lundi 17 février 2020

Cuits à point

Un roman d'Élodie Serrano, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d'arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d'un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu'on est en plein hiver et que le reste de l'Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?
Elodie Serrano est une autrice lyonnaise qui a déjà publié plusieurs nouvelles et un roman, Les Baleines Célestes. Elle nous propose avec Cuits à point un récit dynamique et pétillant au cœur d'une ville de Londres coincée dans ses habitudes en plein XIXe siècle...
Londres étouffe sous une chaleur anormale et les autorités en sont venues à soupçonner une cause surnaturelle. Elles ont donc engagé deux équipes de démystificateurs pour élucider l’affaire. Si l’un des couples cherche une explication scientifique au phénomène, l’autre privilégie la piste surnaturelle, donnant lieu à de nombreuses oppositions entre les personnages.
J’ai beaucoup aimé l’approche pragmatique du duo français qui s’attache avant tout aux faits. On a affaire à une vraie enquête, dans laquelle les personnages prennent le temps d’étudier le terrain, consulter des témoins et des experts, et c’est très bien. Trop d’ouvrages de SFFF qui prétendent ajouter des enquêtes à leur intrigue se contentent de laisser leurs personnages suivre le fil de la chance et du hasard sans trop se soucier de logique puisque c’est « surnaturel ».
Ici l’intrigue est simple, mais bien construite. Il s’agit d’un roman d’aventure avec un peu de mystère, de magie et une très légère teinte de steampunk. Il est fort distrayant et se lit très vite.
J’ai eu un peu de mal à supporter l’irascibilité de Gauthier, l’enquêteur français. C’est bien d’avoir un aussi grand sceptique que lui dans ce type d’histoire, cependant il se comporte comme un enfant capricieux la plupart du temps, ce qui devient vite pénible. Les personnages masculins sont plutôt classiques, mais les féminins sortent de l’ordinaire.
Le récit est principalement centré sur Anna. Partenaire de Gauthier, c’est une personne raisonnable mais pas pour autant butée. Anna est veuve, un statut que l’on ne rencontre pas souvent dans les littératures de l’imaginaire, ce qui lui permet d’être un peu plus libre que les autres femmes durant l’époque victorienne, mais n’enlève rien au fait que son avis est assez peu considéré. Elle n’a pas de pouvoirs magiques, n’est pas une élue ni une petite chose fragile qui geint sans cesse quand elle se met dans le pétrin. Anna est une humaine normale, intelligente, qui affronte ses peurs et fait de son mieux. C’est ce que j’ai le plus apprécié chez cette femme alors qu’en comparaison Liana la sorcière m’a exaspérée.
L’autre personnage féminin très réussi est Maggie, la nièce de l’enquêteur anglais. C’est une adolescente débrouillarde et observatrice qui apprend à maîtriser ses talents et qui est dotée d’un esprit plus acéré que la plupart des adultes.
Toutes deux détonnent à cette époque où les femmes sont au mieux considérées comme des potiches. Ce sont ces femmes que j’ai aimé suivre dans cette aventure. J’ai aussi aimé Foguro mais je n’en dirai rien de plus, vous laissant le plaisir de découvrir ce personnage.
Cet univers est sympathique et comme la fin est ouverte on peut se laisser aller à imaginer d’autres enquêtes pour ces personnages. J’ai passé un très bon moment en leur compagnie.

samedi 15 février 2020

Kabu Kabu

Un Recueil de Nnedi Okorafor, publié aux éditions ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
Avec Kabu Kabu, plongez dans les méandres des nouvelles de Nnedi Okorafor, l'autrice de Qui a peur de la mort (optionné par HBO).
Embarquez en direction de l'aéroport de New York dans un kabu kabu, taxi clandestin à qui vous fera traverser les légendes africaines.
Découvrez une musicienne qui joue de la guitare pour un zombie particulier.
Rencontrez Arro-yo, la coureuse de vents à la chevelure maudite, qui se bat pour exister sur l'étrange planète Ginen.
21 nouvelles vers un ailleurs étonnant et passionnant.
Autrice de fantasy et de science-fiction, Nnedi Okorafor a été lauréate du World Fantasy Award et du Prix Imaginales pour Qui a peur de la mort ? Son recueil de nouvelle Kabu Kabu est une véritable palette de son imaginaire d'african-futurisme et d'african-fantasy. 
Comme me l’a appris la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, un kabu kabu est un taxi nigérian illégal. Or, l’impression que l’on a au sortir de cette lecture est d’avoir été embarqué dans l’un de ces taxis, d’en avoir côtoyé les autres passagers tout en étant brinquebalé d’un lieu à un autre, sans ordre logique, en s’inquiétant parfois de ne pas arriver à bon port. Toutefois, quand on descend enfin, on se trouve peut-être dépouillé et désorienté, mais également plus riche de tout ce que l’on a vu.
Nnedi Okorafor est une grande conteuse. Elle mêle très habilement les genres dans cet ouvrage, du fantastique le plus classique à une science fiction rafraîchissante, elle mâtine le tout de légendes et ajoute même un soupçon de littérature générale sur la fin. Elle aborde des sujets importants et met l’imaginaire à leur service plutôt que l’inverse. Elle l’imbrique dans la réalité.
Guerre du pétrole, racisme, condition féminine et enjeux politiques sont bien sûr des thèmes récurrents, mais ils côtoient l’amour, au sens large du terme, l’espoir, la volonté des personnages de faire changer le monde.
En se baladant d’un texte à l’autre, on apprend à connaître son Nigeria, celui qu’elle veut nous conter. Ses personnages, souvent des femmes, ont de fortes personnalités. Elles sont volontaires, respectueuses des traditions mais néanmoins décidées à vivre leur vie et à tracer leur propre chemin. En cela, Nnedi Okorafor décrit des personnes très inspirantes que j’ai beaucoup aimé suivre.
Certains textes sont liés. On peut lire tout une série sur les méta-humains, ces gens qui ont des pouvoirs sur les éléments entre autres, et voir comment leur statut a changé au sein de leur communauté. J’ai tout particulièrement aimé Tumaki, un très beau texte, mais tous ceux concernant les coureurs de vent m’ont tout autant passionnée.
De nombreuses nouvelles appartiennent à la science fiction, mais elle se mêle presque toujours à la magie. Mon texte SF préféré est Popular Mechanic car j’ai beaucoup aimé la relation père-fille des personnages. L’artiste araignée m’a également marquée car j’ai trouvé ce récit touchant dans la relation construite entre cette IA robotique et cette femme au travers du langage de la musique.
Cependant, mes nouvelles favorites sont celles qui appartiennent au genre fantastique. D’aucuns les trouveront sans doute plus anodines et elles abordent souvent des thèmes moins complexes. Ceci dit, au-delà du fait qu’il s’agisse de mon genre de prédilection, Nnedi Okorafor a une intelligence du fantastique qui, alliée à ses talents de conteuse, a fait de ces textes des pépites du genre.
Le Tapis, texte aux abords fort simple mais plein de sens cachés, est l’un de mes favoris. Ces deux sœurs, la situation peu idéale dans laquelle elles se trouvent et leur étrange tapis m’ont offert un excellent moment de lecture. Dans le même genre, La guerre des babouins, dans lequel trois fillettes persistent à emprunter un mystérieux raccourci s’est révélé aussi distrayant qu’intéressant. Et il y a bien sûr la nouvelle titre et son voyage déstabilisant à bord du kabu kabu.
D’autres récits, comme Sur la route, sont plus horrifiques. Celui-ci en particulier est très prenant et dérangeant. J’ai néanmoins été un peu désappointée par la chute que je juge trop facile.
J’ai eu une préférence pour les textes aux allures de légendes, comme L’homme au long juju, dans lequel une fillette croise un fantôme malicieux ou encore Le bandit des palmiers où l’on rencontre une femme bien décidée à narguer l’autorité.
Les deux dernières nouvelles du recueil sont une étrangeté au milieu de tous ces textes où la magie côtoie le cybernétique, mais elles se passent aux États-Unis, ceci expliquant cela à mon avis. Du fait de leur réalité, elles sont d’autant plus touchantes car elles abordent le racisme et le harcèlement subi par des enfants.
Ce recueil offre une très grande diversité, vous y trouverez forcément un texte qui vous parlera. J’ai aimé la voix de cette autrice, ses thèmes et ses préoccupations. C’est un ouvrage très moderne et une bonne représentation de ce que peut nous apporter l’Imaginaire aujourd’hui.

vendredi 14 février 2020

Des Mirages plein les poches

Un recueil de Gilles Marchand, publié chez Points.


Des Mirages plein les poches est un recueil composé de quatorze nouvelles. Le mot qui me vient le plus facilement pour les décrire n’est pas en français ; si je tente néanmoins de traduire ce qu’il m’évoque, je dirais qu’elles anesthésient votre esprit aussi bien que l’est celui des personnages. Poétiques et souvent dérangeantes, flirtant avec l’absurde et la folie clinique, ces nouvelles sont très bien écrites, mais pas forcément agréables à lire. Si certains textes m’ont émue, d’autres ont généré un malaise persistant, voire nauséeux. 
Le Fil, parfaite ouverture pour ce recueil, met le lecteur dans l’ambiance. Un brin de bizarrerie par-ci, un éclat de symbolisme par-là, c’est une mise en bouche qui dénote par rapport aux autres textes, tout en mettant en garde le lecteur. Les textes que vous trouverez dans ce recueil retricotent la réalité pour vous la montrer sur l’envers. En tricot, le côté envers n’est pas toujours joli à regarder, même s’il peut l’être autant ou même plus que l’endroit de temps en temps. C’est aussi là qu’on rentre les fils, qu’on cache ses erreurs et les petits aménagements qui font de l’endroit quelque chose de présentable. Pour moi, cela résume bien cet ouvrage.
Les personnages sont étranges, touchants, déroutants ou effrayants, ils font de la norme une idée creuse. Ils dérivent et jouent sur les perceptions, les leurs autant que les vôtres. Vous ne saurez pas toujours où vous mettez les pieds et vous trouverez parfois dans le dernier lieu que vous auriez aimé visiter. Pour autant, vous ne serez pas à l’abri d’une bonne surprise.
J’ai été particulièrement émue par certains textes, comme Un café et une guitare qui m’a bouleversée, ou encore Mon bateau, plus positif, qui parle de la poursuite des rêves malgré les écueils.
D’autres sont plus perturbants. Tel est le cas de Syllogomanie de proximité, dont la chute est excellente.
J’ai aimé l’humour caustique de We wish you, qui nous présente une mère décidée à créer un vrai Noël de série télé. Dans Rappel, j’ai suivi avec plaisir les flâneries mentales du personnage.
Cependant, ma nouvelle préférée, celle qui restera sans nul doute dans un petit tiroir de ma mémoire, est Deux demi-truites. Le narrateur est un jeune garçon qui voit la vie, et les difficultés de celle-ci, avec une sagacité tranquille. C’est un très beau texte, conté avec une grande intelligence.
On notera que j’ai eu une préférence pour les récits positifs et porteurs d’espoir, sans doute est-ce mon état d’esprit du moment. Cela explique l’avis mitigé que m’a laissé ce recueil car ce n’est pas ce qui prédomine dans ces histoires. Quelquefois, j’ai eu l’impression que le propos me passait au-dessus de la tête ou que je ne me sentais pas suffisamment concernée. Et de temps en temps j’ai eu envie de secouer mes chaussures pleines de boue à la fin d’un texte, sensation désagréable au possible, mais probablement voulue...
J’ai un faible pour les nouvelles. C’est pour moi le meilleur moyen de découvrir un auteur car c’est un format exigeant. Après cette lecture, je serais bien en peine de dire si je relirai un jour Gilles Marchand car l’expérience n’a pas été très convaincante, toutefois la qualité de son travail est indéniable. Si vous n’avez rien contre les récits doux-amers teintés de folie, faites-vous votre propre idée.

vendredi 31 janvier 2020

Une Sirène à Paris

Un roman de Mathias Malzieu, lu par l'auteur pour Audiolib.

Présentation de l'éditeur :
Nous sommes en juin 2016, la Seine est en crue. De nombreuses disparitions sont signalées sur les quais. Attiré par un chant aussi étrange que beau, Gaspard Snow découvre le corps d’une sirène blessée, inanimée sous un pont de Paris. Il décide de la ramener chez lui pour la soigner, mais tout ne se passe pas comme prévu. La sirène explique à Gaspard que les hommes qui entendent sa voix tombent si intensément amoureux d’elle qu’ils en meurent tous en moins de trois jours. Quant à elle, il lui sera impossible de survivre longtemps loin de son élément naturel…
À travers ce conte moderne, Mathias Malzieu questionne l’engagement poétique et le pouvoir de l’imagination dans une époque troublée. Ce livre est une déclaration d’amour à l’amour, au panache, à l’épique, à la camaraderie et à la surprise.
L'enregistrement est accompagné d'improvisations musicales interprétées par Mathias Malzieu.
Cela commence comme un conte. Gaspard, sorte de Peter Pan bipolaire qui vit dans ses rêves et souvenirs, trouve une sirène blessée sur les quais et se met en tête de la soigner. Le Merveilleux surgit comme ça, pffft, dans le quotidien de ce rêveur invétéré qui en sourcille à peine. Gaspard est surprisier, voyez-vous, un enchanteur qui secoue la réalité pour en chasser la poussière. Il ressent tout intensément et pourtant ne sait plus aimer.
Mais les sirènes ne sont-elles pas réputées perdre les marins qu’elles envoûtent ? Celle-ci ne fait pas exception à la règle. Pragmatique et intelligente, elle va pourtant semer une indescriptible pagaille.
J’aime les histoires dans lesquelles le fantasque et le merveilleux contaminent soudain la réalité. Et la personnalité de la sirène, Lula, qui se révèle à mesure qu’elle se laisse apprivoiser par la gentillesse maladroite de Gaspard, m’a plu. Lui en revanche… Personnage émouvant, c’est certain, il n’en est pas moins difficile à supporter parfois et cela vaut tout autant pour le récit lui-même qui possède les qualités et défauts de ce personnage. Il est à la fois attachant et agaçant.
J’ai aimé l’univers de Gaspard, les souvenirs de sa grand-mère, la péniche… Je m’y suis volontiers promenée. Mais toute l’intrigue secondaire avec Milena et les atermoiements de Gaspard m’ont un peu ennuyée.
L’auteur a le goût des belles phrases et des images, de la poésie et de l’excès. En cela, récit et personnages s’accordent parfaitement. C’est un style qu’on aime ou pas et je l’aurais aimé si je n’avais parfois ressenti un certain malaise. Gaspard et moi, on n’a pas la même notion de l’amour et de la séduction. Il évolue, ce qui est une bonne chose dans son cas, mais m’a laissé une impression désagréable.
J’ai oscillé au cours de cette écoute, entre les passages où j’appréciais qu’on me raconte une histoire et ceux qui me semblaient tellement longs… Les jolis jeux de mots et les belles phrases ça va un moment, mais écrire pour accumuler les effets de style, ça ne nourrit pas une histoire, c’est plus de l’ordre de la coquetterie. Je crois que si je l’avais lu, plutôt qu’écouté, j’aurais eu du mal à venir à bout de ce roman pourtant très court. Et c’est dommage, parce qu’il y a dans cette histoire un certain éclat et qu’un peu de réenchantement ne fait jamais de mal.

jeudi 30 janvier 2020

Le Bon Gros Géant

Un livre de Roald Dahl, publié chez Gallimard.


Comme beaucoup d’enfants des années 80, j’ai grandi avec les livres de Roald Dahl. Ils ont forgé mon imaginaire et m’ont donné le goût de cette magie un peu absurde qui surgit dans un claquement de doigts et contamine la réalité avec sa dinguerie.
Pour le Challenge madeleine de Proust, j’ai eu envie de relire un de ces livres et j’étais à deux doigts de choisir Matilda, qui est probablement mon préféré. Mais je me suis dit que ma dernière lecture de Matilda n’est pas si ancienne et que je devrais plonger plus loin dans mes souvenirs. C’est ainsi que j’ai opté pour Le Bon Gros Géant.
Ce livre étant un classique de la littérature jeunesse, je suppose que vous le connaissez, mais au cas où vous auriez un doute, c’est l’histoire d’un gentil géant — sans blague ! — et d’une petite orpheline appelée Sophie qui deviennent amis et décident de mettre hors d’état de nuire de méchants géants qui mangent les êtres humains.
Ce livre vaut plus par son univers que par son histoire elle-même. Roald Dahl en a écrits de bien plus complexes d’un point de vu émotionnel et scénaristique. Mais c’est un récit amusant qui n’a pas trop vieilli. J’aime beaucoup le fait que son géant soit un souffleur de rêves et cela a profondément marqué mon imaginaire. Ce personnage fantasque, ses embrouillaminis langagiers et ses rêves en bocaux sont très attachants. Pour moi, un cauchemar est resté un troglopompe et quand j’y pense je revois encore l’illustration qu’il y avait dans mon livre… J’en ai gardé le goût des mots emmêlés et autres jeux de langage qui ont sans doute été renforcés par certaines autres de mes lectures d’enfance.


Réécouter cette histoire, c’est un peu comme déguster un plat préparé par sa grand-mère. C’est familier et toujours délicieux. J’ai eu envie de l’écouter plutôt que la lire (ce qui m’a permis de tricoter le cadeau d’anniversaire de ma mère qui est déjà bien en retard, mais vous vous en fichez). 
Il y a une version audio, sortie en 2018, mais qui est sans doute une réédition. Je ne suis pas sûre, j’en avais d’autres quand j’étais petite, mais pas celle-ci.
J’ai opté pour la version dématérialisée et ai été très désappointée de voir que malgré ce qu’annonçait la présentation, elle avait été abrégée. C’est bizarre comme on se rappelle parfois de choses pourtant si anciennes. Ma dernière lecture de ce roman doit bien dater d’une trentaine d’années, mais je me suis étonnée de l’absence d’une scène dont je me souvenais fort bien. Alors j’ai vérifié dans le livre et je ne l’avais pas imaginée. Je suppose que c’est pour faire tenir le tout sur deux CD, soit deux fois soixante-quatorze minutes. Je trouve toutefois fort dommage de couper une histoire si courte, d’autant plus quand on annonce une version intégrale. Je ne conseille donc pas cet audiolivre.
Néanmoins, c’est indéniablement une histoire à faire découvrir.


mardi 28 janvier 2020

Binti

Un roman de Nnedi Okorafor, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :
Maîtresse harmonisatrice du peuple Himba, Binti est vouée à reprendre la boutique d'astrolabes de son père... Mais l’incroyable don pour les mathématiques de l'adolescente lui ouvre les portes de la prestigieuse université interplanétaire Oomza.
Binti embarque sur le Troisième Poisson à l'insu de sa famille. Mais au cours du trajet, les Méduses, ennemies millénaires des humains, abordent le vaisseau pour en massacrer les passagers. Commence alors pour Binti un combat pour sa survie et celle de ceux qui lui sont chers.
Après son roman post-apo coup de poing Qui a peur de la mort ?, Nnedi Okorafor revient avec Binti, un space opera qui a remporté le prix Hugo et le prix Nebula de le meilleure novella.
Cet ouvrage regroupe les deux premiers tomes de ce qui est en fait une trilogie. C’est une bonne chose car cela se lit très vite. Je l’ai terminé en un week-end et je ne suis habituellement pas une lectrice rapide. Il faut dire que l’histoire est prenante.
Binti est un roman initiatique typique dans lequel une jeune femme décidé de quitter sa famille et de forger sa propre destinée sans pour autant rejeter ce qui fait son identité. Et c’est bien ce dernier point qui fait toute la richesse du personnage. Binti ne souhaite pas devenir autre, seulement aller un peu plus vers elle-même. Le poids des traditions et de son histoire familiale pèse toujours sur elle, mais elle l’embrasse plutôt que de le subir. Elle l’emporte avec elle plutôt que de le fuir, pour exprimer sa singularité et trouve sa vraie place dans le monde. On se découvre face à l’altérité ; on s’enrichit des différences.
Néanmoins, l’apprentissage de Binti est loin de se faire dans la douceur. Au-delà du fait d’être incomprise — et jugée — par les siens, elle est aussi victime d’une tragédie qui va la changer. Binti n’a pas choisi la demi-mesure, c’est dans l’espace qu’elle s’exile, pour rejoindre une planète université où son génie pourra s’épanouir, mais des dangers qu’elle n’imaginait pas la guettent et, même parmi les érudits, la tolérance ne va pas toujours de soi.
Ainsi, ce roman aborde des thèmes importants comme le racisme, l’émancipation, les choix — ou non-choix — qui sont imposés dans l’adversité et la difficulté de se construire quand tant d’attentes pèsent sur soi.
J’ai moins aimé la deuxième partie, principalement parce que j’y ai trouvé Binti vraiment agaçante par moment. Elle est encore sous le choc de son traumatisme, ce qui est compréhensible, mais je la trouve surtout incohérente. Une personne qui a brisé tant de règles devrait être plus tolérante, une femme si intelligente devrait voir certaines choses venir. En revanche, le voyage initiatique qu’elle entame et son cheminement intérieur vers la guérison sont passionnants.
En outre, le cliffhanger sur lequel se clôt cette partie de l’histoire est insoutenable ! Ne pas pouvoir enchaîner avec la suite est une torture.
La collection Naos ne me déçoit jamais. Ses ouvrages sortent toujours des sentiers battus. La grande diversité des récits, des thèmes et même des personnages qu’elle propose la rend accessible et intéressante pour tous.

lundi 27 janvier 2020

Chroniques Verticales - Saison 2, épisode 2

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.



Ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les épisodes précédents.

Comme on pouvait s’y attendre, le clan s’enlise dans les difficultés. Le désespoir guette les personnages, même si pour la plupart cela n’en est encore qu’à la résignation. L’ascension est rendue plus difficile par le remaniement des cordées et la zone que celles-ci doivent traverser. Chaque étincelle de révolte est aussitôt étouffée par Lost Arrow et ses sbires. Les pertes humaines ne semblent pas les émouvoir.
Cet épisode revient sur Salto Angel et son désespoir grandissant, mais il nous montre également la résistance muette de Chilam Balam. J’aime beaucoup ce personnage, véritable source d’inspiration, autant pour le clan que le lecteur. Quels que soient les malheurs qui la touchent, elle résiste toujours.
Ce chapitre nous donne aussi l’occasion d’entrer dans la tête de Lost Arrow, de découvrir ses failles et ses doutes, mais aussi ses pulsions meurtrières. Cela apporte une autre dimension à ce personnage torturé et indéniablement fou.
La vie sur la falaise est cruelle — elle se montre ici dans toute son horreur — et les ambitions des uns font le malheur des autres. Mon sentiment de révolte face à tous ces événements est encore plus fort à la fin de cet épisode que pour le précédent, ce qui n’est pas peu dire. Je brûle de savoir où mèneront les manigances du Chiffreur.