Un roman de Jean-Laurent Del Socorro, publié aux éditions ActuSF.
Petite précision pour ceux qui lisent en numérique :
Comme je l’ai dit dans la chronique, la mise en page a son importance. Or toutes les liseuses ne la prennent pas correctement en charge, cela peut varier même selon les modèles d’une même marque. Sachez juste que le problème ne vient pas du fichier mais de la liseuse qui ne prend pas en charge les encadrements et/ou le positionnement correct des images.
J’ai eu une certaine difficulté à écrire cette chronique parce que je craignais de ne pas arriver à faire ressentir la forte impression que m’a faite ce roman. Jean-Laurent del Socorro a déjà donné la mesure de son talent dans ses précédents écrits. Il a une façon bien à lui de détricoter l’Histoire et d’en réutiliser le fil pour créer un vêtement qui n’est pas si différent de l’original et pourtant tout autre, à la fois plus en relief et plus coloré. Pour autant, dans sa forme, Je suis fille de rage est très différent de ses autres ouvrages car que c’est un roman puzzle. Là ou Royaume de vent et de colères tenait davantage de la chronique historique (dans sa forme, car cela reste romancé) et Boudicca de la poésie mythique, Je suis fille de rage est construit comme un casse-tête et c’est au lecteur d’en trouver le sens. Cela demande énormément d’attention et de patience à mesure que l’on collecte les pièces et qu’on les voit se réarranger entre elles dans un ordre qui est parfois déroutant. Cela est d’autant plus vrai quand on n’est pas familier de l’histoire des États-Unis. Cela reste passionnant cependant car, si on a un peu de mal à entrer dans le récit au début à cause de tous ces éclats éparpillés, une fois que l’on se laisse prendre au piège, on n’en sort plus avant la dernière page, un peu comme Kay reconstituant le miroir de la reine des neiges.
L’auteur peint une fresque et elle prend vie sous nos yeux. Les chapitres courts freinent parfois l’immersion, d’autant que l’on suit quantité de personnages et qu’il peut être compliqué de s’y retrouver, mais lesdits personnages, qu’ils soient réels ou non, portent l’histoire dans toute la majesté de leur flamboyance. Les changements réguliers de points de vue rendent le récit plus percutant, mais diminuent l’implication du lecteur, du moins pour la première partie car ensuite on se laisse emporter.
Le travail de l’auteur est à la fois subtil et minutieux. La mise en page indique la situation géographique et le camp du personnage grâce au drapeau et à sa position, et des encadrements signalent quand le texte n’est pas fictionnel. L’auteur a en effet nourri son récit d’articles, de lettres et autres témoignages historiques. J’ai été impressionnée par la façon dont il a si intelligemment mêlé imaginaire et réalité ainsi que par la manière qu’il a de nous conter cette guerre, de la première mort à la dernière. Ce roman si ambitieux a dû demander un énorme travail aussi bien dans la recherche historique que dans l’élaboration de la narration.
Certes tout cela est romancé, certes l’auteur a intégré sa magie, comme un fil d’or passé entre les mailles de l’Histoire, mais ce roman nous démontre avant tout l’horreur de cette guerre (et de toutes les autres en général), l’absurdité de certains comportements humains, la cruauté et la haine qui ont coûté la vie à tant de gens.

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