capable de créer de minuscules créatures mécaniques ou des tenues vivantes qui s’autorégulent — et des retours en arrière drastiques dans d’autres domaines, faute de connaissances sur le sujet ou de matière première. Les véhicules les plus évolués sont des carrioles ou des chars à voiles. La médecine, ou plutôt la biotanique, peut produire des prothèses très évoluées, mais ses remèdes en sont réduits à quelques plantes.
Biotanistes est un roman d’aventure dans lequel on ne s’ennuie jamais. Au-delà de l’aspect distrayant du récit, l’autrice nous offre de nombreuses occasions de nous interroger sur notre propre société et l’avenir de la planète. Les bonds dans le passé nous confrontent à notre propre histoire, dénonçant au passage des injustices toutes contemporaines. Cependant, dans ce marasme qu’est devenu notre monde, il reste de l’espoir et l’amour de la lecture comme point d’ancrage de la sédition. Comment ne pas apprécier ?

mardi 10 août 2021

Gypsy

Un roman de Megan Lindholm et Steven Burst, publié chez Ménamos.

Présentation de l'éditeur :

Dans la ville de Dakota, Mike Stepovitch est un policier divorcé qui vogue dans les affres de la dépression. Lorsqu'il découvre des victimes assassinées dans le sillage d'un gitan amnésique, il croit tenir là son coupable. Pourtant, des événements étranges et surnaturels le font douter. Alors que le gitan recouvre peu à peu la mémoire, Stepovitch sait que ce dernier sera son seul allié pour combattre la magie du monde souterrain qui s'abat sur les habitants. Il lui faudra se tenir aux portes du Monde d'en bas, un univers de ténèbres dont la menace plane sur sa petite ville si paisible...

Entre rêve et réalité, du monde d’en bas où règne une Dame maléfique assoiffée de pouvoir, à un univers de fable, dans lequel évoluent un loup, un blaireau, un corbeau, ce récit à l’ambiance nocturne et saturé de magie demande au lecteur d’accepter de perdre un peu pied pour mieux reconstruire le savant puzzle.

Entre le polar et la fantasy urbaine, il y a Gypsy, comme un pont entre deux mondes qui se considèrent avec curiosité et ne s’effleurent qu’avec méfiance.
Stepovich est un flic aigri qui est un jour pris de l’intime conviction que la personne que lui et son coéquipier (un jeunot qui lui tape sur les nerfs…) viennent d’arrêter n’est pas coupable. Je vous entends, vous dites que ça fait beaucoup de clichés pour un début de roman, et vous avez raison, d’autant plus que les clichés ne s’arrêtent pas là. Pourtant, très vite, vous ne les verrez plus car ce roman possède sa propre originalité. Gypsy jongle entre rêve et réalité, et quand je dis rêve, il s’agirait plutôt de visions aussi symboliques, et parfois sans queue ni tête, que le sont les rêves.
Stepovich est bien vite entraîné dans quelque chose qui le dépasse, une fresque épique dans laquelle un gitan doit vaincre une femme qui menace de voler la lumière du monde, dans laquelle une morte tisse des sortilèges de protection, dans laquelle une vieille arnaqueuse pourrait être une vraie voyante et surtout dans laquelle la fille même de Stepovich est un pion dans une partie aux règles floues.
Gypsy est de l’étoffe dont on fait les mythes. Ses nombreux personnages sont tous intéressants et imprévisibles. Ils font la richesse du récit car on les suit à tour de rôle. Si l’intrigue de base est plutôt simple, classique combat du bien contre le mal, j’ai aimé les imperfections de tous ces personnages qui sont humains, font des choix et peuvent faire basculer le récit à tout moment.
J’ai particulièrement aimé les passages oniriques et la façon dont la magie est décrite dans ce roman. Elle est pratique, symbolique, elle dégage un parfum de contes. Et, après tout, c’est ce que ce roman est au final : un conte à la fois moderne et intemporel plus qu’une fantasy.

vendredi 30 juillet 2021

Le TDAH au féminin

Un guide de Sari Solden et Michelle Frank, publié aux éditions de Mortagne. 

Présentation de l'éditeur :
« Lorsque les attentes intériorisées en matière de rôles masculins et féminins se conjuguent aux difficultés de fonction exécutive chez les femmes TDAH, ces dernières peuvent entretenir le genre d’image neurologique négative risquant de les conduire à des mécanismes d’adaptation qui les maintiennent bloquées, tels que la dissimulation, la simulation et l’évitement. » Vous sentez-vous différente en tant que femme avec un TDAH ? Vous a-t-on déjà conseillé de mieux gérer vos émotions ou de changer vos manières d’être et de penser pour réussir ou être acceptée ? Le TDAH est une différence, pas un défaut ! Il y a des avantages à composer avec lui. Chez bien des femmes, il est généralement diagnostiqué à l’âge adulte. Même encore, les préjugés contre ce trouble qu’on associe aux enfants turbulents le rendent bien souvent indétectable. Pour pallier un manque flagrant de ressources, ce livre propose des outils pratiques pour : augmenter votre concentration  communiquer avec confiance ; développer votre estime personnelle ; exploiter votre plein potentiel.

TDAH : Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. 
Ce trouble est encore assez mal connu en France et si la plupart des gens ont entendu parler d’hyperactivité, ils l’associent souvent à « une excuse pour qualifier le comportement de petits garçons mal éduqués » et non à une neurodivergence réelle. On a raconté beaucoup de choses sur l’hyperactivité, souvent à tort et à travers, sans diagnostique préalable ni discernement, et cela a pu faire beaucoup de mal à des gens souffrant réellement de TDAH, en particulier les femmes si peu, voire pas, prises en compte, diagnostiquées et aidées. Cela parce que le TDAH ne se manifeste pas toujours de la même manière chez tout le monde et parce que les femmes sont des caméléons quand il s’agit de cacher ce qu’elles perçoivent comme une faiblesse. Le cheminement est donc plus difficile pour elles avant d’accepter leur neuroatypie et d’apprendre à bien vivre avec elle.
Ce livre n’a pas pour but de vous expliquer le TDAH, mais de déconstruire les stéréotypes et de vous apprendre à accepter votre nature ainsi qu’à sortir de la honte que des années de dissimulation et d’intégration de schémas qui ne vous convenaient pas ont pu générer. Il vous propose des pistes de réflexions pour mieux vous comprendre et aller de l’avant. Le but des autrices est de vous aider à devenir un peu plus vous-mêmes dans la vie de tous les jours et surtout plus heureuses.
Au cours de ma lecture des premiers chapitres, cette insistance sur la honte associée au TDAH m’a fait me dire que ce n’était pas pour moi. Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir honte de moi, cependant, force est de constater qu’en persistant et en me questionnant comme on m’y invitait, cet essai a fait remonter en moi pas mal de choses et m’a beaucoup donné à réfléchir. 
Au départ, j’étais plus intéressée par des stratégies et des exercices visant à mieux « fonctionner » qu’à recevoir une validation. Si vous êtes dans le même état d’esprit que moi, persistez, quitte à lire en diagonale certains chapitres (il y a un résumé des ponts-clés à la fin de chacun d’entre eux, ce qui est très pratique) et concentrez-vous davantage sur les encarts.
Ce livre ne vous donnera pas des techniques concrètes à appliquer au quotidien pour mieux gérer votre TDAH, mais il vous aidera à vous réapproprier votre vie. Il est très axé sur l’idée de sortir de la honte, mais aussi des entraves que l’on forge soi-même avec le temps. Et même si vous pensez que vous n’avez pas besoin de reprendre confiance en vous, l’introspection proposée par ce guide pourrait vous étonner. Vous vous rendrez aussi compte au passage que vous avez déjà développé vos propres stratégies pour mieux fonctionner...
J’ai particulièrement apprécié les encarts. Certains relatent des anecdotes pour remettre nos propres expériences en perspective face à celles d’autrui, d’autres invitent à la réflexion mais sont parfois quelque peu orientés à mon avis, même si cela part d’une bonne intention. On vous invite à tenir un journal pour y noter vos réflexions quant aux exercices et questions posées dans les encarts, ce qui peut être vraiment intéressant.
La mise en page aérée et les chapitres émaillés d’encarts — différemment mis en exergue selon la nature de leur contenu — facilitent la lecture. Néanmoins, l’ouvrage gagnerait à être plus concis. J’ai beaucoup de mal à supporter les répétitions, elles me forcent à être attentive pour rien, mais j’ai aussi conscience que ça peut faciliter la lecture à d’autres personnes qui ne tombent pas comme moi dans l’hypervigilence avec le langage écrit et qui ont besoin de répétitions pour mieux intégrer certains concepts. 
Cette lecture m’a été utile et je ne doute pas qu’elle puisse l’être à d’autres. Elle est en tout cas éminemment positive pour l’estime de soi. J’espère aussi que ce livre pourra ouvrir davantage à la différence l’esprit des gens qui n’ont pas de TDAH mais qui ont à cœur d’aider leurs proches qui en sont atteints.

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lundi 28 juin 2021

Un été avec Albert

Un roman de Marie Pavlenko, publié chez Flammarion jeunesse.

Présentation de l'éditeur : 
" Je l'aime ma mamie, je l'adore même, mais faut avouer, dans le classement international des vacances de folie furieuse, elle se situe assez loin derrière le camping entre potes et les amours de vacances au bord de l'océan. " Après le bac, l'été de Soledad était tout tracé. C'était compter sans le divorce de ses parents et le début de dépression de son père. Changement radical d'ambiance et direction les Pyrénées, chez sa grand-mère. Alors que Sol imagine ses vacances vouées à un ennui mortel, un événement inattendu vient totalement les bouleverser. Entre journées en plein soleil et nuits terrifiantes, Soledad va vivre un été hors du commun.
On ne dirait pas comme ça, parce qu’elle peut se montrer assez puérile, mais Soledad est au seuil de sa vie d’adulte. Elle vient d’obtenir son bac et au lieu des vacances au camping entre potes dont elle a rêvé toute l’année, elle se rend dans les Pyrénées chez sa grand-mère paternelle pour profiter du bon air et surtout dégager le plancher. En effet, son petit monde vient d’exploser. Sa mère est partie avec un autre homme et son père dépressif, pour qui elle avait annulé ses vacances, ne souhaite pas sa présence à ses côtés. Autant dire que Sol l‘a mauvaise et qu’elle vit assez mal cette mise au vert forcée. Aussi attachante qu’exaspérante, la jeune fille enchaîne les bons mots (au point que ça devient parfois lourd même s’ils sont bien tournés) et se plaint à qui mieux mieux. Pourtant, ces vacances loin de tout (et surtout de tout réseau) vont peut-être lui permettre de renouer avec sa grand-mère qu’elle adore mais dont elle s’est éloignée en grandissant.
Le temps file et les gens ne restent pas éternellement là à nous attendre. Rien de culpabilisant là-dedans, c’est la vie et on a tous besoin de s’émanciper pour grandir, puis de revenir vers les siens ensuite. Je trouve que ce roman illustre bien ce fait, mais il ne s’arrête pas là. Sol va prendre conscience de la solitude de sa grand-mère dont le mari est mort récemment, va accepter le divorce de ses parents et va aussi s’ouvrir davantage aux autres alors que paradoxalement elle se trouve très isolée et… apeurée. Oui parce que si les journées de la jeune femme sont monotones, ses nuits sont emplies d’angoisses qui s’intensifient au cours de son séjour. Un cinglé rôde dans ce petit coin de montagne où il ne se passe jamais rien d’ordinaire et ce qui au début n’inquiète que Sol, que son entourage juge un peu excessive, va vite peser sur cette petite communauté. Pourtant, la grand-mère de Sol persiste à rassurer sa petite-fille en lui disant que le chêne du jardin, prénommé Albert, veillera sur elles. Autant dire que Sol est plus que dubitative et s’inquiète en outre pour la santé mentale de son aïeule… Il est temps pour elle de se responsabiliser un peu plus pour veiller sur les gens qu’elle aime.
Un été avec Albert est un roman qu’on lit très vite, parce qu’il est bien écrit et que malgré quelques lourdeurs dans l’humour de Sol ou dans la répétition des actions, on se laisse bercer par l’histoire — un peu glauque quand même — et par les réflexions de la jeune femme sur sa vie. J’ai apprécié ma lecture, néanmoins mon avis demeure mitigé car je n’ai pas adhéré à l’aspect fantastique du récit, trop pataud à mon goût. Je m’attendais à lire un roman humain, sur les liens entre une grand-mère et sa petite-fille, sur le choc entre deux vies tellement différentes, avec un peu de mystère en prime, puis ça a sombré dans le thriller mal dégrossi et le fantastique en carton pâte. Le méchant de l’histoire manque de profondeur et de tangibilité. Ses actes sont choquants mais n’apportent pas grand-chose au récit à part dégoûter le lecteur. Du coup, j’ai moins saisi la finalité de tout ça puisque ça fait surtout remplissage. Ce n’est pas assez abouti. Cependant, ce roman est une belle ode à la nature, j’ai beaucoup apprécié la subtilité avec laquelle l’autrice nous en rappelle les merveilles, loin des clichés éculés, dans ses descriptions et commentaires sur la faune et la flore. Pas d’envolées lyriques malvenues ni de niaiseries, elle parle d’insectes aussi bien que de fleurs médicinales. Le message est clair : prenez soin de la nature et elle prendra soin de vous. J’ai aussi aimé les personnages ainsi que les liens qui les unissent. Il est agréable de voir Sol mûrir durant cet été. C’est ce que je choisis de retenir de cette lecture.

dimanche 30 mai 2021

Le Souffle du géant

 Une BD de Tom Aureille, publiée chez Sarbacane.

Présentation de l'éditeur :

Deux sœurs, à la vie, à la mort.

La légende raconte que les lointaines Terres du Nord cachent des Géants dont le souffle a le pouvoir de ressusciter les morts… Il n’en faut pas plus pour Iris et Sophia. Nourrissant l’espoir fou de ramener leur mère à la vie, ces deux jeunes orphelines aux dons magiques extraordinaires se lancent à corps perdu dans un voyage aussi long que périlleux, sans prendre garde à la silhouette tapie dans l’ombre qui les suit à la trace…

Rien n’est trop grand pour les deux soeurs, mais sauront-elles rester unies face aux dangers qui les guettent ?

Iris et Sophia sont orphelines et livrées à elles-mêmes. Leur père a disparu sans laisser d’adresse quand elles étaient petites et leur mère est morte dans des circonstances très traumatisantes. Leur vie n’était déjà pas bien rose et elles peinent à se remettre de ce nouveau drame. Aussi, poussées par les légendes qui ont toujours fasciné leur père et le pendentif qu’il leur a légué, elles entreprennent un périlleux voyage vers le nord dans l’espoir de ramener leur maman à la vie.
Iris, l’aînée, est forte et combative alors que sa cadette, plus douce, aime observer la nature et se poser des questions, l’esprit toujours avide de connaissances. Si leurs caractères sont opposés, elles n’en sont pas moins très soudées et pas si sans défense que leur jeune âge le laisse paraître. Pourtant, leur démarche reste naïve. Elles n’ont aucune idée des dangers vers lesquels elles se ruent. Et puis, est-ce une si bonne idée de ramener quelqu’un à la vie ?
Iris et Sophia sont deux personnages attachants et on compatit vite à leur chagrin, de même que l’on tremble pour elles face aux dangers qu’elles affrontent. En effet, elles ne sont pas les seules à vouloir s’emparer du souffle d’un géant pour ramener un être cher et de nombreux pièges jalonnent leur route. Heureusement, si elles croisent beaucoup de personnes mal intentionnées, il y a aussi des gens bien.
Le Souffle du géant est une jolie BD sur la partie la plus difficile du deuil : l’acceptation, mais aussi sur la famille, la précarité et ce qui au final compte vraiment dans l’existence. Les deux sœurs vont grandir et s’affirmer, chacune à sa manière et choisir dans l’adversité le genre de personnes qu’elles veulent être.
J’ai déploré un scénario quelque peu linéaire, malgré quelques flash-back, bienvenus mais taillés à la serpe, concernant la mère des deux filles. Les personnages ne sont pas assez développés à mon goût. On apprend assez peu de choses sur le père et encore moins sur l’origine des pouvoirs des deux sœurs. J’ai néanmoins apprécié cette lecture douce-amère. Les dessins sont jolis, bien qu’assez classiques et ils servent parfaitement l‘histoire.


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